Premier assistant jardinier

Comment chasser les chats du jardin ? Cela semble être la grande préoccupation des jardiniers à en juger par l’abondante littérature sur le sujet. On y trouve un catalogue de plantes répulsives, la solution du bicarbonate, des bouteilles d’eau en plastique (???), des épluchures d’agrumes… et une solution high tech, le boîtier à ultrasons à l’efficacité garantie à 100 %.

Nous, nous remercions les chats chaque matin. Au rythme de deux, trois taupes par nuit et d’un rat taupier par semaine, ils limitent la dévastation de la pelouse et, bien plus important, du sol et des racines de nos plantations.

Poutou peut dormir du sommeil du juste sur le seau de bonne terre de taupinière. Et pour que son ardeur et celle de Nikita épargnent les oiseaux, je ne rappellerai jamais assez l’efficacité du collier à clochette.

Alerte orange

Alerte orange sur les Vosges. Ca ne devrait pas virer au rouge, grâce à la fraîcheur nocturne, mais les vieux hortensias souffrent. Les plantations anti-canicule de l’automne 2019 (glycines et chèvrefeuilles) ne sont pas encore de taille à assurer leur protection. Il a fallu déployer la grand’ voile…

Et nous, pauvres humains qui avons perdu tout bon sens, nous nous fions à l’infaillible instinct des chats pour organiser nos journées.

Les chats qui ne mettent pas une patte dehors entre 10 et 18 heures et qui, même dans la fraîcheur du soir, économisent leurs forces.

Trois parfums

Pourquoi n’est-ce pas toujours aussi facile ? Une division de pivoines de Chine, réputée lente à la reprise, a pris en seulement deux ans l’envergure et la générosité de la plante mère. Elle est soutenue par deux arbustes plantés dans le cadre de mon « plan canicule » 2020 : un seringat et un rosier rugueux chargés de « faire de l’ombre ». Mission accomplie, eux aussi ont pris une ampleur spectaculaire.

Mais que dire de leurs parfums ?

De la pivoine, de la rose et du seringat, lequel est le plus subtil ? Je donne ma langue au chat…

…à petit Poutou, le grand « nez » du jardin.

The Wild

Au retour du printemps, quand je franchis notre petit pont de bois, je repense au Hidcote Manor Garden. Ce chef d’oeuvre de l’art du jardin anglais (à voir avant de mourir ! ) est une succession de chambres, de perspectives, de scènes intimes ou monumentales façonnées durant plus d’un siècle. Jardin blanc, perspective rouge, « mixed borders » de légende… et, au bout de quelques heures de déambulation émerveillée, un panneau indiquant « The Wild ».

Hidcote Manor Garden (Gloucestershire)

Humour anglais. Dans le doux paysage des Cotswolds, le monde sauvage ne signifie que repos du jardinier : arbres et arbustes succèdent aux massifs de fleurs et l’herbe au gazon. Chez nous, en revanche, « the wild » s’épanouit dans tous les sens.

Le petit « canyon » creusé par le ruisseau ainsi que sa rive côté forêt redeviennent une jungle dès le printemps venu. Lierres, fougères et chèvrefeuilles, angéliques, silènes et anémones des bois, sceaux de Salomon, ail des ours, pousses de hêtres, de bouleaux, de charmes, muriers, framboisiers et myrtilliers se partagent ou se disputent leur bout de territoire.

Mon projet d’en faire une vallée de rhododendrons et d’azalées restera un rêve car les alternances de sécheresse et de hautes eaux sont de plus en plus violentes. Cependant, la rive sauvage prend tout doucement des couleurs.

Le monde sauvage, le vrai, commence derrière le grillage. Les chats le savent bien, ils l’observent et le hument de haut et gardent leurs distances. Biches, chevreuils et sangliers doivent leur laisser d’odorants conseils à rester aux abris dans le monde des humains…