Cette couleur qui « n’entre jamais en guerre »

Chère Marceline Desbordes-Valmore, vous m’avez pris le cœur à la Gare du Nord. … Votre poème* avait fait disparaître Paris et le monde. … La grâce de vos images jetait sur mon visage des reflets de rivière. Et ce rose, ce rose ! Mon dieu comme c’était beau – d’une beauté de noisetier, de soleil dans ses limbes. Si je vous vois en rose, c’est parce que cette couleur n’entre jamais en guerre et semble au bord de défaillir dans l’invisible.

* Rêve intermittent d’une nuit triste

Christian Bobin, « La grande vie ».

Hydrangea arborescens ‘Invincibelle’ et persicaria amplexicaulis pourpres

Toujours frais !

A voir ses grandes feuilles charnues, ce vert tendre comme celui de jeunes pousses printanières, on n’imaginerait pas que cet hosta puisse survivre à la canicule. Tout aussi étonnantes, ses grandes fleurs blanches se sont épanouies et tiennent le choc des 35° depuis plusieurs jours.

C’est sûr qu’elles dureront plus longtemps à la mi-ombre des hydrangéas mais, même au soleil, elles se tiennent bien. Autant dire qu’elles seront les premières à donner des boutures…

L’Hosta plantaginea grandiflora exhale un délicieux parfum, entre fleur d’oranger et fleur de lis. Mais ce n’est pas pour cette raison que les Anglais l’appellent « lis plantain ». C’est la forme de ses feuilles aux nervures parallèles qui rappelle le plantain, herbe sauvage aux multiples vertus, hormis la prestance et la fragrance.

« La forêt chantait, le soleil brillait… »

Il était six heures du matin. Pas un nuage, pas une trace d’avion dans le ciel, juste les derniers éclats d’un quartier de lune . Une légère brise avant la chaleur. Au ras de l’étang, soudain j’ai vu un éclair bleu et or, un large cercle éblouissant à la surface de l’eau… et le martin-pêcheur s’est envolé dans la forêt. Emergeant des feuilles de nénuphars, une famille de colverts a traversé l’étang avant de se cacher entre les graminées. « La forêt chantait, le soleil brillait… je regardais le bleu du ciel et j’étais bien ».

Il était cinq heures du matin
On avançait dans les marais
Couverts de brume
J’avais mon fusil dans les mains
Un passereau prenait au loin
De l’altitude
Les chiens pressés marchaient devant
Dans les roseaux

Par dessus l’étang
Soudain j’ai vu
Passer les oies sauvages
Elles s’en allaient
Vers le midi
La Méditerranée

Un vol de perdreaux
Par dessus les champs
Montait dans les nuages
La forêt chantait
Le soleil brillait
Au bout des marécages

Avec mon fusil dans les mains
Au fond de moi je me sentais
Un peu coupable
Alors je suis parti tout seul
J’ai emmené mon épagneul
En promenade
Je regardais
Le bleu du ciel
Et j’étais bien

Et tous ces oiseaux
Qui étaient si bien
Là-haut dans les nuages
J’aurais bien aimé les accompagner
Au bout de leur voyage

Michel Delpech, « Le chasseur »

Qui a tué les frelons ?

Ce matin, j’ai trouvé des écailles duveteuses, comme de grands pétales de papier buvard subtilement striées. Elles étaient éparpillées sur l’herbe entre l’étang et le ruisseau, à proximité de deux orifices nettement, proprement excavés.

Les écailles, ça ne fait pas de doute, ce sont les lambeaux d’un nid de frelons. Nous avions trouvé, il y a deux ans déjà, un nid abandonné dans notre grenier. J’avais « monté » les plus belles écailles en un « tableau-relief » qui atteste de la solidité de la construction car elle ne s’est pas désagrégée depuis. La photo ne rend malheureusement pas la richesse des nuances des veines de ces lamelles, du blanc à l’ocre foncé avec de surprenants filons bleus et verts.

Ecailles de nid de frelons

Mais cette fois, il s’agissait d’un nid enterré. Qui donc a pu déloger la colonie de frelons ? Ce pourrait-il être le travail des campagnols amphibies, qui agissent et sévissent intensivement sur cette partie du jardin ? A en croire des sites mieux informés que nous, il s’agirait plutôt de l’oeuvre de rapaces : de bondrées apivores, que nous aurions confondues avec de « banales » buses. Elles patrouillent toujours en couple, ce qui expliquerait les deux trous dans la pelouse, comme si les frelons étaient piégés à chaque sortie…

Bondrée apivore en action. Source : Claude Benech

La bondrée apivore serait le seul prédateur du frelon asiatique. Ce rapace migrateur venu du nord de l’Europe passe en France sa période de reproduction, de mai à fin août, avant de migrer vers l’Afrique.

Petits ‘Nirvana’

Je les ai choisis pour leur beau feuillage noir et leurs fleurs rose violet en forme de fleur d’orchidée. Aussi florifères que mellifères, les dahlias ‘Nirvana’ se révèlent aussi particulièrement résistants à la chaleur et à la sécheresse. Et, bonne surprise l’automne dernier, leurs graines ont germé sur tige dans le bouton à peine fané.

Première expérience de repiquage réussie : de graines en plantules hivernées dans la serre (non chauffée), j’ai planté les petits ‘Nirvana’ en bordure de massif. Et ils ont fleuri, un peu plus pâle et plus rose que l’original, avec un feuillage plus vert que noir mais avec la même belle santé.

‘Nirvana’ labellisé est haut de 1 mètre, sa progéniture n’atteint que 40 cm mais leur croissance n’est peut-être pas finie…

Ligulaire ‘Dark beauty’

Plantée en pleine canicule 2019, la petite ligulaire, ligularia dentata ‘Dark beauty’, est devenue une bien belle plante. Elle n’a pas encore atteint sa taille de maturité (0,70 m en hauteur, 0,60 mètre de largeur) mais elle affirme déjà bien sa présence par le beau contraste de ses grandes feuilles sombres et de ses fleurs en corymbes jaune safran.

‘Dark beauty’, août 2019
‘Dark beauty’, août 2020

En un an, elle a pris une belle envergure et le feuillage a pris cette texture robuste comme le cuir et cette riche couleur vert cuivré très sombre au revers pourpre qui transparaît sur les dentelures.

Sur le bord de la petite allée tapissée de caillebotis qui mène au ruisseau, entre fougères et euphorbes, elle illumine ce coin de sous-bois qui reste frais même en pleine canicule. Mais elle devrait se développer encore plus rapidement en situation plus ensoleillée. Peut-être au bord de l’étang, les pieds dans l’eau… on va tenter l’expérience…

Puissance archangélique

« La vie est, à mes yeux, instinct de croissance, de durée, d’accumulation de force, de puissance : là où la volonté de puissance fait défaut, il y a déclin. »

Friedrich Nietzsche

On la croit sage et douce, comme un ange au sourire, mais c’est une force de la nature qui s’installe là où bon lui semble pour exploser de vitalité.

Chaque éclosion est fascinante par la puissance qui s’en dégage : l’angélique, angelica archangelica, doit son nom à l’Archange Raphaël qui en aurait apporté la racine à Charlemagne, empereur d’Occident, pour sauver son armée malade de la peste.

A la Renaissance, Paracelse utilisa la poudre d’angélique pour endiguer les grandes épidémies de peste de 1510. Remède qu’on utilisa encore pendant l’épidémie de peste à Niort en 1602 : pour se prémunir de la contagion, on mâchait les feuilles et on s’attachait des colliers de graines autour du cou.

50 grammes de graines pour une ombelle de 25 cm cueillie sur une tige de 2 m 50. Quelles belles proportions !

Une chose est sûre, d’après le Museum national d’Histoire naturelle, l’angélique est un puissant répulsif contre les puces. Et elle donne de délicieuses tiges confites pour qui a la patience de s’adonner à la confiserie.

A ne pas confondre avec la grande ciguë, plante vénéneuse, presque aussi haute (2 mètres) avec ses grandes ombelles blanches : son feuillage est plus fin, plus découpé, comme celui du cerfeuil ou des fanes de carotte.

La monarde et l’immortelle

La monarde a le charme de ces beautés échevelées qui donnent des allures libérées aux massifs les plus sages. Mais elle a un grand défaut : elle est sensible à l’oïdium au point que son feuillage peut se flétrir très rapidement laissant la fleur perchée sur une longue tige aux allures d’épouvantail.

Belle surprise cette année : les monardes roses plantées entre l’hydrangéa Annabelle et les immortelles (qui ont pris une envergure inattendue) ont, elles aussi, pris de la hauteur. On ne voit que leurs têtes et on oublie leur feuillage :

Anaphlis margaritacea ‘Neuschnee’ d’où émergent les têtes de monardes ‘Croftway Pink’

Plus accessibles (mais moins protégées) au bord de l’étang, les monardes offrent aussi leur puissant parfum de bergamote. Entre les épis de lysimaques et les senteurs de monardes, les butineuses sont infatigables.

Joyeux mélange de lysimaques cléthroïdes et de monardes roses et violettes (les rouges n’étaient pas invitées).

+ Quelques conseils sur les bienfaits de la monarde de Jean-Claude : https://spotjardinmonsite.com/2017/07/08/la-monarde-rouge/

Retour à l’équilibre

Après la catastrophe, on va pouvoir tourner la page. Les bûcherons ont fait le ménage. Dans l’étang et sur la berge, où l’on a trouvé deux miraculés : le cornus kousa ‘Venus’ apparemment intact, quoique un peu chiffonné, et le jeune érable du Japon pourpre, au tronc légèrement éraflé.

Et, sous l’oeil vigilant de leur beau gardien…

…ils ont procédé à l’ébranchage et l’abattage du géant

Le cornus kousa est replanté ainsi que le petit érable blessé. Pour une bonne cicatrisation, on nous conseille de lui appliquer un mastic maison, mélange d’argile et de cendres de bois. A suivre…

Berchigranges au mois de juillet

Luxuriant, dégoulinant de rosiers lianes et de clématites, oscillant au rythme des longs épis de veronicastrum, de persicaires, d’érémerus, de digitales, de molènes, de campanules lactiflora… c’est l’été au jardin de Berchigranges.

Ce foisonnement est mis en scène sur un tapis de velours vert, cet incroyable gazon qui met en arrêt le visiteur quand il pose le pied dans le jardin…

…et qui l’invite à poursuivre la visite les pieds nus, entre les massifs comme sur le pont « végétal ».

Rappel à la réalité du moment : la bibliothèque habituellement ouverte est fermée pour cause de confinement.

Dommage : une petite halte dans le cabanon pour feuilleter les revues de jardinage, les manuels de jardinage ou les « beaux livres » dédiés aux jardins du monde ajoutait au plaisir de la visite.

« Vaut le voyage » : Jardin de Berchigranges