La belle saison

Peut-être l’avions-nous oublié : le vert est la plus précieuse des couleurs. Avec le retour de la pluie, le retour des beaux jours : parfums d’herbes mouillées et de champignons, couleurs qui se bousculent, fleurs qui s’ébouriffent d’impatience, murmures et grondements du ruisseau, cris du martin-pêcheur. Et… le brame, « l’haleine de la nuit ».

Dans la plaine Naît un bruit. C’est l’haleine De la nuit. Elle brame Comme une âme Qu’une flamme Toujours suit.

Les Djiins, Victor Hugo

Parfums d’Asie

Quand le jardin se fait livre d’histoire : les 20èmes jardins métissés du Parc de Wesserling racontent les émerveillements de Marco Polo sur les routes de la soie. Et les découvertes qui ont fait la fortune de l’ancienne Manufacture royale et de la cité textile des Vosges, des fils de broderie D.M.C. aux « indiennes » des prestigieuses maisons Braquenié et Boussac.

En passant par la Mongolie, une forêt de prière pour le culte des ovoos, agitée de foulards bleus, de la couleur de l’esprit du ciel. Au centre de cette forêt, une table des cinq sens que l’on savoure à hauteur de végétation. au plus près de la terre.

Le « bois dansant », réinterprétation du « bois d’encens » et des rites chamaniques qui fascinèrent le voyageur, est signé par Laura Ruccolo, paysagiste, et Mélanie Germain, architecte.

Parc de Wessering

Hibernation caniculaire ?

Signe qui ne trompe pas : Vosges Matin a revu sa page météo. Le graphique des températures s’est décalé de + 5 degrés. Depuis des semaines, la courbe sortait du cadre. Ainsi donc les 35 à 40 degrés sont devenus des « normales de saison » sous la ligne bleue des Vosges.

Nos épicéas n’y survivront pas. Les hydrangeas ‘Precioza’ et ‘Vanille fraise » non plus. D’autres, comme les chats et comme notre bel hydrangea ‘Koria’, sont passés en mode « économie d’énergie ».

D’autres sont franchement tombés en léthargie, comme en hibernation. Et quand la fraîcheur de la pluie les a réveillés, ils ont dû croire que c’était le printemps… A moins que notre rhododendron ne soit déjà en train de muter… Ou peut-être devrais-je l’appeler Cassandre : les jours étant comptés, aurait-il décidé de fleurir et refleurir au plus vite ?

Rhododendron en floraison d’automne

Quand même l’herbe vient à manquer

Trois vaches ont le privilège de pâturer aux portes de notre jardin (alors que des centaines de leurs congénères sont assignées à résidence). Cependant, le pré devenant de plus en plus indigeste, la plus hardie des trois a trouvé une faille dans la clôture. En toute logique, l’herbe du fossé devrait être plus tendre. Desséchée là aussi.

Elle s’est alors retrouvée devant notre portail grand ouvert, plein de promesses, d’où elle n’a jamais vu sortir que des gens sympathiques. Toujours un bonjour, toujours un mot gentil. Arrivée à notre perron, la déception a dû être grande, l’herbe y est encore plus rare que dans le pré…

Peut-être plus haut…

Les feuilles du grand hêtre pleureur craquent eux aussi sous la dent…

La curiosité l’a menée vers le pont de John, quelques branches de lonicera nitida l’en ont heureusement détournée.

Une traversée du jardin des moines avec de gracieuses et très précises marches arrière à l’approche du bassin aux grenouilles, et c’est ainsi qu’après une visite toute en délicatesse, elle s’en est retournée chez ses soeurs.

Premier assistant jardinier

Comment chasser les chats du jardin ? Cela semble être la grande préoccupation des jardiniers à en juger par l’abondante littérature sur le sujet. On y trouve un catalogue de plantes répulsives, la solution du bicarbonate, des bouteilles d’eau en plastique (???), des épluchures d’agrumes… et une solution high tech, le boîtier à ultrasons à l’efficacité garantie à 100 %.

Nous, nous remercions les chats chaque matin. Au rythme de deux, trois taupes par nuit et d’un rat taupier par semaine, ils limitent la dévastation de la pelouse et, bien plus important, du sol et des racines de nos plantations.

Poutou peut dormir du sommeil du juste sur le seau de bonne terre de taupinière. Et pour que son ardeur et celle de Nikita épargnent les oiseaux, je ne rappellerai jamais assez l’efficacité du collier à clochette.

La révolte des hérons

Le héron, « notre » héron, ne nous aime pas. Dès le premier jour, il nous l’a bien fait comprendre par des cris très désagréables, « rapeux et gutturaux » disent les experts de la langue des oiseaux*. On a bien compris le message, maintes fois répété, et on se fait discrets, surtout le matin, son heure préférée pour pêcher dans l’étang.

Cependant, depuis quelques jours, il y a de l’hostilité dans l’air. Il vole et se pose de plus en plus près de la maison. Il a même simulé une trajectoire directement ciblée sur ma personne alors que j’étais au pied de la terrasse. Visait-il le chat, comme le suggère Malyloup ? Pas sûre du tout.

Et voilà que deux autres hérons, plus petits, peut-être les rejetons de notre échassier géant, viennent à leur tour nous narguer. L’un se pose sur la branche de l’épicéa à quelques mètres de la baie du salon, l’autre se perche sur les rosiers avec vue imprenable sur le bassin aux grenouilles.

Au moindre mouvement, les cris reprennent, « croassements rudes et éraillés ». Comme toujours, c’est le plus fort qui a finalement raison. Notre grand héron a réussi à effrayer tout l’entourage pour défendre son garde-manger.

De toute évidence, c’est l’état d’urgence pour lui aussi. La sécheresse a limité ses territoires de pêche et il passe des heures entières dans notre étang… dont le niveau n’en finit pas de baisser.

* Pour la leçon de vocabulaire ornithologique (et bien davantage) : oiseaux.net

Une idée de l’infini

Ca brûle du Sud au Nord, de l’Est à l’Ouest mais cela n’a pas refroidi une centaine de héros de l’asphalte pour se lancer dans le 44e Rallye de la Plaine des Vosges. 134,384 km de pollution atmosphérique et sonore autour de Mirecourt, pauvre cité des luthiers assourdie par les pétarades des bolides.

Un peu plus haut dans les Vosges, dont le piémont a des allures d’Andalousie, le défi était de franchir en moto 80 mètres dans au moins 50 cm de boue avec seulement 25 mètres d’élan !

De beaux titres pour la presse régionale qui laissent les écologistes muets, trop préoccupés par le sexe des anges.

« La bêtise humaine est la seule chose qui donne une idée de l’infini », disait Renan. Plus clairvoyant, Schiller annonçait la fin de l’histoire : « Gegen Dummheit kämpfen Götter selbst vergebens* » …

*Contre la bêtise, même les dieux combattent en vain »

Petits oiseaux de paradis

Bien sûr ce ne sont pas des Strelitzia reginae. Ils n’ont pas le port majestueux de ces fleurs au long bec et à crête orange triomphant. Ce sont mes petits oiseaux de paradis, autrement appelés crocosmias, plus modestes, plus discrets mais tellement plus gracieux.

Vaillants sous la canicule, ils ont réduit leur envergure pour résister à la sécheresse mais ils prolifèrent allègrement autour de la mare aux grenouilles…

Quel est ce silence ?

On n’osait plus y croire mais l’orage tant attendu a éclaté. La pluie donnera peut-être un nouveau sursis au jardin. Déjà, les rosiers annoncent une nouvelle floraison et les agapanthes, imperturbables sous la canicule, se délectent des gouttes d’eau.

alchémille mollis

Dans la délicieuse fraîcheur de ces derniers petits matins, c’est le silence. Les grenouilles et les insectes sont invisibles, comme les oiseaux. Seuls quelques cris timides et lointains nous donnent signe de vie.

Hydrangea ‘Blue Bird’

Pourquoi, alors que le jardin est enfin arrosé, fumant de parfums, tout le monde l’a-t-il déserté ? Pour les oiseaux, pas de quoi s’inquiéter, nous a rassurés la Ligue de protection des oiseaux : « vos mésanges et vos pinsons sont partis dans la forêt » sans doute plus appétissante que notre jardin.

Papillon endormi sur une feuille d’alchémille