Le chat et l’oiseau

Le mur de pierres sèches qui soutient le talus autour de notre maison recèle tout un monde. La nuit, on a parfois la chance d’y surprendre une salamandre et le matin, on y trouve des « traces » de campagnols et, probablement, de fouines. Des petites grottes creusées entre les pierres et camouflées par les feuillages, émergent les troglodytes mignons et les lézards. Un matin, j’ai même eu la chance d’y surprendre la couleuvre à collier qui y fait sans doute le ménage.

Mais c’est quand l’hiver approche que l’activité se fait plus intense, du moins l’activité visible du jardinier. Dans le trafic incessant des oiseaux, ce sont les mésanges bleues et les mésanges charbonnières les plus gourmandes en baies de vigne vierge. Ce qui n’échappe pas à l’oeil de notre petit lynx…

Comment protéger les oiseaux de notre prédateur de jardin ? Fan fidèle de la Ligue de protection des oiseaux, je suis leurs conseils de prévention et de protection avec attention mais j’ai des doutes sur leur collerette…

Il faut quand même préserver la dignité du chat ! Alors je conseille le collier à grelot rouge. Pas trop serré, au cas où le chat resterait accroché à une branche. Efficacité estimée à 95% sur les oiseaux : en une année, Nikita ne nous a rapporté qu’un rouge-queue, oiseau particulièrement casse-cou, il faut bien dire. Et elle a poursuivi son « prélèvement » quotidien de campagnols, de mulots ou de taupes…

Fleurs de glace filée

En citadine ignorante de l’infinie variété du vivant, j’associais les champignons au règne végétal. Première erreur ! Et je conditionnais leur croissance à une humide tiédeur. Deuxième erreur ! Contrairement aux plantes, les champignons n’ont pas de racines et ils ne vivent pas de la photosynthèse, ils puisent leur énergie dans la dégradation de la matière organique. Et, si la plupart des champignons aiment la douceur des petits matins pluvieux, il en est qui « fleurissent » sous l’effet du gel…

C’est ce que j’ai appris de mes promenades au jardin, entre ruisseau et forêt, par les petits matins glacés. A chaque poussée de gel, c’est la même surprise : dans l’amas de branchages et de feuilles mortes, des efflorescences d’une blancheur immaculée semblent avoir émergé de terre durant la nuit.

De quoi inspirer aux conteurs des histoires de princesse ensevelie dans la forêt profonde. L’explication scientifique a, elle aussi, de quoi émerveiller.

La chevelure de glace (ou cheveux d’ange) est « un phénomène naturel, rare, que l’on peut observer en hiver, par gel modéré, dans les sites ombragés et tôt le matin, sur le bois mort du hêtre. Si l’eau contenue dans le bois mort tombé au sol n’est pas gelée complètement, la poussée de cette humidité à travers les fibres du bois se fige au contact de l’air ambiant plus froid. Alors peuvent se former mais de façon très éphémère des cristaux de glace d’une grande finesse. Mais cette curiosité ne peut apparaître que s’il y a du mycélium du champignon Exidiopsis effusa dans ces bois en décomposition. »

Source : Base de données mycologiques

Première gelée au bord du ruisseau où fleurissent les chevelures de glace.

Grands brûlés

Comme en écho silencieux aux cris et craquements

des forêts d’Amazonie, de Californie, d’Australie,

l’artiste a mis à nu ses arbres aux veines asséchées.

Epurés, dénudés de leur émail pourtant voué à la craquelure,

ses arbres ont la beauté des pétrifiés,

la densité de la matière végétale transmuée en minérale.

Signé Ginet’ Heuraux, Atelier Raku, Monthureux-le-Sec

A visiter, en lisière de forêt de Darney : l’Atelier Raku

Mellow fruitfulness

Season of mists and mellow fruitfulness,

Close bosom-friend of the maturing sun;

Conspiring with him how to load and bless

With fruit the vines that round the thatch-eves run;

To bend with apples the moss’d cottage-trees,

And fill all fruit with ripeness to the core;

To swell the gourd, and plump the hazel shells

With a sweet kernel; to set budding more,

And still more, later flowers for the bees,

Until they think warm days will never cease,

For summer has o’er-brimm’d their clammy cells.

John Keats (1795-1821)

Ce doit être le pouvoir des odeurs. L’automne réveille en moi la lointaine musique des grands bois qui « effraient comme des cathédrales », des colchiques « couleur de cerne et de lilas » qui lentement empoisonnent. Pour John aussi, l’automne ravive le souvenir de ses grands classiques. Merci à lui pour cette découverte et cet ode à l’automne, saison à la sensualité sans pareille.

Saison de brumes et de moelleuse profusion,

Tendre amie du soleil qui porte la maturité,

Avec lui conspirant à bénir d’une charge de fruits

Les treilles qui vont courant le long des toits de chaume ;

A courber sous les pommes les arbres moussus des fermettes

Et à gorger de suc tous les fruits jusqu’au coeur ;

A boursouffler la courge et grossir les coques des noisettes

D’un succulent noyau ; à faire éclore plus

Et toujours plus encore de fleurs tardives en pâture aux abeilles,

Au point qu’elles croient que les chaudes journées jamais ne cesseront,

Tant l’été à pleins bords a rempli leurs visqueux rayons.

John Keats (1795-1821)

Un échassier bizarre

Le ruisseau s’est réveillé, les nénuphars se sont noyés et le héron est parti pêcher dans des eaux plus calmes et moins profondes.

C’est alors qu’un drôle d’oiseau est venu trouver refuge à l’orée de notre forêt…

Il semble avoir la taille et peut-être même l’envergure du héron cendré, le bec puissant en forme de poignard, les longues plumes du front peignées en arrière. Mais sa livrée est beaucoup plus exotique avec ce plastron aux plumes étranges…

Et ces frisottis seraient-ils une forme mutante de caroncules ?

Merci l’artiste, rebelle au regard bleu qui sait voir dans la branche tombée, le bout de ferraille abandonné, la vie qu’elle pourra y insuffler ; rebelle aux douces mains quand elle caresse une plume, une racine tortueuse, aux mains puissantes pour donner de l’élan jusqu’au vertige à ses créatures fantastiques…

Merci Martine, ton oiseau est à l’abri pour l’hiver, sous la bonne garde des chats.

Signé Martine Sauvageot.

Rouge et or

« Une vie sans éclat et attentive au simple est semblable à ces coings à la peau duvetée et à l’apparence rugueuse qui, mûrissant dans l’ombre, embaument l’air du cellier – comme fait le corps d’un saint après sa mort. »

Christian Bobin, « Prisonnier au berceau », 2005

Coings des merveilleux vergers de Monthureux-le-Sec

Fiers de notre forêt

Un jour, cet hiver, quand le jardin sera endormi, je tenterai enfin de raconter notre forêt. Ses arbres remarquables, ses étangs et tout le petit monde qui y fourmille. Son passé, sites gallo-romains et médiévaux, vestiges des temps glorieux des maîtres verriers et tant d’autres traces de la vie qui s’est organisée autour de cette nature généreuse.

« Les chênes y ont une rectitude de fût qui fait penser aux sapins de la montagne, et l’immense hêtraie se déroule à perte de vue comme un océan de verdure ».

Charles Guyot, directeur de l’école forestière de Nancy, 1887

En ce moment, on collecte des glands, par centaines de kilos. Ils seront envoyés dans une sècherie dans le Jura pour être ensuite confiés à des pépiniéristes qui élèveront les petits chênes durant deux ans, pour repeupler des forêts en souffrance.

Bolets siamois

La photo d’en-tête d’article est de Philippe Moës, photographe de la nature et de la forêt, à découvrir sur son site https://www.photos-moes.be/