Squatters élégants

Le calme revenu, je croyais qu’ils avaient finalement changé d’adresse. La semaine dernière, il y avait grande agitation dans le rosier ‘Bajazzo’ qui grimpe sur le pilier de la terrasse. Deux chardonnerets élégants faisaient équipe pour y construire leur nid : à chacun son tour (il me semble), l’un se postait sur une branche du grand hêtre pleureur pour surveiller les lieux pendant que l’autre ajoutait son brin à l’édifice…

Il est là, au milieu des branches et de la photo, en plein travail.

…et peut-être quelques poils de chat que je dépose au pied des arbustes. Ce matin, plus un mouvement mais… un chardonneret sur le petit nid caché dans l’enchevêtrement des branches du rosier.

Invisible depuis le jardin, à peine soupçonnable depuis la maison, interdiction est cependant décrétée de passer par la terrasse jusqu’à l’éclosion et l’envol des oisillons. Deux à trois semaines semble-t-il.

Jaunes printemps

Mille et un éclats de jaunes et une pensée pour Vincent qui devait vivre le printemps jusqu’à la brûlure. « Il aimait le jaune, ce bon Vincent, ce peintre de Hollande, ces lueurs du soleil rallumaient son âme, qui abhorrait le brouillard, qui avait besoin de la chaleur » (Paul Gauguin).

Parmi les fleurs sauvages, l’explosion des genêts. Ils se multiplient spontanément en bordure de forêt dès qu’ils trouvent un peu de soleil.

Hiératiques, et envahissants eux aussi, les iris des jardins…

Dangereusement épineux (pour le grand bien des mésanges), délicieusement parfumé, le Berberis Koreana, plus subtil encore que le lilas dont il repousse la floraison dans des hauteurs inaccessibles…

Cadeau des pluies d’avril, des vagues de boutons d’or…

Cadeau d’un oiseau, qui l’a probablement volé dans le village, un petit pavot jaune safran (un pavot d’Islande, je crois) a réussi à se faire une place parmi les sauvageonnes.

The Wild

Au retour du printemps, quand je franchis notre petit pont de bois, je repense au Hidcote Manor Garden. Ce chef d’oeuvre de l’art du jardin anglais (à voir avant de mourir ! ) est une succession de chambres, de perspectives, de scènes intimes ou monumentales façonnées durant plus d’un siècle. Jardin blanc, perspective rouge, « mixed borders » de légende… et, au bout de quelques heures de déambulation émerveillée, un panneau indiquant « The Wild ».

Hidcote Manor Garden (Gloucestershire)

Humour anglais. Dans le doux paysage des Cotswolds, le monde sauvage ne signifie que repos du jardinier : arbres et arbustes succèdent aux massifs de fleurs et l’herbe au gazon. Chez nous, en revanche, « the wild » s’épanouit dans tous les sens.

Le petit « canyon » creusé par le ruisseau ainsi que sa rive côté forêt redeviennent une jungle dès le printemps venu. Lierres, fougères et chèvrefeuilles, angéliques, silènes et anémones des bois, sceaux de Salomon, ail des ours, pousses de hêtres, de bouleaux, de charmes, muriers, framboisiers et myrtilliers se partagent ou se disputent leur bout de territoire.

Mon projet d’en faire une vallée de rhododendrons et d’azalées restera un rêve car les alternances de sécheresse et de hautes eaux sont de plus en plus violentes. Cependant, la rive sauvage prend tout doucement des couleurs.

Le monde sauvage, le vrai, commence derrière le grillage. Les chats le savent bien, ils l’observent et le hument de haut et gardent leurs distances. Biches, chevreuils et sangliers doivent leur laisser d’odorants conseils à rester aux abris dans le monde des humains…

Accord parfait

Blanc, rose, vert, l’harmonie est parfaite, C’est l’harmonie du printemps, des fleurs du pommier, des rhododendrons et, bientôt des pivoines. La perfection tout simplement.

Dilemmes du jardinier

Elles sont plus fortes que tout, les sauvages de la forêt. Les bugles rampantes se disputent le terrain avec les fraises sauvages. Les lysimaques ciliata Fire Cracker parviennent à émerger (elles aussi sont envahissantes) mais les saxifrages et les phlox sauront-ils s’imposer ?

Au bord de la forêt, les silènes dioïques, joliment appelées compagnons rouges et compagnons blancs se battent avec les myosotis, les primevères sauvages et les euphorbes des bois. Arracher ? éclaircir ? Laisser faire la nature, sachant que dans quelques semaines, tout cela n’aura plus du tout la même allure ?

Intermède musico-littéraire

« …je l’aime bien, ce bruit de foule et de voitures, je me sens dans la ville comme dans un oeuf et j’en ai besoin de ce bruit vivant, c’est une corde qui m’enserre et me retient, une ancre. »

Elle devait se sentir comme un poisson hors de l’eau, là en bordure du parc thermal, dans la pimpante médiathèque de Vittel. Elle n’en a rien laissé paraître. Elle a emporté un sage public de lecteurs (surtout de lectrices) dans sa traversée du Paris des années 80 à petites bouffées de guitare rock d’Emilie Marsh. L’ Angleterre de Bowie, la Californie des Beach Boys, l’Ostende d’Arno et Marvin Gaye, les succès, les tournées, les podiums, des petits et grands moments de vie intime. Du rock et du spleen, de l’humour, de l’émotion.

La « lecture » a duré quarante minutes, on aurait aimé beaucoup plus. Seuls un ou deux couplets, une citation de Barbara. On peut espérer un grand spectacle poético-rock rythmé de quelques-unes des 23 chansons qui balisent le récit.

Jil Caplan sera à la Maison de la Poésie à Paris, fin mai. Pour les autres, « je vais là où l’on m’invite », dit-elle.

Hostas inconnus

Comme les pins laricio, ils semblent se nourrir de la sève des rochers. Nous les avons découverts perchés sur les roches du ruisseau, comme des émanations végétales de la pierre. Inondés, lessivés par les grandes eaux du printemps…

… ils renaissent début avril bien avant les plantaginea, les ventricosa et autres cultivars. Une division de souche plantée en pleine terre s’étale en une saison, à l’ombre et même au soleil.

Feuillage du 1er avril
Floraison estivale

Même si nous les avons trouvés « dans l’eau », tous leurs rejetons éparpillés dans le jardin résistent à la sécheresse, à la chaleur, au gel et même aux limaces. Ils s’entendent bien avec les astilbes, les azalées, les hydrangéas…

… mais comment s’appellent-ils ?

Le ciel s’amuse

Sorbet de primevères, vacherin d’hellébores, Eton mess de bruyères, granité bleu de muscaris, esquimaux de tulipes… le ciel se moque de nous. Il s’amuse à nous arroser de sucre glace. Bien fait pour nous !

Ebullition

Un dimanche de mars au soleil, 22 degrés à l’ombre. Les oiseaux étaient au rendez-vous. Un vol de colverts au petit matin, quelques insultes du héron qui passait par là, puis les merles, les mésanges, les rouges-gorges, les grives, les bergeronnettes, les troglodytes mignons et, je crois, les rouges-queues. Une plume de chouette au pied du grand hêtre, les percussions des pics en plein travail dans la forêt et, au loin par-dessus les collines, un vol d’aigrettes blanches.

Toute cette agitation pour fêter l’explosion de la végétation. Il y a bien sûr les éblouissantes en pleine floraison, héllébores, primevères, narcisses, jacinthes, muscaris… et les premières tulipes.

Cependant, pour la jardinière, il y a plus émouvant : les jeunes pousses qui jaillissent matin après matin, avec la force et la volonté de soulever tous les obstacles… avant de surmonter d’autres épreuves.

Glycine

En attendant les pivoines, les roses et les glycines, les couleurs éclatent du perron jusqu’au fond du jardin…

Confluence Bridge

Ca s’est passé le 6 février. Une nuit de pluie a suffi pour transformer le coteau forestier en torrent. Et pour disloquer le petit pont du bout du jardin. au confluent des deux ruisseaux qui nous viennent de la forêt. Mais ce n’est pas le débit de l’eau qui a été fatale.

En une journée, les eaux se sont calmées et l’état des lieux a révélé les responsables du sinistre. Les jeunes hêtres de la berge, fragilisés par des années de sécheresse, ont été achevés par l’humidité de cet hiver. Effondrement et démembrement. Troncs et branches portés par les flots se sont acharnés sur le pauvre petit pont.

Déconstruction, reconstruction, l’avantage de faire table rase, c’est qu’on peut rebâtir sur de meilleures bases. John, fort de l’expérience de son premier ouvrage, a commencé par déplacer le petit pont pour en réduire la portée.

Reste maintenant à renforcer les berges de grosses pierres et à y repiquer des plantes aux racines solides…