Qui a mangé mes sandales ?

En partant à Vittel, je les avais laissées au soleil, sur les marches du perron. A mon retour, trois heures plus tard, et toujours 30°, elles étaient sèches… mais « explosées ». L’une sous l’arche de la glycine, l’autre 25 mètres plus loin sous le pommier de l’Himalaya, et plus une seule lanière. On ne peut pas accuser les chats, bien trop raffinés. C’est alors que John m’a raconté sa « rencontre »…

Lui, sortant de l’atelier, et le renard, assis tranquillement sous le grand hêtre pleureur, curieux sans doute de notre vie de casaniers. Un long regard de plusieurs minutes et le renard a disparu comme il était venu…

https://www.livescience.com/fox-steals-100-shoes.html

Jardinières et jardiniers, mettez vos chaussures et vos gants aux abris. Une rapide recherche sur Internet affiche le Top Ten des renards voleurs de chaussures, de Berlin à Kyoto, de l’Australie à l’Angleterre, certains affichent des butins de plus d’une centaine de chaussures !

Beaucoup finissent entre les quenottes des renardeaux qui ont grand besoin de les aiguiser. Merci au Jardin botanique Jean-Marie Pelt de Nancy d’accueillir ces jolis prédateurs dans sa vallée de rhododendrons (photo d’accueil).

Le corset ou la langueur

Comme chaque année, j’ai sorti mes « cages à pivoines ». Plus assez nombreuses pour soutenir tous les éclats de division de souches qui ont pris de l’ampleur sous les pluies de ce printemps. Bien sûr, ce corsetage est pour leur bien mais elles semblent tellement heureuses de s’abandonner au soleil, au vent, à la rosée…

Championnes ou odalisques..

Languides ou sous contrôle…

Blanc Notre-Dame

La fièvre du jardinage s’est abattue sur l’Alsace-Lorraine. Les pépiniéristes de la fête des plantes de l’Abbaye d’Autrey n’avaient jamais vu cela : une noria de brouettes, poussées par les scouts en grande tenue, transportant de futurs jardins vers les parkings. Il a fallu aussi revenir aux fondamentaux : « oui, celui-là va perdre ses feuilles en automne », « attention, c’est un arbre qui va atteindre six à huit mètres ! », « celui-là pousse très lentement , trois centimètres par an »… Beaucoup plus compliqué que prévu, le jardinage! Mais la visite du jardin de l’abbaye ouvre de si belles perspectives…


L’Abbaye d’Autrey et son jardin : https://www.abbayedautrey.com


Pavots d’Orient

« La nature a horreur du vide »… Non, ce n’est pas un jardinier qui l’a énoncé, même si le jardinier le constate tous les jours. A l’abri des grands épicéas, le talus du bas du jardin était devenu un fouillis de cotonéasters, de millepertuis, de mahonias et de rosiers buissonnants. Débroussaillage, élagage et arrachage l’automne dernier. Et ce printemps, le terrain était déjà réinvesti.

Les grands pavots d’Orient se sont étalées tout le long des marches de pierre de la rocaille. Leurs grandes corolles de papier de soie qui semblent si fragiles ont résisté aux averses et aux orages et leurs hautes tiges n’ont pas flanché.

Coques des boutons après explosion
Eclosions étalées sur plusieurs semaines

Les énormes fleurs du Papaver Orientale Princesse Victoria Louise  ont un coeur d’étamines noir bleuté et de belles macules sombres à la base des pétales. Et la grande qualité de résister à tout : la sécheresse, la chaleur, le sol pauvre et, si le sol est bien drainé, la pluie et le vent.

Dracula’s kiss

Pourquoi y a-t-il si peu de femmes botanistes ? Cerveau inadapté à la rigueur scientifique, interdiction d’embarquer sur un navire d’explorateurs, bien sûr, mais encore… l’inconvenance de la discipline. Entre les « phalles impudiques » et tout le répertoire des tentations de Vénus, la botanique est un cabinet de curiosités indécentes. Le grand Carl von Linné était un pornographe infréquentable. Heureusement les inventeurs de nouvelles variétés sont restés fidèles aux traditions suggestives.

En pleine floraison dans l’exposition du Jardin botanique Jean-Marie Pelt de Nancy, ce grand iris a été bien nommé par son obtenteur, Schreiner. Pétales poupre foncé, sépales noir poupré et barbes rouge orange, ce Dracula’s kiss a une lourde parenté :  (( ‘Old Black Magic‘ x ‘Satin Satan’) x  (pollen parent of ‘Diabolique’ x ‘Black Tornado’)) X ‘Local Color‘. On comprend que l’étude de la botanique était interdite aux femmes…

Iris Neige de mai (Jardin botanique de Nancy)

Pendant des siècles, il a été inconcevable que les fleurs, symbole de pureté, soient les organes sexuels des plantes. « La folle histoire des plantes » raconte combien cette découverte est récente. Et combien elle a été difficile à accepter :

Extrait, à na pas manquer, de l’épisode 7 « Cachez ce sexe… » de La folle histoire des plantes

L’un s’éteint, l’autre s’allume

Quand un rhododendron s’endort, un autre se réveille. Les rouges et les roses se sont éteints comme le parfum des skimmias. C’est alors que le grand rhododendron violet, que nous avons trouvé bien isolé à notre arrivée, sort le grand jeu…

Plus timidement dans le sous-bois, le rhododendron blanc s’éveille lui aussi mais il faudra encore attendre pour voir ses corolles s’ouvrir et révéler les chaudes nuances de leur coeur d’or.

Et au bord du ruisseau, sous l’érable du Japon, l’azalée émerge des fougères, des hostas bleutés, des lamiers argentés, les astilbes et les podagres.

Pâques de la Pentecôte

Il n’y a pas que les giboulées et les grêlons qui se ramassent à la pelle en ce curieux mois de mai. Ce matin, j’ai trouvé dans l’herbe, entre le ruisseau et l’étang, deux beaux oeufs, cadeaux de nos colverts. Mais trop tard, les limaces en avaient déjà fait leur festin…

Si l’on oublie l’aspect peu ragoûtant de la limace, on peut admirer la puissance de son odorat. Même si le « nettoyage » était déjà presque terminé, d’autres affamées étaient en chemin pour réclamer leur part de gâteau.

On peut aussi considérer, avec Ben (Autonomie jardin), que le gastéropode n’est pas seulement un nuisible…

Plein les bottes !

Orage et désolation. Hier soir, la grêle s’est abattue deux heures durant sur notre forêt et notre jardin. Les iris se sont retrouvés en guenilles, les oiseaux se sont tus. Et l’équipement du jardinier ne peut résister à un tel déluge…

John’s bridge

C’était un petit pont de bois, un petit pont jeté sur le ruisseau. Il avait son charme avec ses lames de bois patinées par la pluie, le gel et les lichens mais, petit à petit, le charme de l’ancien a laissé place à l’inquiétude. Même les poids plumes y allaient avec prudence.

Le petit pont a tout de même une portée de cinq mètres ! Et il enjambe le passage le plus profond de notre petit canyon. Le défi n’en était que plus tentant. Le défi de passer à l’action. C’est ainsi que John s’est révélé bâtisseur.

Sans diminuer ses mérites, il faut reconnaître que les fondations (merci Claude !) étaient solides.

Les travaux se sont déroulés sous la surveillance des chats, des troglodytes mignons, des campagnols amphibies et, sûrement, de quelques inspecteurs nocturnes. Même les canards ont fait étape pour regarder cela de près.

Et le voilà, reliant la rive du jardin à la rive du monde sauvage…

Une réussite qui laisse le bâtisseur humble devant la puissance des éléments et du paysage:

John’s Bridge! – well, I’m flattered to see that my hard work to reconstruct our ‘Bridge Over Troubled Water’ has been recognised. But I don’t wish to take all the credit since, as with many of the practical projects in the garden, it was a joint effort in which Danielle issued the request and I did the back-breaking work. It has to be admitted that on this occasion I was easily convinced as, after close on fifty years of service, it’s recently been showing signs of breaking up at any moment. As in the words of the famous American folk song ‘Oh my darling Clementine’ the old bridge was about to ‘tremble and disassemble’ and I would surely have been charged with ‘homicide involontaire’ if Danielle ‘fell into the foamy water and was lost and gone forever’ on one of her morning walks round the garden.


Now the work is done I feel a certain sense of achievement but modesty forbids me from lending my name to the completed structure. Bridges seem to be named most often either after their specific location, or famous people or royalty – Charles Bridge in Prague, that’s OK, but John’s Bridge on the edge of the Forest of Darney, no! So, what to call it? Pont Neuf – there are too many of those already! The bridge leads from the garden to our ‘sous-bois’ and a gate in the fence separating our property from the forest – but Rusty Gate Bridge doesn’t have the same aura as San Francisco’s Golden Gate Bridge. Then I found ‘The Wind and Rain Bridge’ – that seems particularly appropriate this month. The only problem is that it’s a very beautiful structure in China, which makes me want to start all over again!

Un amour de pluie

Romy Schneider filmée par Jean-Claude Brialy dans le Vittel de Charles Garnier, dansant sur l’escalier du Grand Hôtel, pédalant sous la pluie du parc thermal… je n’ai pas eu l’occasion de voir le film mais je peux l’imaginer. Les décors sont intacts et la pluie est enfin revenue sur la plaine des Vosges.

Pour le plus grand bonheur de la forêt et du jardin. Même dans le sous-bois, les rhododendrons s’épanouissent. Le ruisseau a repris son activité de torrent.

L’alchémille, plante mythique, recueille « l’eau céleste ». Le sceau de Salomon prolifère comme jamais et on imagine la vie des hexagrammes sacrés qu’il développe dans cette bonne terre humide.

J’aime la pluie. Elle a le pouvoir de transformer le jardin en une nuit. Quelques petites feuilles de bourraches à peine écloses se transforment en quelques heures en massif. Les gouttes perlent sur les feuillages des hostas et tout n’est que parfum. Après une semaine de pluie, restera à passer la débroussailleuse…