Le réveil du grand hêtre

C’était entre deux sommeils, par une « Nuit de France Culture ». Une naturaliste racontait sa nostalgie d’un pays où l’on donne un nom aux arbres. Un petit nom comme on en choisit pour les chiens et les chats. Elle parlait de la Chine… ou plutôt du Japon ? L’émission touchait à sa fin et je n’étais qu’à moitié éveillée…

…mais depuis cette nuit d’insomnie, la question est bien nette : pourquoi ne donnons-nous pas un nom à nos arbres ? Sommes-nous à ce point déconnectés de la nature ? La faute à Descartes sans doute…

Au petit matin du 10 mai sous la pluie
Le grand hêtre pleureur, notre monument de verdure, entouré de ses petits sujets : érable du Japon, skimmias et rhododendrons

Bleu innocence

« J’ai toujours dû la vie à ce que je voyais de pur. Si nous savions regarder le réel de chacun de nos jours, nous tomberions à genoux devant tant de grâce. Dans un fossé du parc de la Verrerie, quelques myosotis triomphent des ténèbres par l’innocence de leur bleu et leur enfantine soumission aux ordres contradictoires du vent. Ces petites fleurs ne semblent flotter sur aucune tige, comme un ciel second égaré parmi nous. »

Christian Bobin, « Prisonnier au berceau »

Les yeux de l’innocence

Plan canicule 2021

Faire de l’ombre, planter des espèces résistantes à la sécheresse, enfouir des oyas pour arroser le sol en profondeur… depuis trois ans, c’est la canicule qui commande. Même autour de l’étang, les plantations deviennent très sélectives. Le grand défi reste la « pelouse », mélange de graminées, de trèfles, d’oxalis et de quantité d’espèces sauvages qui, quand le ciel est favorable, crée l’illusion d’un gazon.

Mais depuis trois ans, l’illusion tourne à la désolation : la terrasse enherbée au pied du perron vire au jaune dès le mois de juin, au noir carbonisé en juillet. Alors, on oublie l’ambiance cottage et on mise sur une structure bien nette pour garder un peu de tenue à l’entrée de la maison.

L’occasion de mettre en scène la plaque de cheminée en fonte au milieu d’un petit gravier rouge, couleur du grès des Vosges.

Merci Michel pour la mise en place de la plaque de cheminée ! Le reste est résultat de deux semaines de travaux intensifs de nos petits bras : désherbage, dépierrage, pose d’une bâche anti-herbe, épandage d’une demie-tonne de sable, pose de feutre textile et de dalles alvéolées sur les bords, remplissage d’une tonne de gravier rouge.

Un parfum d’avant

Cher Claude, il y a à peine un an et quelques semaines que vous avez quitté ce monde et vous ne le reconnaîtriez plus. Savez-vous que l’interdit que vous avez cloué sur la porte de votre atelier pourrait aujourd’hui causer de violents conflits ? Auriez-vous imaginé que nous serions un jour masqués et muselés ?

Dans ce naufrage, votre jardin tient bon, nous y veillons. Nous continuons la lutte contre le reboisement du fond du jardin. Les faînes nous défient comme jamais à germer ainsi sur un terrain qui refuse de laisser pousser une pelouse.

Certes, il y a des changements mais l’essentiel est là. Nous venons de remettre en fonction votre « réseau hydraulique ». Et comme chaque fois que nous pensons à vous, il flotte comme un parfum d’avant, avant-confinement, avant-muselage, avant-formatage des consciences. Un parfum de badinage, d’esprit mutin, de notes improvisées au piano, un délicat parfum de légèreté.

Cartes postales

Bons baisers à ceux qui se demandent comment on a pu venir « s’enterrer » à la campagne. A ceux qui croient qu’on ne peut pas vivre sans une boulangerie et un bar-tabac au coin de la rue. A ceux qui s’imaginent que nous passons notre vie dans la contemplation de nos fleurs…

…ou à compter les oiseaux (à ce propos, bonne nouvelle : nos bergeronnettes sont deux !)

…ou que nous menons une vie de chat…

…et que nous mourons d’ennui loin de la ville et du bruit…

… à bientôt avec les coulisses de la carte postale.

Les canards et la belette

Voilà trois petits matins que les colverts reviennent nous visiter. Une cane et ses deux prétendants dans leur plus beau plumage batifolent sur l’étang à grands claquements d’ailes. Une petite visite à leur maison abandonnée, un petit bain de soleil sur la rive et puis s’envolent.

Serait-ce un de nos canards qui reconnaîtrait son ancienne maison ? Si les chasseurs et les prédateurs lui prêtent vie, le canard sauvage peut vivre une dizaine d’années.

Ceci expliquerait-il cela ? Ce matin, du haut du « mirador » de ma chambre, j’ai pu suivre la course d’une belette (mais était-ce bien une belette ?). Elle descendait, remontait le long du ruisseau, tentait d’escalader le grillage pour rejoindre la forêt. Soudain elle a disparu dans le lit du ruisseau avant de ressurgir (visiblement, elle n’aime pas l’eau) et de trouver la sortie en sautant par-dessus le mur et le grillage..

Pourquoi ai-je pensé qu’il s’agissait d’une belette ? Mystérieuses réminiscences. Notre forêt ressemble tant au pays des fables. Mais un peu plus de précision ne peut gâcher la joie d’avoir pu suivre la course de cet animal gracieux mais trop grand pour être une belette. La belette ne mesure que 20 cm. De l’avis de nos voisins de sentinelle-nature-alsace, il pourrait plutôt s’agir d’une hermine, deux fois plus grande que la belette…

A moins qu’il ne s’agisse d’une fouine ou d’une martre des pins ?

Plus grande, plus élancée, plus sombre que la fouine, habitante de la forêt… décidément, ce devait être une martre.

Martre des pins. Photo http://www.sentinelle-nature-alsace.fr

Avis d’experts : www.sentinelle-nature-alsace.fr

Jaillissements

Quelle étrange inspiration que d’associer le « Sacre du printemps » à un rite sacrificiel. Le printemps est jaillissement, jaillissement d’eaux, de couleurs, de chants d’oiseaux, de vie. En ce jour, qui est aussi celui de la Forêt, toute la belle et généreuse énergie du printemps jaillit au bout de notre jardin, bien enclavé dans la forêt. Le ruisseau qui s’engouffre dans l’étang, les branches des arbrisseaux qui bourgeonnent, les hémérocalles et les iris qui émergent comme à vue d’oeil sur les rives et…

…et les bouleaux qui nous donnent un peu de leur sève régénérante. Les petites gelées matinales des derniers jours n’ont pas ralenti la montée de la précieuse eau. La cure de santé est lancée.

Forêt de mousses

Tout est question d’échelle

Chaque roche est une forêt

Chaque jardin est un pays

En remontant le ruisseau dans la forêt…

…après la fonte des neiges, les lichens ont repris le pouvoir. Ils seront bientôt assaillis par les anémones sauvages et l’ail des ours…

Un peu d’espoir ?

La neige à peine fondue, une bergeronnette grise s’est posée devant la maison. D’où vient-elle ? Comment a-t-elle su en prenant la direction de la Forêt de Darney que le printemps était là ? Mystère. L’autre mystère, beaucoup plus inquiétant : où sont ses congénères ?

Pour notre premier printemps dans la forêt, les bergeronnettes grises nous ont offert un festival. Elles étaient partout, sur le ruisseau, sur l’étang, sur la pelouse. Ondulant de leur longue queue (on les appelle aussi « hochequeues » ou « Wagtails »), elles nous ont offert des spectacles d’acrobaties aériennes tout en nous débarrassant de quantités de petits insectes.

Mais depuis cinq ans, la troupe n’a cessé de se réduire. L’été dernier, il ne restait plus qu’un couple de bergeronnettes. Sécheresse ? Pesticides ? Eoliennes ? La bergeronnette qui est arrivée ce 24 février reste désespérément seule. Une compagne serait-elle déjà en train de couver ?

Plus de photos et d’infos https://www.saisons-vives.com/bergeronnette-grise,552.html

Parfum de premières fois

Il n’a fallu qu’une semaine pour oublier la neige et la glace. Premier déjeuner au soleil. Premier papillon, première primevère, premier lézard… c’est à chaque fois comme un premier printemps. Le premier bourdon endormi dans le bain de pollen d’une hellébore, s’est réveillé pour aller butiner la bruyère.

Si tout semblait en dormance sous l’épaisse couche de neige, ce n’était qu’une illusion. Les campagnols amphibies ont labouré avec ardeur entre l’étang et le ruisseau. Histoire de rappeler l’utilité de protéger les végétaux…

Première plantation, dans un nid de grillage : l’eupatoire chocolat découverte dans le Magical Garden de Judith. Si les campagnols le permettent, cet Eupatorium rugosum Chocolate devrait créer un beau contraste au bout de l’étang, avec l’hydrangea paniculata Limelight.

Premier sacrifice de l’année : la taille sévère des branches colorées des saules crevette (Salix integra Hakuro Nishiki).