Petites guerres printanières

Confinés pour cause de guerre au virus, on n’en observe que mieux les petites guerres qui se jouent dans le jardin. Sur le talus, à l’ombre des grands épicéas (qui résistent encore aux attaques de scolytes), les pervenches commencent, pour notre plus grand plaisir, à conquérir le territoire du lierre.

Un peu plus exposés au soleil, ce sont les pervenches panachées qui ont déjà gagné la partie. Visiblement, la sécheresse et la canicule leur ont été favorables. Le lierre est étouffé mais les bulbes également. Seul un narcisse parvient à surnager et quelques crocosmias arriveront peut-être, avec l’aide des jardiniers, à refleurir.

Dans la plate-bande qui borde la maison, c’est une bataille échevelée et parfumée entre jacinthes, primevères et muscaris d’où émergent difficilement les hellébores.

Petit florilège du 21 mars…

Adieu Claude

Auprès de votre arbre, vous avez été si heureux. Cher Claude, vous n’auriez pas dû le quitter des yeux. Et c’est pourtant à cet arrachement que nous devons notre bonheur d’aujourd’hui, le bonheur de vivre dans votre forêt. Votre souvenir est et restera présent dans tous les recoins du jardin. Les vannes que vous avez construites avec votre méticulosité d’ingénieur d’un temps révolu. Le vivier envahi par les herbes. Le matériel de pêche abandonné dans la grange qui nous évoque des dimanches à la campagne dignes de la Belle Epoque. Les portes que vous avez aménagées dans la clôture pour partir à la cueillette des cèpes et des girolles. Les mélodies improvisées au piano dont vous effleuriez si délicatement les touches… Et cette image, celle de votre dernière visite : assis sur le banc (que nous avons repeint en rouge, vous avez apprécié) au bout de l’étang, vous étiez mélancolique mais souriant, vous remémorant sans doute les années de travaux, d’entretien et les joyeuses parties de pêche.

Cela fait plusieurs jours que la pluie tombe en abondance. Depuis le Col des Clochettes, l’eau dévale la colline à travers les bois et entre à grand fracas dans l’étang.

Le ruisseau est passé au niveau « alerte rouge » : les chats se tiennent à carreau dans le périmètre de sécurité de la maison et on prie pour que les ligulaires, les rodgersias et les euphorbes résistent au courant.

Quand les flots se seront calmés, nous « ferons le ménage », nous éliminerons les branches cassées mais, pardon Claude, nous ne pouvons pas vous promettre de remettre chaque rocher « à sa place » comme vous le faisiez après chaque orage. Vous deviez être un Maître Zen sans le savoir. Dans cette voie de sagesse, nous vous promettons aussi de suivre votre trace.

Un papillon fait-il le printemps ?

Au petit matin, le jardin était tout blanc de givre mais le soleil a vite réchauffé tout son petit monde. Le Bambou sacré resplendit de ses petites pépites écarlates…

La sarcocca embaume à en faire tourner la tête…

Les boutons de camélia gonflent, la bruyère s’épanouit…

…et le papillon doit s’imaginer que le printemps est là ! Ne devrait-il pas plutôt être en sommeil dans sa chrysalide ? Ou est-ce lui qui a raison : le printemps est arrivé !?

Cristaux de neige

Pourquoi les hommes adorent-ils davantage les chimères abstraites que la beauté des cristaux de neige ?

Sylvain Tesson, « Dans les forêts de Sibérie ».

Loin de la Sibérie de Sylvain Tesson, l’adoration n’a duré que quelques minutes…

Dans les yeux d’un chat

« Ils sont partout sauf en eux, ces gens qui font le tour du monde. Le plus long voyage que j’ai fait, c’était dans les yeux d’un chat. Les bêtes sont des anges. Leur silence est proche de celui des livres. Leur silence est de l’encre. Il porte une tunique de papier, une ceinture d’encre. Il entre dans notre coeur et il parle. De l’intérieur de nous. Sans mots. »

Christian Bobin, « Un bruit de balançoire », L’Iconoclaste, 2017

Source ArchZine.fr

2020

Pleins d’énergie comme notre voisin de la forêt de Darney, nos meilleurs voeux aux jardiniers amoureux de la terre, aux Sisyphe du désherbage, aux virtuoses du compostage, aux semeurs compulsifs, à tous ceux dont le coeur bat pour l’abeille qui butine, le moineau qui pépie, la petite martre qui se cache…

 © Fabrice Cahez

Merci à Fabrice Cahez de nous offrir le fruit de ses journées d’attente et de persévérance, merci de nous faire partager l’insaisissable, en photographie et en poésie.

Merci pour ses rencontres de Natur’images.

Plan canicule 2020 (4)

L’été 2018 déjà, nos hortensias avaient triste mine, des hortensias trentenaires qui faisaient la fierté des anciens propriétaires . Cette année, le mois de juin a passé ce mur de fleurs au gril. Pas question de déplacer cet alignement d’arbustes devenus imposants et aux racines entremêlées, refuge des rouges-gorges et de toute une faune invisible qui échappe même aux chats.

Même en lisère de forêt, cette bordure exposée à l’Est ne supportera pas une canicule de plus. La solution, espérons-le, est de leur faire de l’ombre. Ils auront donc une pergola de branches de saules qui va se couvrir de glycines et de chèvrefeuilles.

Et, au milieu du jardin de moines, encore de l’ombre, avec une treille qui va se couvrir de rosiers lianes : American Pillar et New Dawn. Et peut-être que les clématites daigneront enfin pousser en si bonne compagnie…

La forêt enchantée

En lisière de forêt de Darney, alors que les arbres se déplument, une autre forêt invite à regarder la nature autrement…

Le mois de décembre venu, chez Ginette Heuraux, s’illuminent une forêt de sapins en Raku, des chouettes et des hiboux… et d’étranges créatures…

Les chimères de Martine Sauvageot ont trouvé dans la « grange » de Monthureux-le-Sec un refuge apaisant. Les monstres hybrides en seraient presque rassurants…

Il faut dire qu’en « TERRA RAKU » , l’humeur est à l’harmonie. Les esprits des bois, des ruisseaux et des étangs y veillent…

Il ne reste plus que deux jours pour découvrir la poésie de Ginette Heuraux, de Martine Sauvageot et de leurs amis artistes et artisans à Monthureux-le-Sec, les 14 et 15 décembre.

Mais on pourra toujours aller voir Ginette au travail…

…ou rejoindre les apprentis, petits et grands, de son atelier !

Le feu et la glace

17 novembre, 9 heures du matin, zéro degré exactement. Le soleil cherche à émerger de la brume, juste assez chaud pour réveiller les derniers feuillages, pas assez pour dissoudre le givre…

L’automne fut si doux que certains n’ont pas vu l’hiver venir…

Les hydrangeas sont un peu chiffonnés mais les vernonies, les saules tortueux, les saules crevettes font de la résistance.

Fraises de l’Armistice

Mais pourquoi mes fraisiers (Mount Everest) s’obstinent-ils à faire des fruits en octobre plutôt qu’en juin ? En plate-bande, en jardinière sous serre et sur tuteur, en grimpantes sur treille, rien n’y fait. Avec compost ou engrais bio spécial fraisier, la récolte printanière ou estivale reste ridicule. Mais à l’automne, ils se réveillent et ils offrent de généreuses grappes de fruits… qui n’auront jamais le temps de mûrir !

Alors nouvelle tentative : j’ai planté une longue ligne de fraisiers (encore en fleurs !) au-dessus du mur de pierres de pierres sèches en position retombante…