Une mutante ?

Si gracieuses, les lysimaques de Chine. Elles fleurissent en petits épis blancs, adorés des papillons, elles ondulent comme des vagues d’écume. Et elles fanent discrètement : les épis se dessèchent, les feuilles brunissent puis se racornissent.

Mais voilà qu’une de ces lysimaques de Chine a choisi de s’habiller de rouge… Serait-ce une mutante? Ou serait-ce un effet de mimétisme sous l’influence de l’érable rouge ?

Je voudrais écrire un haïku

Parfums de terre et de feuilles, opulentes fanaisons, envol d’essaims d’oiseaux… et le brame qui s’approche et s’éloigne dans la forêt. J’aimerais être capable de fixer ces sensations et les souvenirs qu’elles réveillent en quelques mots simples comme les poètes japonais. Mais il me faudra encore beaucoup méditer…

« Montagnes d’automne  –
ici et là
des fumées s’élèvent »
Gyôdaï

« Après avoir contemplé la lune
mon ombre avec moi
revint à la maison »
Sodô

Haîkus traduits du japonais empruntés à Haïkunet.

Vous avez dit « cataleptique » ?

Ruban de bergère » (Phalaris arundinacea), « Cuisse de nymphe émue » (rosier ancien), « Dame de onze heures » (Ornithogalum umbellatum)… la créativité lexicale des botanistes n’a pas de limites. Mais elle est parfois difficile à suivre. Pourquoi qualifier de « cataleptiques » ces jolies hampes de clochettes plus doctement appelées « Physostegia de Virginie ».

Elles n’ont pas de pouvoir paralysant. Non, ce serait à ces clochettes qu’elles doivent la dénomination de « cataleptiques » : si on les presse légèrement, elles restent un temps figées dans la même position. Pas très spectaculaire…

En revanche, la floraison du Physostegia de Virginie est généreuse et la plante est beaucoup plus adaptable qu’annoncé. On la présente comme une plante plutôt humifère mais elle a très bien résisté à la canicule en terrain peu arrosé.

A la croisée des saisons

Par un curieux mimétisme, deux espèces de fleurs totalement étrangères l’une à l’autre se passent le relais de la floraison. ‘Annabelle’, hydrangea arborescent aux généreuses boules de pétales blancs, commence à faner, virant doucement au vert. Au même rythme, les orpins, qui appartiennent à la famille des plantes succulentes, vont bientôt voir leurs fleurs en boutons verts passer au rose. Les orpins ou sedum spectabile sont encore appelés sedum d’automne.

Hydrangea ‘Annabelle’ et sedum spectabile

Graines de jardin en mouvement

Supprimer les fleurs fanées ne signifie pas seulement supprimer les souillures, cela signifie supprimer les fruits, donc les graines. Or, c’est précisément dans les graines que se trouve l’essentiel du message biologique, celui qui génère un ordre dynamique, porteur de jardins inconnus.

Gilles Clément, « Le jardin en mouvement »

Où feront-elles des fleurs l’an prochain, toutes ces graines ? Il y a celles qui, comme d’habitude, s’installeront là où il ne faudrait pas : les roses trémières, toujours en bordure de massif alors qu’on voudrait voir émerger leurs hautes hampes fleuries en arrière-plan, là où elles cacheraient leur feuillage si tôt flétri.

Il y a les vagabondes, comme les angéliques qui ont déménagé du haut au bas du jardin cette année. Il y a celles, comme les nigelles de Damas, qui ont l’art de s’installer en belle harmonie de proportions avec les plantes et arbustes qui ont su arrêter ou intercepter l’envol de leurs graines.

Il y a celles qui ne fleurissent pas comme on l’attendait, comme les lychnis ‘Croix de Malte’ qu’on espérait blancs et qui fleurissent en vermillon… ou les valérianes qu’on espérait roses et qui fleurissent en blanc…

Il y a les invasives, comme les coquelourdes, et celles qui essaiment à tout va et c’est tant mieux : les ancolies, premières fleurs à donner du relief au jardin au printemps sont bienvenues partout, les sceaux de Salomon, les euphorbes… alors respect pour les hampes séchées et leur précieux contenu.

Il y a les têtes de fleurs d’ail, les fruits des pavots d’Orient qui, avant de libérer leurs semences, imposent leur présence graphique et gracieuse.

Cette couleur qui « n’entre jamais en guerre »

Chère Marceline Desbordes-Valmore, vous m’avez pris le cœur à la Gare du Nord. … Votre poème* avait fait disparaître Paris et le monde. … La grâce de vos images jetait sur mon visage des reflets de rivière. Et ce rose, ce rose ! Mon dieu comme c’était beau – d’une beauté de noisetier, de soleil dans ses limbes. Si je vous vois en rose, c’est parce que cette couleur n’entre jamais en guerre et semble au bord de défaillir dans l’invisible.

* Rêve intermittent d’une nuit triste

Christian Bobin, « La grande vie ».

Hydrangea arborescens ‘Invincibelle’ et persicaria amplexicaulis pourpres

Toujours frais !

A voir ses grandes feuilles charnues, ce vert tendre comme celui de jeunes pousses printanières, on n’imaginerait pas que cet hosta puisse survivre à la canicule. Tout aussi étonnantes, ses grandes fleurs blanches se sont épanouies et tiennent le choc des 35° depuis plusieurs jours.

C’est sûr qu’elles dureront plus longtemps à la mi-ombre des hydrangéas mais, même au soleil, elles se tiennent bien. Autant dire qu’elles seront les premières à donner des boutures…

L’Hosta plantaginea grandiflora exhale un délicieux parfum, entre fleur d’oranger et fleur de lis. Mais ce n’est pas pour cette raison que les Anglais l’appellent « lis plantain ». C’est la forme de ses feuilles aux nervures parallèles qui rappelle le plantain, herbe sauvage aux multiples vertus, hormis la prestance et la fragrance.

Ligulaire ‘Dark beauty’

Plantée en pleine canicule 2019, la petite ligulaire, ligularia dentata ‘Dark beauty’, est devenue une bien belle plante. Elle n’a pas encore atteint sa taille de maturité (0,70 m en hauteur, 0,60 mètre de largeur) mais elle affirme déjà bien sa présence par le beau contraste de ses grandes feuilles sombres et de ses fleurs en corymbes jaune safran.

‘Dark beauty’, août 2019
‘Dark beauty’, août 2020

En un an, elle a pris une belle envergure et le feuillage a pris cette texture robuste comme le cuir et cette riche couleur vert cuivré très sombre au revers pourpre qui transparaît sur les dentelures.

Sur le bord de la petite allée tapissée de caillebotis qui mène au ruisseau, entre fougères et euphorbes, elle illumine ce coin de sous-bois qui reste frais même en pleine canicule. Mais elle devrait se développer encore plus rapidement en situation plus ensoleillée. Peut-être au bord de l’étang, les pieds dans l’eau… on va tenter l’expérience…

Puissance archangélique

« La vie est, à mes yeux, instinct de croissance, de durée, d’accumulation de force, de puissance : là où la volonté de puissance fait défaut, il y a déclin. »

Friedrich Nietzsche

On la croit sage et douce, comme un ange au sourire, mais c’est une force de la nature qui s’installe là où bon lui semble pour exploser de vitalité.

Chaque éclosion est fascinante par la puissance qui s’en dégage : l’angélique, angelica archangelica, doit son nom à l’Archange Raphaël qui en aurait apporté la racine à Charlemagne, empereur d’Occident, pour sauver son armée malade de la peste.

A la Renaissance, Paracelse utilisa la poudre d’angélique pour endiguer les grandes épidémies de peste de 1510. Remède qu’on utilisa encore pendant l’épidémie de peste à Niort en 1602 : pour se prémunir de la contagion, on mâchait les feuilles et on s’attachait des colliers de graines autour du cou.

50 grammes de graines pour une ombelle de 25 cm cueillie sur une tige de 2 m 50. Quelles belles proportions !

Une chose est sûre, d’après le Museum national d’Histoire naturelle, l’angélique est un puissant répulsif contre les puces. Et elle donne de délicieuses tiges confites pour qui a la patience de s’adonner à la confiserie.

A ne pas confondre avec la grande ciguë, plante vénéneuse, presque aussi haute (2 mètres) avec ses grandes ombelles blanches : son feuillage est plus fin, plus découpé, comme celui du cerfeuil ou des fanes de carotte.

La monarde et l’immortelle

La monarde a le charme de ces beautés échevelées qui donnent des allures libérées aux massifs les plus sages. Mais elle a un grand défaut : elle est sensible à l’oïdium au point que son feuillage peut se flétrir très rapidement laissant la fleur perchée sur une longue tige aux allures d’épouvantail.

Belle surprise cette année : les monardes roses plantées entre l’hydrangéa Annabelle et les immortelles (qui ont pris une envergure inattendue) ont, elles aussi, pris de la hauteur. On ne voit que leurs têtes et on oublie leur feuillage :

Anaphlis margaritacea ‘Neuschnee’ d’où émergent les têtes de monardes ‘Croftway Pink’

Plus accessibles (mais moins protégées) au bord de l’étang, les monardes offrent aussi leur puissant parfum de bergamote. Entre les épis de lysimaques et les senteurs de monardes, les butineuses sont infatigables.

Joyeux mélange de lysimaques cléthroïdes et de monardes roses et violettes (les rouges n’étaient pas invitées).

+ Quelques conseils sur les bienfaits de la monarde de Jean-Claude : https://spotjardinmonsite.com/2017/07/08/la-monarde-rouge/