Berchigranges au mois de mai

Ambiance euphorique autour du lac de Gérardmer : les « déconfinés » retrouvent la nature et la liberté. On redécouvre les joies du déjeuner sur l’herbe et des balades au bord de l’eau. On se sourit, on se salue, on se souhaite une belle promenade comme si, pour chacun, c’était « la première fois ».

A quelques kilomètres du lac, le jardin de Berchigranges. L’atmosphère y est plus feutrée mais tout aussi euphorique et la visite a elle aussi un parfum de « première fois », même pour les visiteurs les plus fidèles.

Banc végétal pour la contemplation d’un Cornus Kousa monumental

Confinement oblige, on a manqué le spectacle des narcisses et des jonquilles et les floraisons ne sont pas encore spectaculaires. Mais c’est l’occasion de découvrir de petits trésors végétaux plus discrets.

La ronde des euphorbes

Le jardin de mousses inauguré l’an dernier a pris une belle densité. Le manteau de lichens a complètement arrondi les angles de l’éboulis de roches.

Et ceux qu’on attend tous sont déjà là : les pavots bleus de l’Himalaya.

C’est grâce au succès de leur pétition que les jardins de Berchigranges, des Panrées et de Callunes ont pu ouvrir leurs portes :

https://www.change.org/p/ouvrez-les-jardins?signed=true

« …Pourquoi ne pas considérer les bienfaits apportés par une promenade dans un jardin comme absolument nécessaires et bénéfiques aussi bien physiquement que psychologiquement après cette lourde épreuve du confinement ? »

Le site du jardin de Berchigranges : http://www.berchigranges.com

Déconfinement

Comme chaque année, quand le beau feuillage des pivoines commence à s’épaissir, nous avons sorti les cages de « confinement ». Ces belles aux « fastueuses corolles » présument de leurs forces. Mais comme chaque année, en voyant les petites touffes de feuilles perdues au milieu de leur cage, nous nous sommes dit qu’elles étaient démesurées…

…et bien sûr, comme chaque année, elles seront finalement trop petites pour leur maintenir la tête haute à toutes.

« Rouge grenat, rose gai, rose sentimental, trois ou quatre autres carmins, elles ont des couleurs de la belle santé, et me réjouiront pendant une semaine. Et puis elles laisseront tomber, toutes à la fois, leur brasier de pétales, avec un soupir de fleur qui imite le brusque trépas de la rose. » 

Colette, « Pour un herbier »

« Rose gai », « rose sentimental », grenat et carmins divers… pour être digne du fabuleux herbier de Colette, il faudra enrichir la gamme des pivoines et apprendre à reconnaître toutes les subtilités de leur parfum :

« La pivoine sent la pivoine, c’est-à-dire le hanneton. par le truchement d’une fétidité délicate, elle a le privilège de nous mettre en rapport avec le véritable printemps, porteur d’odeurs suspectes dont la somme est propre à nous enchanter. « 

Glycine et clématite

« Au printemps, c’est dans les bois nus Qu’un jour nous nous sommes connus. Les bourgeons poussaient vapeur verte. L’amour fut une découverte. Grâce aux lilas, grâce aux muguets, De rêveurs nous devînmes gais. Sous la glycine et le cytise, Tous deux seuls, que faut-il qu’on dise ? Nous n’aurions rien dit, réséda, Sans ton parfum qui nous aida. »

Charles Cros, « Le coffret de santal »

Cette clématite, Clematis Docteur Ruppel, je crois (?) végétait, le pied à l’abri du soleil, en compagnie d’un hortensia. Mais la voilà rayonnante, en compagnie de la glycine de Chine. Il suffit parfois d’une rencontre pour changer la vie…

Quand on n’a pas de muguet…

Oublions les trois malheureux brins de muguet qui s’obstinent à survivre dans notre sous-bois. Il y a tant de jolies fleurs blanches qui illuminent les bords du ruisseau. La plus étonnante est pour moi le sceau de Salomon, cette jolie hampe aux feuilles dressées comme autant de protections de ses grelots blancs. On l’appelle aussi « faux muguet »…

Elle s’installe dans les recoins les plus inattendus, le plus souvent à l’ombre humide (sans doute est-ce pour cela qu’on l’appelle aussi « grenouillet », mais aussi sous un rosier en plein soleil.

Mais pourquoi ce nom de sceau de Salomon ? Je ne l’ai pas vérifié mais je fais confiance aux naturalistes qui ont vu (avec beaucoup d’imagination) dans ses étranges rhizomes des hexagrammes inscrits dans des cercles.

Premières pivoines

« Pourquoi les dieux seraient-ils immortels ? En quoi l’immortalité rendrait-elle divin ? La pivoine est-elle moins sublime du fait qu’elle va faner ? »

Amélie Nothomb, « Métaphysique des tubes »

Sublime explosion tant attendue, comme chaque année, des premiers boutons de pivoines. Faisons un voeu…

« Il n’y a qu’aujourd’hui… »

« Il n’y a pas de passé. Il n’y a qu’aujourd’hui et, dans aujourd’hui, serrés et brûlants comme à l’intérieur d’une clochette de muguet, tous les morts que nous avons aimés. »

« Carnet du soleil » de Christian Bobin

Petit matin pluvieux, rhododendrons heureux

La pluie, enfin ! Deuxième nuit d’une pluie soutenue et le jardin se réveille plein d’énergie dans la fraîcheur d’un jardin anglais. Seuls les iris ont l’air chiffonné. Les rosiers, les hydrangéas, les vivaces se développent à vue d’oeil et les rhododendrons soupirent d’aise…

Et le petit dernier : planté il y a trois semaines, un petit rhododendron blanc offre sa première fleur au milieu des myosotis.

Printemps en jaune et bleu

Le jaune est une couleur mal aimée. Michel Pastoureau, l’historien des couleurs, retrace sa longue déchéance depuis l’Antiquité. Couleur presque sacrée pour les Grecs et les Romains, couleur de l’immortalité pour les Celtes et les Germains, elle est associée depuis le Moyen Age aux vices du mensonge, de l’avarice, de la félonie. (« Jaune – Histoire d’une couleur », Ed. Seuil).

Caltha palustris qui revient à chaque printemps au bord du ruisseau.

Pour la jardinière que je suis, le jaune ne m’inspire aucun préjugé mais pose des problèmes d’harmonie. Le jaune, par son éclat, sa luminosité, « écrase » les concurrents, pire, il jure avec les roses et les mauves. Sauf… avec sa complémentaire à laquelle il donne encore davantage de présence. Alors pour ne pas me priver de toutes les floraisons généreuses du printemps, j’essaie de m’inspirer de Claude Monet et de sa passion pour les couleurs complémentaires.

Muscaris et tulipes jaunes
Vinca minor
Euphorbe corse et santoline Lemon Fizz
Mahonia aquifolium et forsythias
Népetas mussinii
Anemone coronaria Mr Fokker – Anémone de Caen
Pervenches panachées
Narcisses variés
Violettes sauvages dans le gravier de l’entrée

Petites guerres printanières

Confinés pour cause de guerre au virus, on n’en observe que mieux les petites guerres qui se jouent dans le jardin. Sur le talus, à l’ombre des grands épicéas (qui résistent encore aux attaques de scolytes), les pervenches commencent, pour notre plus grand plaisir, à conquérir le territoire du lierre.

Un peu plus exposés au soleil, ce sont les pervenches panachées qui ont déjà gagné la partie. Visiblement, la sécheresse et la canicule leur ont été favorables. Le lierre est étouffé mais les bulbes également. Seul un narcisse parvient à surnager et quelques crocosmias arriveront peut-être, avec l’aide des jardiniers, à refleurir.

Dans la plate-bande qui borde la maison, c’est une bataille échevelée et parfumée entre jacinthes, primevères et muscaris d’où émergent difficilement les hellébores.

Petit florilège du 21 mars…