Bleu forêt

Ceci n’est pas une pub pour une estimable marque vosgienne mais un écho au bel article de Tout l’opéra (ou presque) dédié aux notes bleues. Entre Rachmaninov et Miles Davis, Jean-Louis évoque Rimbaud et son sonnet des « Voyelles » :

 « O, suprême Clairon plein des strideurs étranges »

Je n’avais jamais été convaincue par cette association du O et du bleu. Jusqu’à ce silence qui a suivi le « Blues » de Ravel. Silence rompu par le « suprême clairon » du brame, tout près dans la forêt…

Campanules sauvages dans l’ombre du sous-bois

Le magnifique cerf de la photo a bramé sur le blog aux mille oiseaux et animaux des bois Palette de couleurs .

Improvisations

Une fois passée la déception (les monardes violettes et les lysimaques de Chine ont disparu), reste à admirer l’art des plantes sauvages à créer de l’harmonie. Au bord de l’étang, au milieu d’une petite plate-bande de lysimaques ‘Fire Cracker’ et de crocosmias, elles se sont installées avec une grâce tout instinctive : des iris des marais (aujourd’hui fanés), des eupatoires et, impériale, l’angélique…

« L’angélique doit peut-être son nom au fait que ses fruits possèdent chacun deux ailes très développées, comme celles des anges ou des archanges. Mais pour d’autres, ses vertus auraient été révélées par l’archange Raphaël. L’Antiquité et la Renaissance la parèrent de toutes les vertus, si bien qu’on lui accordait une origine divine, confortant le nom que Linné devait lui attribuer : angélique archangélique.

Dans l’angélique, tout est bon, en particulier les pétioles qui engainent la forte tige cylindrique et creuse. Confits dans du sucre ils constituent les vertes inclusions qui, avec les cerises rouges, sont indissociables de la pâte des cakes. Les fruits et parfois les racines entrent dans les compositions complexes et souvent conservées secrètes de maintes liqueurs. »

Jean-Marie Pelt, « Les épices », Ed. A Fayard, 2002

Le génie de la haie

« L’art de la marqueterie bocagère avait atteint ici un haut degré d’accomplissement. La pierre accueillait la mousse. La mousse arrondissait les angles et protégeait des sociétés de bêtes. Oh ! Comme il eût été salvateur d’opposer une « théorie politique du bocage » aux convulsions du monde. On se serait inspiré du génie de la haie… Elle séparait sans emmurer, délimitait sans opacifier, protégeait sans repousser...

L’air y passait, l’oiseau y nichait, le fruit y poussait. On pouvait la franchir, mais elle arrêtait le glissement de terrain.

A son ombre fleurissait la vie, dans ses entrelacs prospéraient des mondes, derrière sa dentelle se déployaient les parcelles. La méduse du récent globalisme absorbait les bocages. Ce remembrement du théâtre mondial annonçait des temps nouveaux. Ils seraient peut-être heureux mais n’en donnaient pas l’impression. « 

Sylvain Tesson, en marche sur « Les chemins noirs » à l’approche du Cotentin.

Entre forêt et « bocage », notre jardin fourmille de vie, de visiteurs de toutes espèces qui vont et viennent à travers les rideaux d’aubépines, de charmilles, de berbéris, d’aulnes, de lierre, de mûriers…

Et pour prendre modèle sur le génie ancestral de la haie, nous avons créé une haie à l’intérieur du jardin. En demi-cercle autour du vieux pommier, elle délimite le territoire du potager par un mélange assez échevelé d’hydrangeas variés, de mauves arbustives, de pivoines et d’herbes sauvages.

Qui a mangé mes sandales ?

En partant à Vittel, je les avais laissées au soleil, sur les marches du perron. A mon retour, trois heures plus tard, et toujours 30°, elles étaient sèches… mais « explosées ». L’une sous l’arche de la glycine, l’autre 25 mètres plus loin sous le pommier de l’Himalaya, et plus une seule lanière. On ne peut pas accuser les chats, bien trop raffinés. C’est alors que John m’a raconté sa « rencontre »…

Lui, sortant de l’atelier, et le renard, assis tranquillement sous le grand hêtre pleureur, curieux sans doute de notre vie de casaniers. Un long regard de plusieurs minutes et le renard a disparu comme il était venu…

https://www.livescience.com/fox-steals-100-shoes.html

Jardinières et jardiniers, mettez vos chaussures et vos gants aux abris. Une rapide recherche sur Internet affiche le Top Ten des renards voleurs de chaussures, de Berlin à Kyoto, de l’Australie à l’Angleterre, certains affichent des butins de plus d’une centaine de chaussures !

Beaucoup finissent entre les quenottes des renardeaux qui ont grand besoin de les aiguiser. Merci au Jardin botanique Jean-Marie Pelt de Nancy d’accueillir ces jolis prédateurs dans sa vallée de rhododendrons (photo d’accueil).

Pâques de la Pentecôte

Il n’y a pas que les giboulées et les grêlons qui se ramassent à la pelle en ce curieux mois de mai. Ce matin, j’ai trouvé dans l’herbe, entre le ruisseau et l’étang, deux beaux oeufs, cadeaux de nos colverts. Mais trop tard, les limaces en avaient déjà fait leur festin…

Si l’on oublie l’aspect peu ragoûtant de la limace, on peut admirer la puissance de son odorat. Même si le « nettoyage » était déjà presque terminé, d’autres affamées étaient en chemin pour réclamer leur part de gâteau.

On peut aussi considérer, avec Ben (Autonomie jardin), que le gastéropode n’est pas seulement un nuisible…

John’s bridge

C’était un petit pont de bois, un petit pont jeté sur le ruisseau. Il avait son charme avec ses lames de bois patinées par la pluie, le gel et les lichens mais, petit à petit, le charme de l’ancien a laissé place à l’inquiétude. Même les poids plumes y allaient avec prudence.

Le petit pont a tout de même une portée de cinq mètres ! Et il enjambe le passage le plus profond de notre petit canyon. Le défi n’en était que plus tentant. Le défi de passer à l’action. C’est ainsi que John s’est révélé bâtisseur.

Sans diminuer ses mérites, il faut reconnaître que les fondations (merci Claude !) étaient solides.

Les travaux se sont déroulés sous la surveillance des chats, des troglodytes mignons, des campagnols amphibies et, sûrement, de quelques inspecteurs nocturnes. Même les canards ont fait étape pour regarder cela de près.

Et le voilà, reliant la rive du jardin à la rive du monde sauvage…

Une réussite qui laisse le bâtisseur humble devant la puissance des éléments et du paysage:

John’s Bridge! – well, I’m flattered to see that my hard work to reconstruct our ‘Bridge Over Troubled Water’ has been recognised. But I don’t wish to take all the credit since, as with many of the practical projects in the garden, it was a joint effort in which Danielle issued the request and I did the back-breaking work. It has to be admitted that on this occasion I was easily convinced as, after close on fifty years of service, it’s recently been showing signs of breaking up at any moment. As in the words of the famous American folk song ‘Oh my darling Clementine’ the old bridge was about to ‘tremble and disassemble’ and I would surely have been charged with ‘homicide involontaire’ if Danielle ‘fell into the foamy water and was lost and gone forever’ on one of her morning walks round the garden.


Now the work is done I feel a certain sense of achievement but modesty forbids me from lending my name to the completed structure. Bridges seem to be named most often either after their specific location, or famous people or royalty – Charles Bridge in Prague, that’s OK, but John’s Bridge on the edge of the Forest of Darney, no! So, what to call it? Pont Neuf – there are too many of those already! The bridge leads from the garden to our ‘sous-bois’ and a gate in the fence separating our property from the forest – but Rusty Gate Bridge doesn’t have the same aura as San Francisco’s Golden Gate Bridge. Then I found ‘The Wind and Rain Bridge’ – that seems particularly appropriate this month. The only problem is that it’s a very beautiful structure in China, which makes me want to start all over again!

Cartes postales

Bons baisers à ceux qui se demandent comment on a pu venir « s’enterrer » à la campagne. A ceux qui croient qu’on ne peut pas vivre sans une boulangerie et un bar-tabac au coin de la rue. A ceux qui s’imaginent que nous passons notre vie dans la contemplation de nos fleurs…

…ou à compter les oiseaux (à ce propos, bonne nouvelle : nos bergeronnettes sont deux !)

…ou que nous menons une vie de chat…

…et que nous mourons d’ennui loin de la ville et du bruit…

… à bientôt avec les coulisses de la carte postale.

Les canards et la belette

Voilà trois petits matins que les colverts reviennent nous visiter. Une cane et ses deux prétendants dans leur plus beau plumage batifolent sur l’étang à grands claquements d’ailes. Une petite visite à leur maison abandonnée, un petit bain de soleil sur la rive et puis s’envolent.

Serait-ce un de nos canards qui reconnaîtrait son ancienne maison ? Si les chasseurs et les prédateurs lui prêtent vie, le canard sauvage peut vivre une dizaine d’années.

Ceci expliquerait-il cela ? Ce matin, du haut du « mirador » de ma chambre, j’ai pu suivre la course d’une belette (mais était-ce bien une belette ?). Elle descendait, remontait le long du ruisseau, tentait d’escalader le grillage pour rejoindre la forêt. Soudain elle a disparu dans le lit du ruisseau avant de ressurgir (visiblement, elle n’aime pas l’eau) et de trouver la sortie en sautant par-dessus le mur et le grillage..

Pourquoi ai-je pensé qu’il s’agissait d’une belette ? Mystérieuses réminiscences. Notre forêt ressemble tant au pays des fables. Mais un peu plus de précision ne peut gâcher la joie d’avoir pu suivre la course de cet animal gracieux mais trop grand pour être une belette. La belette ne mesure que 20 cm. De l’avis de nos voisins de sentinelle-nature-alsace, il pourrait plutôt s’agir d’une hermine, deux fois plus grande que la belette…

A moins qu’il ne s’agisse d’une fouine ou d’une martre des pins ?

Plus grande, plus élancée, plus sombre que la fouine, habitante de la forêt… décidément, ce devait être une martre.

Martre des pins. Photo http://www.sentinelle-nature-alsace.fr

Avis d’experts : www.sentinelle-nature-alsace.fr

Jaillissements

Quelle étrange inspiration que d’associer le « Sacre du printemps » à un rite sacrificiel. Le printemps est jaillissement, jaillissement d’eaux, de couleurs, de chants d’oiseaux, de vie. En ce jour, qui est aussi celui de la Forêt, toute la belle et généreuse énergie du printemps jaillit au bout de notre jardin, bien enclavé dans la forêt. Le ruisseau qui s’engouffre dans l’étang, les branches des arbrisseaux qui bourgeonnent, les hémérocalles et les iris qui émergent comme à vue d’oeil sur les rives et…

…et les bouleaux qui nous donnent un peu de leur sève régénérante. Les petites gelées matinales des derniers jours n’ont pas ralenti la montée de la précieuse eau. La cure de santé est lancée.

Forêt de mousses

Tout est question d’échelle

Chaque roche est une forêt

Chaque jardin est un pays

En remontant le ruisseau dans la forêt…

…après la fonte des neiges, les lichens ont repris le pouvoir. Ils seront bientôt assaillis par les anémones sauvages et l’ail des ours…