Cartes postales

Bons baisers à ceux qui se demandent comment on a pu venir « s’enterrer » à la campagne. A ceux qui croient qu’on ne peut pas vivre sans une boulangerie et un bar-tabac au coin de la rue. A ceux qui s’imaginent que nous passons notre vie dans la contemplation de nos fleurs…

…ou à compter les oiseaux (à ce propos, bonne nouvelle : nos bergeronnettes sont deux !)

…ou que nous menons une vie de chat…

…et que nous mourons d’ennui loin de la ville et du bruit…

… à bientôt avec les coulisses de la carte postale.

Les canards et la belette

Voilà trois petits matins que les colverts reviennent nous visiter. Une cane et ses deux prétendants dans leur plus beau plumage batifolent sur l’étang à grands claquements d’ailes. Une petite visite à leur maison abandonnée, un petit bain de soleil sur la rive et puis s’envolent.

Serait-ce un de nos canards qui reconnaîtrait son ancienne maison ? Si les chasseurs et les prédateurs lui prêtent vie, le canard sauvage peut vivre une dizaine d’années.

Ceci expliquerait-il cela ? Ce matin, du haut du « mirador » de ma chambre, j’ai pu suivre la course d’une belette (mais était-ce bien une belette ?). Elle descendait, remontait le long du ruisseau, tentait d’escalader le grillage pour rejoindre la forêt. Soudain elle a disparu dans le lit du ruisseau avant de ressurgir (visiblement, elle n’aime pas l’eau) et de trouver la sortie en sautant par-dessus le mur et le grillage..

Pourquoi ai-je pensé qu’il s’agissait d’une belette ? Mystérieuses réminiscences. Notre forêt ressemble tant au pays des fables. Mais un peu plus de précision ne peut gâcher la joie d’avoir pu suivre la course de cet animal gracieux mais trop grand pour être une belette. La belette ne mesure que 20 cm. De l’avis de nos voisins de sentinelle-nature-alsace, il pourrait plutôt s’agir d’une hermine, deux fois plus grande que la belette…

A moins qu’il ne s’agisse d’une fouine ou d’une martre des pins ?

Plus grande, plus élancée, plus sombre que la fouine, habitante de la forêt… décidément, ce devait être une martre.

Martre des pins. Photo http://www.sentinelle-nature-alsace.fr

Avis d’experts : www.sentinelle-nature-alsace.fr

Jaillissements

Quelle étrange inspiration que d’associer le « Sacre du printemps » à un rite sacrificiel. Le printemps est jaillissement, jaillissement d’eaux, de couleurs, de chants d’oiseaux, de vie. En ce jour, qui est aussi celui de la Forêt, toute la belle et généreuse énergie du printemps jaillit au bout de notre jardin, bien enclavé dans la forêt. Le ruisseau qui s’engouffre dans l’étang, les branches des arbrisseaux qui bourgeonnent, les hémérocalles et les iris qui émergent comme à vue d’oeil sur les rives et…

…et les bouleaux qui nous donnent un peu de leur sève régénérante. Les petites gelées matinales des derniers jours n’ont pas ralenti la montée de la précieuse eau. La cure de santé est lancée.

Forêt de mousses

Tout est question d’échelle

Chaque roche est une forêt

Chaque jardin est un pays

En remontant le ruisseau dans la forêt…

…après la fonte des neiges, les lichens ont repris le pouvoir. Ils seront bientôt assaillis par les anémones sauvages et l’ail des ours…

Un peu d’espoir ?

La neige à peine fondue, une bergeronnette grise s’est posée devant la maison. D’où vient-elle ? Comment a-t-elle su en prenant la direction de la Forêt de Darney que le printemps était là ? Mystère. L’autre mystère, beaucoup plus inquiétant : où sont ses congénères ?

Pour notre premier printemps dans la forêt, les bergeronnettes grises nous ont offert un festival. Elles étaient partout, sur le ruisseau, sur l’étang, sur la pelouse. Ondulant de leur longue queue (on les appelle aussi « hochequeues » ou « Wagtails »), elles nous ont offert des spectacles d’acrobaties aériennes tout en nous débarrassant de quantités de petits insectes.

Mais depuis cinq ans, la troupe n’a cessé de se réduire. L’été dernier, il ne restait plus qu’un couple de bergeronnettes. Sécheresse ? Pesticides ? Eoliennes ? La bergeronnette qui est arrivée ce 24 février reste désespérément seule. Une compagne serait-elle déjà en train de couver ?

Plus de photos et d’infos https://www.saisons-vives.com/bergeronnette-grise,552.html

Parfum de premières fois

Il n’a fallu qu’une semaine pour oublier la neige et la glace. Premier déjeuner au soleil. Premier papillon, première primevère, premier lézard… c’est à chaque fois comme un premier printemps. Le premier bourdon endormi dans le bain de pollen d’une hellébore, s’est réveillé pour aller butiner la bruyère.

Si tout semblait en dormance sous l’épaisse couche de neige, ce n’était qu’une illusion. Les campagnols amphibies ont labouré avec ardeur entre l’étang et le ruisseau. Histoire de rappeler l’utilité de protéger les végétaux…

Première plantation, dans un nid de grillage : l’eupatoire chocolat découverte dans le Magical Garden de Judith. Si les campagnols le permettent, cet Eupatorium rugosum Chocolate devrait créer un beau contraste au bout de l’étang, avec l’hydrangea paniculata Limelight.

Premier sacrifice de l’année : la taille sévère des branches colorées des saules crevette (Salix integra Hakuro Nishiki).

Velours et pampilles

Moins 10 degrés, vent d’Est et ciel limpide. Les rouges-gorges et les mésanges se disputent la priorité d’accès aux mangeoires. Les merles arrivent en bande de six, non de huit, pour s’attaquer aux petites pommes glacées du pommier de l’Himalaya. Et la bruyère préfère rester au chaud sous sa chape de velours.

Mais le grand spectacle est au bord du ruisseau. De son entrée dans le jardin, où le renard ne s’aventurera pas à traverser le rideau de glace…

Sur les méandres du ruisseau, les branches se balancent. L’écume y sculpte patiemment dans le froid ce que les souffleurs verre modèlent dans la fournaise. Telle cette bobèche en suspension, comme un lustre digne d’Emile Gallé…

Un froid de canard

Ces derniers jours, la température a oscillé entre -3° et -6°. Rien de bien rigoureux en comparaison avec le coup de froid qui s’est abattu sur la plaine des Vosges durant trois jours et trois nuits en janvier 2017. Quand nous avons compris ce qu’un « froid de canard » veut dire.

Le canard est insensible au froid. Jusqu’au jour où son espace vital se réduit au point d’en faire une proie facile pour les prédateurs. C’est ainsi qu’en janvier 2017, nos canards se sont envolés pour des eaux vives, sans doute pour la Saône à l’approche de Darney.

Nous en sommes restés inconsolables. Nous avions tant fait pour les protéger : une maison au centre de l’étang ; des fils électrifiés autour de l’étang gelé en hiver 2016, fils qui n’ont effrayé que le chat mais pas le renard…

des fils tendus au-dessus de l’étang et du ruisseau pour dissuader les rapaces d’attaquer durant la couvaison, un poulailler en surplomb sur l’étang…

tous ces aménagements n’ont pas suffi à protéger nos canards des attaques du milan royal et des buses, des « visites » du renard et des coups de froid.

Ils avaient pourtant vécu de beaux jours chez nous. Ce qui nous vaut quelques visites éclairs au printemps. Mais le canard a bonne mémoire, il sait que le site est généreux en nourriture mais vraiment trop risqué.

Reste Malcolm, un canard échappé des réserves de Moulinsart.

Les étranges créatures de Moulinsart

Fox’s breakfast

Ce matin, en ouvrant la porte de la grange, j’ai échangé un regard avec le renard. Dans la forêt, derrière le grillage, il me fixait du haut du talus qui domine la maison. Long et distant face à face parfaitement immobile. Et puis, tranquillement, il s’est détourné et il est remonté dans la forêt.

En montant vers l’étang, j’ai compris : le renard venait de manger une des pommes ensevelies sous la neige au pied du vieux pommier. Les traces menaient à la mare aux grenouilles où il s’est peut-être abreuvé avant de sauter la clôture pour remonter dans la forêt. Ce long regard, j’ai très envie de le croire, était peut-être un signe de gratitude…

Un des grands plaisirs de l’hiver est de suivre les traces des visiteurs de la nuit et du petit matin dans la neige ou sur la glace. Même si je ne suis pas toujours sûre de les identifier…

Et si nous sommes comme emprisonnés dans le blanc, notre petit morceau de paysage nous offre des points de vue tout en contrastes : du blanc le plus tranquille, couleur d’hibernation…

… aux blancs tourmentés du ruisseau qui dévale à grands fracas les rochers.