Ecologie au féminin ?

« Tant qu’il y aura des arbres, il y aura des hommes. » Sentence de virologue ou d’épidémiologiste ? Non, proverbe papou. Cité par Nancy Huston, en pleine réflexion, comme nous tous, sur les lendemains de la pandémie. Invitée ce dimanche par France Inter pour la parution de son nouveau livre « Je suis parce que nous sommes », elle interpelle étrangement les femmes face à la catastrophe écologique :

Portrait en juin 2018 de l’écrivaine Nancy Huston, auteure de “Je suis parce que nous sommes”, paru aux éditions du Chemin de fer. © AFP / Ulf Andersen / Aurimages

« Les femmes ont la responsabilité et la possibilité subversive de récompenser les mâles alpha ou de leur préférer des hommes doux, des hommes subtiles. Elles ont le choix de cesser de récompenser la force destructrice des garçons. »

Voilà une vision très « genrée » de l’empreinte écologique qui me laisse perplexe…

Puisque les musées sont fermés…

Puisqu’il est interdit de visiter les musées, allons nous promener dans la forêt (tant que c’est encore autorisé) pour remonter le temps… et comprendre que nos politiques d’attractivité économique ne datent pas d’hier. Départ : entre Vittel et Darney, le village de Relanges, sa magnifique église romane du XIIème siècle ; son Bio Salon, rendez-vous annuel de l’agrobiologie ; son domaine forestier riche en patrimoine historique.

D’étangs en futaies, on découvre soudain, éblouissant dans la belle lumière de l’orée de la forêt, le château de Lichecourt. C’était la demeure de la famille de Thysac, des maîtres-verriers originaires de Bohême, qui fondèrent la verrerie de La Rochère en 1475, la plus ancienne verrerie d’Europe encore en activité.

Dès la fin du moyen-âge, les ducs de Lorraine ont compris les atouts de leur vaste forêt de Darney pour en « développer le territoire ».

Le verre était une production au fort potentiel mais très exigeante en matières premières.

Des ressources en abondance dans la forêt :

le sable, produit par l’érosion du grès,

le bois pour alimenter les fours,

la fougère pour absorber la potasse de la terre et abaisser la température de fusion du verre…

et de l’eau, de l’eau en abondance.

Les ducs font valoir ces atouts naturels et une sorte de « mieux-disant fiscal » auprès de familles de verriers de Bohême. En 1448, la charte des verriers les hisse au rang de « gentilshommes verriers ». Leurs activités ne cesseront de se développer jusqu’au XVIIème siècle avec près de 30 verreries sur le territoire.

Dans la verrerie de La Rochère, on travaille depuis cette époque glorieuse dans la grande tradition du verre pressé et du verre soufflé. On y pérennise la production de grands classiques (les verres aux abeilles inspirés de l’emblème de Napoléon) et on poursuit la création d’éléments d’architecture contemporaine dans la lignée des briques de verre promues par Le Corbusier.

Matin d’hiver

C’est par un beau matin d’hiver en forêt de Darney… L’étang de Chanau est gelé et saupoudré de petits glaçons tombés des arbres et soufflés par le vent. Les petits îlots aménagés pour accueillir d’invisibles oiseaux ont été visités par des curieux assez légers pour ne pas sombrer, assez lourds pour laisser des lézardes dans la glace. Et quelques épaves y restent figées.

La neige et le givre révèlent la beauté des vestiges d’un arbre sacrifié par la canicule du dernier été…

et les talents de constructeurs des castors.

Fleurs de glace filée

En citadine ignorante de l’infinie variété du vivant, j’associais les champignons au règne végétal. Première erreur ! Et je conditionnais leur croissance à une humide tiédeur. Deuxième erreur ! Contrairement aux plantes, les champignons n’ont pas de racines et ils ne vivent pas de la photosynthèse, ils puisent leur énergie dans la dégradation de la matière organique. Et, si la plupart des champignons aiment la douceur des petits matins pluvieux, il en est qui « fleurissent » sous l’effet du gel…

C’est ce que j’ai appris de mes promenades au jardin, entre ruisseau et forêt, par les petits matins glacés. A chaque poussée de gel, c’est la même surprise : dans l’amas de branchages et de feuilles mortes, des efflorescences d’une blancheur immaculée semblent avoir émergé de terre durant la nuit.

De quoi inspirer aux conteurs des histoires de princesse ensevelie dans la forêt profonde. L’explication scientifique a, elle aussi, de quoi émerveiller.

La chevelure de glace (ou cheveux d’ange) est « un phénomène naturel, rare, que l’on peut observer en hiver, par gel modéré, dans les sites ombragés et tôt le matin, sur le bois mort du hêtre. Si l’eau contenue dans le bois mort tombé au sol n’est pas gelée complètement, la poussée de cette humidité à travers les fibres du bois se fige au contact de l’air ambiant plus froid. Alors peuvent se former mais de façon très éphémère des cristaux de glace d’une grande finesse. Mais cette curiosité ne peut apparaître que s’il y a du mycélium du champignon Exidiopsis effusa dans ces bois en décomposition. »

Source : Base de données mycologiques

Première gelée au bord du ruisseau où fleurissent les chevelures de glace.

Grands brûlés

Comme en écho silencieux aux cris et craquements

des forêts d’Amazonie, de Californie, d’Australie,

l’artiste a mis à nu ses arbres aux veines asséchées.

Epurés, dénudés de leur émail pourtant voué à la craquelure,

ses arbres ont la beauté des pétrifiés,

la densité de la matière végétale transmuée en minérale.

Signé Ginet’ Heuraux, Atelier Raku, Monthureux-le-Sec

A visiter, en lisière de forêt de Darney : l’Atelier Raku

Fiers de notre forêt

Un jour, cet hiver, quand le jardin sera endormi, je tenterai enfin de raconter notre forêt. Ses arbres remarquables, ses étangs et tout le petit monde qui y fourmille. Son passé, sites gallo-romains et médiévaux, vestiges des temps glorieux des maîtres verriers et tant d’autres traces de la vie qui s’est organisée autour de cette nature généreuse.

« Les chênes y ont une rectitude de fût qui fait penser aux sapins de la montagne, et l’immense hêtraie se déroule à perte de vue comme un océan de verdure ».

Charles Guyot, directeur de l’école forestière de Nancy, 1887

En ce moment, on collecte des glands, par centaines de kilos. Ils seront envoyés dans une sècherie dans le Jura pour être ensuite confiés à des pépiniéristes qui élèveront les petits chênes durant deux ans, pour repeupler des forêts en souffrance.

Bolets siamois

La photo d’en-tête d’article est de Philippe Moës, photographe de la nature et de la forêt, à découvrir sur son site https://www.photos-moes.be/