Sont-ils venus à la recherche de fraîcheur ? D’eau ? De gourmandises ? Et pourquoi pas de compagnie ? La martre, la couleuvre, le héron, le colvert et quelques autres restés invisibles ont animé le jardin comme jamais. Sans doute y ont-ils trouvé une oasis en cet été de canicule. Les plus beaux des cadeaux pour qui sait les regarder.
La martre, qui ne s’était jamais manifestée, a choisi le dimanche le plus mouvementé de l’année pour passer la journée dans le jardin. (Malheureusement, passées les journées Portes ouvertes, elle n’est pas revenue.) Le matin à grignoter les fraises des bois, le midi à nettoyer les miettes sous la table du déjeuner des artisans…
… l’après-midi à faire une petite sieste sur la terrasse au fond du jardin. Peut-être en attente de la couleuvre qui niche dans le bosquet voisin.
La couleuvre à collier, elle, s’est régalée dans le bassin grouillant de grenouilles. Heureusement, depuis sa visite, les nénuphars ont refait le plein de locataires. Et pour cause, ils sont le meilleur des abris pour se cacher des rapaces et du héron. Le héron qui retrouve chaque matin un canard colvert sur l’étang au plus bas de mémoire de jardiniers.
Sans oublier le visiteur le plus inattendu, entré par la cheminée… l’oiseau du 15 août.
On en comptait plus d’une vingtaine ces dernières semaines mais, depuis quelques jours, les grenouilles se font très discrètes dans leur petit bassin. Camouflées sous les feuilles de nénuphars pour se protéger des prédateurs ? Il est vrai que le héron et le martin-pêcheur ont repris leurs visites quotidiennes avec le retour de la sécheresse…
Mais il ne faut jamais lancer des accusations trop hâtives. Ce matin, la présumée coupable ne venait pas du ciel.
La couleuvre à collier ondulait pleine de grâce à la lenteur de qui se sent sûr de son pouvoir sur son nouveau royaume.
Petit espoir du soir : deux grenouilles tentent de gober de toutes jeunes libellules. La couleuvre doit avoir regagner la terre ferme, faisant basculer au passage une des îles flottantes aux plantes purifiantes.
Espérons qu’elle soit plus sage que les humains et qu’elle sache contrôler son appétit car :
Les couleuvres à collier se nourrissent essentiellement de grenouilles et de crapauds, mais aussi de tritons, de salamandres, de larves d’amphibiens et parfois de poissons. Cette chasseuse agile ne fait pas dans la dentelle: elle engloutit ses proies vivantes. Le serpent fait avancer alternativement ses mâchoires très mobiles. Il conduit ainsi sa proie toujours plus profondément dans son gosier. La grenouille ne se laisse pas faire si facilement. Elle se gonfle d’air pour se défendre. La couleuvre y remédie en engloutissant généralement grenouilles et crapauds par l’arrière du corps, expulsant ainsi l’air par la gueule de sa proie. (Pronatura.ch)
A quarante jours de l’ouverture du jardin, il est temps que le bassin aux grenouilles s’offre une cure purificatrice. Une île aux plantes filtrantes devrait éclaircir l’eau des nénuphars, du moins on l’espère…
Les plantes filtrantes purifient l’eau en absorbant les nutriments qui alimentent les algues. Iris jaune (Iris Pseudacorus), acore panaché (Acorus Calamus Variegatus), crassule recourbée (Crassula Recurva), myriophyllum (Myriophyllum Brasiliensis), les plantes à tige haute purifient l’eau par leurs racines, les espèces rampantes absorbent les nutriments à la surface.
Rendez-vous au jardin les 6 et 7 juin pour apprécier les premiers résultats…
Une fois passée la déception (les monardes violettes et les lysimaques de Chine ont disparu), reste à admirer l’art des plantes sauvages à créer de l’harmonie. Au bord de l’étang, au milieu d’une petite plate-bande de lysimaques ‘Fire Cracker’ et de crocosmias, elles se sont installées avec une grâce tout instinctive : des iris des marais (aujourd’hui fanés), des eupatoires et, impériale, l’angélique…
« L’angélique doit peut-être son nom au fait que ses fruits possèdent chacun deux ailes très développées, comme celles des anges ou des archanges. Mais pour d’autres, ses vertus auraient été révélées par l’archange Raphaël. L’Antiquité et la Renaissance la parèrent de toutes les vertus, si bien qu’on lui accordait une origine divine, confortant le nom que Linné devait lui attribuer : angélique archangélique.
Dans l’angélique, tout est bon, en particulier les pétioles qui engainent la forte tige cylindrique et creuse. Confits dans du sucre ils constituent les vertes inclusions qui, avec les cerises rouges, sont indissociables de la pâte des cakes. Les fruits et parfois les racines entrent dans les compositions complexes et souvent conservées secrètes de maintes liqueurs. »
Jean-Marie Pelt, « Les épices », Ed. A Fayard, 2002
Mars 2013. Nous emménageons sous la neige. Priorité absolue : installer une parabole pour nous connecter à Internet. L’installateur se demande quelle idée saugrenue nous amène dans la plaine des Vosges. Le malheureux ne rêve que de palmiers et de sable chaud. C’est donc en plein hiver que nous explorons le jardin dans toute sa nudité. Et que nous envisageons tous les possibles.
Le haut du jardin, au niveau de l’étang, était particulièrement « propre », selon les critères des anciens maîtres des lieux. Herbes tondues, feuilles balayées et, près de la clôture qui nous protège des biches et des sangliers, une mystérieuse surface couverte d’une solide bâche verte.
Il y avait tant à faire que ce n’est qu’en 2015 que nous avons entrepris de donner vie à cet « étage » du jardin. En commençant par soulever la bâche. Surprise : une mare… puis une margelle qui laisse penser qu’il s’agit plutôt d’une source qui devait, dans un lointain passé, être aménagée. Peut-être en fontaine ?
Cette source, nous l’avons compris durant l’hiver quand la température est tombée à -16° (ça s’est bien adouci depuis ! ) est une source d’eau chaude. La mare n’a jamais gelé. En revanche, elle s’assèche durant la canicule…
Premières plantations au printemps 2016 : un arc de bambous fargesia (non traçants) côté forêt ; à l’avant-plan : des miscanthus sinensis Gracillimus, des laîches d’Oshima, des carex et quelques autres qui n’ont pas survécu… Il n’a pas fallu attendre longtemps pour constater que les grenouilles avaient repris possession des lieux.
Et la population batracienne s’est épanouie au rythme que la végétation…
Les grenouilles ont alors eu droit à leur allée privée bordée de lonicera nitida pour les guider vers l’étang les jours de sécheresse.
Mais à force de respecter la quiétude des grenouilles, la végétation a pris des proportions hors de contrôle. Les graminées ont envahi les bords de la mare, les crocosmias se sont affaissés sous le poids de leurs longues grappes devenues inaccessibles…
Eté 2020 : les bambous dépassent les 2 mètres.
Les haies de lonicera nitida se sont bien étoffées.
Les euphorbes et les phlomis ont donné un peu de tenue au massif…
…mais ils se sont eux aussi laissés déborder par les luxuriantes…
Il était temps d’agir. Les travaux de cet hiver ont été couronnés de neige : un mur en pierres sèches double l’arc de bambous, de graminées, de crocosmias, d’hémérocalles et d’iris. Le grillage qui maintiendra leur floraison se fera oublier sous leurs feuillages et derrière les euphorbes, les phlomis et les sedums qui vont se densifier.
Une pensée pour les grenouilles qui doivent hiberner bien au chaud à l’abri des bambous.
Il était six heures du matin. Pas un nuage, pas une trace d’avion dans le ciel, juste les derniers éclats d’un quartier de lune . Une légère brise avant la chaleur. Au ras de l’étang, soudain j’ai vu un éclair bleu et or, un large cercle éblouissant à la surface de l’eau… et le martin-pêcheur s’est envolé dans la forêt. Emergeant des feuilles de nénuphars, une famille de colverts a traversé l’étang avant de se cacher entre les graminées. « La forêt chantait, le soleil brillait… je regardais le bleu du ciel et j’étais bien ».
Entre les touffes de fleurs de nénuphars et les graminées, les colverts arrivés il y a trois jours semblent avoir trouvé une bonne adresse pour l’été.
Il était cinq heures du matin On avançait dans les marais Couverts de brume J’avais mon fusil dans les mains Un passereau prenait au loin De l’altitude Les chiens pressés marchaient devant Dans les roseaux
Par dessus l’étang Soudain j’ai vu Passer les oies sauvages Elles s’en allaient Vers le midi La Méditerranée
Un vol de perdreaux Par dessus les champs Montait dans les nuages La forêt chantait Le soleil brillait Au bout des marécages
Avec mon fusil dans les mains Au fond de moi je me sentais Un peu coupable Alors je suis parti tout seul J’ai emmené mon épagneul En promenade Je regardais Le bleu du ciel Et j’étais bien
Et tous ces oiseaux Qui étaient si bien Là-haut dans les nuages J’aurais bien aimé les accompagner Au bout de leur voyage
2020 sera, entre autres étrangetés, l’année des grenouilles. Elles sont partout et se font entendre à toute heure : sur l’étang, au bord de « leur » mare et dans le petit bassin que nous n’osons plus nettoyer de peur de les déranger…
Sur leurs radeaux, les feuilles et même les pétales de nénuphars de l’étang…Au soleil, sur les pierres chaudes de leur mare, à l’abri des bambous et des graminées.
Ambiance euphorique autour du lac de Gérardmer : les « déconfinés » retrouvent la nature et la liberté. On redécouvre les joies du déjeuner sur l’herbe et des balades au bord de l’eau. On se sourit, on se salue, on se souhaite une belle promenade comme si, pour chacun, c’était « la première fois ».
A quelques kilomètres du lac, le jardin de Berchigranges. L’atmosphère y est plus feutrée mais tout aussi euphorique et la visite a elle aussi un parfum de « première fois », même pour les visiteurs les plus fidèles.
Banc végétal pour la contemplation d’un Cornus Kousa monumental
Confinement oblige, on a manqué le spectacle des narcisses et des jonquilles et les floraisons ne sont pas encore spectaculaires. Mais c’est l’occasion de découvrir de petits trésors végétaux plus discrets.
Camassia caerulea
Cirses carmins
Rodgersia Henrici
Jacinthes des bois
Camaïeu d’ancolies
Lysichiton, fougères et alchemilles
La ronde des euphorbes
Le jardin de mousses inauguré l’an dernier a pris une belle densité. Le manteau de lichens a complètement arrondi les angles de l’éboulis de roches.
Et ceux qu’on attend tous sont déjà là : les pavots bleus de l’Himalaya.
C’est grâce au succès de leur pétition que les jardins de Berchigranges, des Panrées et de Callunes ont pu ouvrir leurs portes :
« …Pourquoi ne pas considérer les bienfaits apportés par une promenade dans un jardin comme absolument nécessaires et bénéfiques aussi bien physiquement que psychologiquement après cette lourde épreuve du confinement ? »
Est-ce parce que j’ai planté des iris des jardins au bout de la digue de l’étang que les iris des marais ont décidé de se multiplier sur la rive opposée ? Face à face très distancié où chacun peut faire valoir ses charmes : la prestance monumentale des premiers, la légèreté et la délicatesse des iris pseudacorus.
Qualité invisible de l’iris des marais : il fixe sur ses rhizomes des micro-organismes qui ont le pouvoir de purifier l’eau. Ce qu’apprécie l’abondante population de poissons.