Indicible parfum

Chaque hiver, le même miracle. Du froid, de la neige ou de la pluie monte un parfum capiteux qui fait soudain douter de la saison. Et comme chaque hiver, je cherche des mots. Il suffit de nommer les roses, le muguet ou le mimosa pour en évoquer les senteurs, mais quand on parle du sarcococca, comment dire ?

Les horticulteurs ne sont pas d’accord : les uns évoquent la vanille, d’autres le jasmin ou encore le gardenia. Je ne connais pas le parfum du gardenia, en revanche je réfute les notes de vanille, trop douces. Le jasmin, oui… mais avec des nuances que je cherche encore à définir…

‘Sarcococca confusa’, ou sarcocoque parfumé, est surnommé par les Anglais « Christmas box » ou « Sweet box » pour sa floraison hivernale, un cadeau parfumé comme un bouquet de bonbons.

Ecologie au féminin ?

« Tant qu’il y aura des arbres, il y aura des hommes. » Sentence de virologue ou d’épidémiologiste ? Non, proverbe papou. Cité par Nancy Huston, en pleine réflexion, comme nous tous, sur les lendemains de la pandémie. Invitée ce dimanche par France Inter pour la parution de son nouveau livre « Je suis parce que nous sommes », elle interpelle étrangement les femmes face à la catastrophe écologique :

Portrait en juin 2018 de l’écrivaine Nancy Huston, auteure de “Je suis parce que nous sommes”, paru aux éditions du Chemin de fer. © AFP / Ulf Andersen / Aurimages

« Les femmes ont la responsabilité et la possibilité subversive de récompenser les mâles alpha ou de leur préférer des hommes doux, des hommes subtiles. Elles ont le choix de cesser de récompenser la force destructrice des garçons. »

Voilà une vision très « genrée » de l’empreinte écologique qui me laisse perplexe…

Puisque les musées sont fermés…

Puisqu’il est interdit de visiter les musées, allons nous promener dans la forêt (tant que c’est encore autorisé) pour remonter le temps… et comprendre que nos politiques d’attractivité économique ne datent pas d’hier. Départ : entre Vittel et Darney, le village de Relanges, sa magnifique église romane du XIIème siècle ; son Bio Salon, rendez-vous annuel de l’agrobiologie ; son domaine forestier riche en patrimoine historique.

D’étangs en futaies, on découvre soudain, éblouissant dans la belle lumière de l’orée de la forêt, le château de Lichecourt. C’était la demeure de la famille de Thysac, des maîtres-verriers originaires de Bohême, qui fondèrent la verrerie de La Rochère en 1475, la plus ancienne verrerie d’Europe encore en activité.

Dès la fin du moyen-âge, les ducs de Lorraine ont compris les atouts de leur vaste forêt de Darney pour en « développer le territoire ».

Le verre était une production au fort potentiel mais très exigeante en matières premières.

Des ressources en abondance dans la forêt :

le sable, produit par l’érosion du grès,

le bois pour alimenter les fours,

la fougère pour absorber la potasse de la terre et abaisser la température de fusion du verre…

et de l’eau, de l’eau en abondance.

Les ducs font valoir ces atouts naturels et une sorte de « mieux-disant fiscal » auprès de familles de verriers de Bohême. En 1448, la charte des verriers les hisse au rang de « gentilshommes verriers ». Leurs activités ne cesseront de se développer jusqu’au XVIIème siècle avec près de 30 verreries sur le territoire.

Dans la verrerie de La Rochère, on travaille depuis cette époque glorieuse dans la grande tradition du verre pressé et du verre soufflé. On y pérennise la production de grands classiques (les verres aux abeilles inspirés de l’emblème de Napoléon) et on poursuit la création d’éléments d’architecture contemporaine dans la lignée des briques de verre promues par Le Corbusier.

Un froid de canard

Ces derniers jours, la température a oscillé entre -3° et -6°. Rien de bien rigoureux en comparaison avec le coup de froid qui s’est abattu sur la plaine des Vosges durant trois jours et trois nuits en janvier 2017. Quand nous avons compris ce qu’un « froid de canard » veut dire.

Le canard est insensible au froid. Jusqu’au jour où son espace vital se réduit au point d’en faire une proie facile pour les prédateurs. C’est ainsi qu’en janvier 2017, nos canards se sont envolés pour des eaux vives, sans doute pour la Saône à l’approche de Darney.

Nous en sommes restés inconsolables. Nous avions tant fait pour les protéger : une maison au centre de l’étang ; des fils électrifiés autour de l’étang gelé en hiver 2016, fils qui n’ont effrayé que le chat mais pas le renard…

des fils tendus au-dessus de l’étang et du ruisseau pour dissuader les rapaces d’attaquer durant la couvaison, un poulailler en surplomb sur l’étang…

tous ces aménagements n’ont pas suffi à protéger nos canards des attaques du milan royal et des buses, des « visites » du renard et des coups de froid.

Ils avaient pourtant vécu de beaux jours chez nous. Ce qui nous vaut quelques visites éclairs au printemps. Mais le canard a bonne mémoire, il sait que le site est généreux en nourriture mais vraiment trop risqué.

Reste Malcolm, un canard échappé des réserves de Moulinsart.

Les étranges créatures de Moulinsart

Fox’s breakfast

Ce matin, en ouvrant la porte de la grange, j’ai échangé un regard avec le renard. Dans la forêt, derrière le grillage, il me fixait du haut du talus qui domine la maison. Long et distant face à face parfaitement immobile. Et puis, tranquillement, il s’est détourné et il est remonté dans la forêt.

En montant vers l’étang, j’ai compris : le renard venait de manger une des pommes ensevelies sous la neige au pied du vieux pommier. Les traces menaient à la mare aux grenouilles où il s’est peut-être abreuvé avant de sauter la clôture pour remonter dans la forêt. Ce long regard, j’ai très envie de le croire, était peut-être un signe de gratitude…

Un des grands plaisirs de l’hiver est de suivre les traces des visiteurs de la nuit et du petit matin dans la neige ou sur la glace. Même si je ne suis pas toujours sûre de les identifier…

Et si nous sommes comme emprisonnés dans le blanc, notre petit morceau de paysage nous offre des points de vue tout en contrastes : du blanc le plus tranquille, couleur d’hibernation…

… aux blancs tourmentés du ruisseau qui dévale à grands fracas les rochers.

Matin d’hiver

C’est par un beau matin d’hiver en forêt de Darney… L’étang de Chanau est gelé et saupoudré de petits glaçons tombés des arbres et soufflés par le vent. Les petits îlots aménagés pour accueillir d’invisibles oiseaux ont été visités par des curieux assez légers pour ne pas sombrer, assez lourds pour laisser des lézardes dans la glace. Et quelques épaves y restent figées.

La neige et le givre révèlent la beauté des vestiges d’un arbre sacrifié par la canicule du dernier été…

et les talents de constructeurs des castors.

Hiver en rouge et blanc

Difficile, quand on pense à nos voeux pour 2020, de souhaiter une bonne année 2021. Mais elle semble pleine de promesses pour les oiseaux du jardin. Même sous la neige, la fête bat son plein entre les merles, les mésanges et les rouges-gorges. Pas besoin, pour le moment, de les approvisionner en graines et en boules de graisse. Ils trouvent des fruits et des baies à profusion. Et nous nous régalons du spectacle en rouge et blanc.

Baies rouges en panicules du bambou sacré (Nandina domestica) et branches arquées des cotoneasters au-dessus du ruisseau…

…baies rouges de la haie rescapées de la razzia des mésanges, boutons de fleurs de skimmias ‘Rubella’…

…et toujours les petites pommes du Malus Everest et le joli camaïeu de roses et rouges des corymbes des lauriers-tins (Viburnum tinus L.).

Les grappes de fruits du Berberis Koreana (difficile d’imaginer la profusion de fleurs jaunes et parfumées du Berberis au printemps) et les tiges rouges des grappes de la vigne vierge.

Et, déjà, la promesse d’une belle floraison du rhododendron rouge.

Flash back 2

Mars 2013. Nous emménageons sous la neige. Priorité absolue : installer une parabole pour nous connecter à Internet. L’installateur se demande quelle idée saugrenue nous amène dans la plaine des Vosges. Le malheureux ne rêve que de palmiers et de sable chaud. C’est donc en plein hiver que nous explorons le jardin dans toute sa nudité. Et que nous envisageons tous les possibles.

Le haut du jardin, au niveau de l’étang, était particulièrement « propre », selon les critères des anciens maîtres des lieux. Herbes tondues, feuilles balayées et, près de la clôture qui nous protège des biches et des sangliers, une mystérieuse surface couverte d’une solide bâche verte.

Il y avait tant à faire que ce n’est qu’en 2015 que nous avons entrepris de donner vie à cet « étage » du jardin. En commençant par soulever la bâche. Surprise : une mare… puis une margelle qui laisse penser qu’il s’agit plutôt d’une source qui devait, dans un lointain passé, être aménagée. Peut-être en fontaine ?

Cette source, nous l’avons compris durant l’hiver quand la température est tombée à -16° (ça s’est bien adouci depuis ! ) est une source d’eau chaude. La mare n’a jamais gelé. En revanche, elle s’assèche durant la canicule…

Premières plantations au printemps 2016 : un arc de bambous fargesia (non traçants) côté forêt ; à l’avant-plan : des miscanthus sinensis Gracillimus, des laîches d’Oshima, des carex et quelques autres qui n’ont pas survécu… Il n’a pas fallu attendre longtemps pour constater que les grenouilles avaient repris possession des lieux.

Et la population batracienne s’est épanouie au rythme que la végétation…

Les grenouilles ont alors eu droit à leur allée privée bordée de lonicera nitida pour les guider vers l’étang les jours de sécheresse.

Mais à force de respecter la quiétude des grenouilles, la végétation a pris des proportions hors de contrôle. Les graminées ont envahi les bords de la mare, les crocosmias se sont affaissés sous le poids de leurs longues grappes devenues inaccessibles…

Eté 2020 : les bambous dépassent les 2 mètres.

Les haies de lonicera nitida se sont bien étoffées.

Les euphorbes et les phlomis ont donné un peu de tenue au massif…

…mais ils se sont eux aussi laissés déborder par les luxuriantes…

Il était temps d’agir. Les travaux de cet hiver ont été couronnés de neige : un mur en pierres sèches double l’arc de bambous, de graminées, de crocosmias, d’hémérocalles et d’iris. Le grillage qui maintiendra leur floraison se fera oublier sous leurs feuillages et derrière les euphorbes, les phlomis et les sedums qui vont se densifier.

Une pensée pour les grenouilles qui doivent hiberner bien au chaud à l’abri des bambous.

Le chat et l’oiseau

Le mur de pierres sèches qui soutient le talus autour de notre maison recèle tout un monde. La nuit, on a parfois la chance d’y surprendre une salamandre et le matin, on y trouve des « traces » de campagnols et, probablement, de fouines. Des petites grottes creusées entre les pierres et camouflées par les feuillages, émergent les troglodytes mignons et les lézards. Un matin, j’ai même eu la chance d’y surprendre la couleuvre à collier qui y fait sans doute le ménage.

Mais c’est quand l’hiver approche que l’activité se fait plus intense, du moins l’activité visible du jardinier. Dans le trafic incessant des oiseaux, ce sont les mésanges bleues et les mésanges charbonnières les plus gourmandes en baies de vigne vierge. Ce qui n’échappe pas à l’oeil de notre petit lynx…

Comment protéger les oiseaux de notre prédateur de jardin ? Fan fidèle de la Ligue de protection des oiseaux, je suis leurs conseils de prévention et de protection avec attention mais j’ai des doutes sur leur collerette…

Il faut quand même préserver la dignité du chat ! Alors je conseille le collier à grelot rouge. Pas trop serré, au cas où le chat resterait accroché à une branche. Efficacité estimée à 95% sur les oiseaux : en une année, Nikita ne nous a rapporté qu’un rouge-queue, oiseau particulièrement casse-cou, il faut bien dire. Et elle a poursuivi son « prélèvement » quotidien de campagnols, de mulots ou de taupes…