Jardin partagé (5) – Jardin secret

Dans mon jardin secret, il y a des phlomis, des anaphalis, des crocosmias en graines et bien d’autres fleurs séchées et suspendues en bouquets têtes en bas. Il y a des nids de guêpes et des nids de frelons, petits chefs d’oeuvre d’architecture biologique. Il y a des plumes de chouettes et de geais piquées dans les nids de guêpes. Il y a des lichens en forme de coraux ou de mousses… et un herbier de feuilles, de pétales, de fougères du jardin que je mets en lumière.

Dans mon jardin secret, j’ai invité Lise Gin. Nous partageons la passion des beaux tissus. Je les aime fins à la trame serrée pour bien diffuser la lumière. Elle les aime riches et lourds, des jacquards aux mille nuances tissés dans la grande tradition textile qui a fait la prospérité des Vosges.

En artisan d’art, elle donne corps à cette belle matière ennoblie après un long parcours passant de main en main, de petit métier en petit métier.

A demain pour un retour au jardin et le bouquet final…

Jardin partagé (4) – Bestiaire étrange

Comme chaque jardinier en son jardin, nous cultivons notre petit paradis. Merci le climat des Vosges, nous ne sommes pas dupes. Les saisons, même si le temps se réchauffe, reviennent nous rappeler que le jardin fleuri d’un éternel printemps de paix, de douceur et d’abondance est en réalité peuplé de végétaux et d’animaux qui se combattent pour survivre.

Merci l’artiste de nous révéler les inquiétantes étrangetés de la nature : oiseau au bec tueur, félin au regard fatal…

sanglier philosophe qui rêve d’Ovide et de « Métamorphoses », du Jardin de l’âge d’or où les fleurs naissaient sans semences, où la terre produisait des moissons spontanées. Et où les animaux comme les hommes vivaient libérés des fatigues et des malheurs.

Merci à Martine Sauvageot pour son étrange bestiaire inventé au fil de ses trouvailles.

Jardin partagé (3) – Conte musical

Il était une fois un âne… euh non, c’était un mouton. Son maître voulait s’en débarrasser. L’esprit pas assez grégaire, il devait se prendre pour une chèvre. S’apercevant que le vent soufflait du mauvais côté, il s’échappa et prit la route de la ville : “Là, pensait-il, je pourrai devenir musicien.” En route, il rencontra une poule inquiète de finir dans le bouillon du prochain dimanche. Arrivé dans la forêt, le duo entraîna un écureuil et, sous la protection de la belette, ils décidèrent de s’arrêter là…

Chantez bien fort, mouton, poule, écureuil et belette, chantez bien fort car vous êtes dans le coin du jardin préféré du renard…

Merci aux frères Grimm de pardonner cette réécriture.

Merci à Ginet Heuraux pour cet aperçu poétique des diverses formes de raku.

Jardin partagé (2) – Un souffle de Japon

Il était encore trop tôt pour voir fleurir l’hydrangéa ‘Koria‘, petite splendeur aux pépites bleu saphir venue du Japon. Seul ‘Early Sensation’ commençait à s’illuminer de ses panicules blanches. Mais le Japon était autrement présent durant ces journées de jardin partagé.

Dans la sensibilité et dans les techniques de nos amis artistes. Dans les sculptures en céramique de grès et porcelaine de Roselyne Norroy : trois femmes-oiseaux en noir et blanc, négatifs de la légendaire grue japonaise, trois silhouettes en mouvement qui semblent se disputer les multiples symboles hérités de la tradition du grand oiseau de Mandchourie.

Comme un voyage au pied du Mont Fuji ou au bord de la rivière Arakawa, où l’on se donne rendez-vous pour contempler des « ciels de fleurs », l’infini traduit en millions de coquelicots, les délicates compositions en raku de Bernard Defer. Des coquelicots blancs, symboles de l’oubli et de l’imagination,. Un coquelicot rouge, symbole du plaisir ou de la consolation ?

Et les vases en raku de Ginet Heuraux, des vases aux « textures » si riches qu’ils peuvent se passer de fleurs.

Même si c’est une création anglaise, le Sambucus nigra ‘Black Lace’ (Eva) mérite les honneurs de l’esthétique japonaise. Ce sureau noir a le feuillage finement découpé des érables japonais les plus délicats. Bien nommé « dentelle noire », il fleurit en ombelles d’un rose pâle aussi subtile que son parfum…

Jardin partagé (1) – Graines, cocons et autres promesses de vie

Joie d’ouvrir le jardin, de partager les derniers éclats des pivoines, la générosité des rosiers, les premières panicules d’hydrangéa. Joie de voir les visiteurs s’attarder longuement à la découverte des plantes et des arbres, des libellules et des grenouilles, s’abandonner à la contemplation ou se laisser surprendre par des apparitions…

Collines, céramiques de Bernard Defer

Bernard Defer a parsemé le jardin jusqu’au lit du ruisseau de promesses de vie: graines, semences et cocons, blocs d’argile pétrifiés, comme autant de signes donnés par la nature sur sa capacité à se régénérer.

« Malgré l’aspect tourmenté et stérile de cette surface, la fleur va surgir de sa graine, avec difficulté, mais porteuse d’espoir ».

Et parmi les belles promesses de vie et de survie pour la prochaine canicule, le phlomis, ou sauge de Jérusalem, qui est devenu un beau buisson lumineux très apprécié des butineuses.

Merci à Roselyne et Michel pour leurs photos.

Rendez-vous au jardin les 10 et 11 juin

Gertrude Jekill, Madame David Austin, Queen Elizabeth sont prêtes. Les pivoines vont sortir de leurs cages et les artistes vont commencer à s’installer jusque sur les rochers du ruisseau :

les sculptures de crin de Fabrice Po, les chimères de Martine Sauvageot, 

les cocons, semences et autres céramiques de Bernard Defer, 

les créations en raku de Ginette Heuraux et en terre fumée de Roselyne Norroy,

le jardin secret éclairé des lumières végétales de Lazuli Biloba et des invitations au voyage de Lise Gin…

Et, si le soleil ne se fait pas trop brûlant, encore quelques fleurs de glycines, d’azalées et de rhododendrons…

J-50

Plus que 50 jours pour tondre, tailler, désherber, tuteurer, semer, planter, diviser, repiquer… et observer le mûrissement des premiers bourgeons de glycine. Plus que 50 nuits pour imaginer les meilleurs points de vue sur les sculptures et les céramiques et la forme du jardin secret qui sera habité de créations textiles et végétales.

13

C’était un mercredi 13. On n’osait pas vraiment y croire mais le grand jour était arrivé. En pleine « offensive hivernale », Météo France multipliait les alertes oranges mais ce mercredi 13 mars 2013, on quittait enfin la ville. Il neigeait. Les déménageurs râlaient. L’installateur de l’Internet satellite râlait et nous demandait ce qu’on venait faire là.

Et puis ce fut le silence, le silence ouaté du jardin sous la neige.

Puis le silence habité par le grondement du ruisseau quand il s’est gonflé de la fonte des neiges.

Puis le silence a laissé tout l’espace au chant des merles et des pinsons, aux cris du martin-pêcheur et du héron.

Et puis dix années palpitantes à apprendre à « savoir où on habite »… ou commencer à apprendre.

2023

Heureuse et lumineuse année 2023

Même si la neige n’est pas au rendez-vous de ce 1er janvier,

on peut rêver que les pivoines fleuriront bien au printemps…

…quand le jardin ouvrira ses portes aux artistes, artisans et amis visiteurs, les samedi et dimanche 10 et 11 juin 2023

Retour sur les portes ouvertes 2022

Le jardin du Docteur Coué

Place Stanislas, quand vient l’automne, on peut visiter deux jardins. Dans la pénombre du Musée des Beaux-arts et dans la boutique très contemporaine de Daum, le jardin de verre et de cristal de la manufacture historique.

Collections Daum du musée des Beaux-Arts de Nancy – Boutique Daum de la Place Stanislas

Avant de suivre les traces de Daum, de Majorelle et d’Emile Gallé jusqu’au Musée de l’Ecole de Nancy, il faut visiter le jardin éphémère planté autour de la statue du bon roi Stanislas.

Cette année, le jardin, conçu sur le thème du « feu qui effleure » est à l’image du phoenix. Les photographies géantes de l’Australie et de la Californie en flammes forment comme un nid pour l’oiseau mythique dont les cendres laisseront éclore un oisillon symbole du renouveau, de la vie, plus forte que tout.

Le jardin est dédié aux sapeurs-pompiers qui ont tenu leur 128ème congrès annuel à Nancy. Je l’aurais plutôt dédié à la grande figure de l’autre Ecole de Nancy, contemporaine des maîtres de l’Art nouveau : Emile Coué, le père de la pensée positive. « Tous les jours, et à tous points de vue, je vais de mieux en mieux. »

Tous les jours, et à tous points de vue, nous allons de mieux en mieux. Ca brûle, des Landes à la Forêt de Brocéliande, mais ce n’est que pour mieux renaître. Le feu allume le feu intérieur, la solidarité, la puissance créatrice… La forêt reverdira et la vie sera encore plus belle. Tous les jours, et à tous points de vue, nous allons de mieux en mieux.

Monument à Emile Coué, Parc Sainte-Marie de Nancy. Photos e-monumen.net

Emile Coué publie « La Maîtrise de soi-même par l’autosuggestion consciente » en 1922. Dans le sillage de l’école hypnologique de Nancy et des travaux d’Ambroise Liébeault et d’Hippolyte Bernheim, la méthode Coué a connu un succès fulgurant à Nancy, puis en Europe avant de conquérir les Etats-Unis.