« Là où chantent les écrevisses »

Par un étrange dérèglement des sens et de la mémoire, « La pastorale américaine » de Philip Roth peut me replonger dans le silence de matins enneigés sur les hauteurs des Vosges et dans l’odeur du feu de bois. Etrange, Philippe Claudel et « Les âmes grises » réveillent, comme si je l’avais lu hier, ce sentiment de sécurité qu’on ne trouve qu’en compagnie d’une âme sœur, à l’abri d’une réalité peu fraternelle. Les bons livres s’incrustent en nous, à jamais associés à des émotions mêlées d’embruns de mer du Nord ou de parfums de Bagatelle. Et je sais quel livre je rouvrirai pour revivre l’intensité de cet incroyable printemps 2020.

Printemps 2020 vécu intensément sous un ciel limpide, confinés dans notre forêt à l’affût des pics et du coucou, des colverts aux visites trop brèves, du héron toujours aussi insultant pour les « occupants » que nous sommes. En joie à l’envol des nichées de bergeronnettes, de mésanges, de grives, de merles et de rouges-queues. Inquiets des apparitions des geais, du milan et d’une pie grièche à tête rousse. En attente du retour du martin-pêcheur alors que les grenouilles se prélassent déjà sur les pierres chaudes à l’abri des fougères et des graminées…

Et dans la magnifique prison de notre forêt, une rencontre inespérée : la Fille de marais « où chantent les écrevisses ». Un roman d’initiation à la nature et à la solitude. Le récit d’une vie dans la nature sauvage de la Caroline du Nord, côte marécageuse peuplée de grands oiseaux de mer. Une vie terrifiante et fascinante, racontée dans une belle langue (hommages au traducteur !) par une scientifique amoureuse des mots autant que de la faune et de la flore. Délia Owens est biologiste et zoologue.

Grands travaux aquatiques

L’étang est à son niveau le plus bas. Le bon moment pour faire le ménage car, de toute évidence, les nénuphars et les graminées adorent l’eau chaude.

En deux ans, ils se sont multipliés à vitesse grand V au point que les feuillages étouffent les fleurs de nymphéas et menacent peut-être la vie des profondeurs.

Il était temps d’éclaircir tout cela. Mais nous avons dû nous avouer vaincus et appeler du renfort. L’arrachage des racines de nénuphars comme des rhizomes des graminées relève des travaux d’Hercule.

Travail ingrat pour un résultat assez désolant. Visuellement seulement. L’étang et ses habitants, carpes, brochets et goujons, couleuvres et grenouilles, sans oublier les campagnols amphibies, vont pouvoir respirer.

Pour limiter la repousse au moins sur le talus (car nous ne nous faisons pas d’illusion, elles repousseront !), nous tentons la technique de la barrière anti-rhizomes. Et nous cherchons des espèces de plantes capables de concurrencer les graminées…