Jaunes printemps

Mille et un éclats de jaunes et une pensée pour Vincent qui devait vivre le printemps jusqu’à la brûlure. « Il aimait le jaune, ce bon Vincent, ce peintre de Hollande, ces lueurs du soleil rallumaient son âme, qui abhorrait le brouillard, qui avait besoin de la chaleur » (Paul Gauguin).

Parmi les fleurs sauvages, l’explosion des genêts. Ils se multiplient spontanément en bordure de forêt dès qu’ils trouvent un peu de soleil.

Hiératiques, et envahissants eux aussi, les iris des jardins…

Dangereusement épineux (pour le grand bien des mésanges), délicieusement parfumé, le Berberis Koreana, plus subtil encore que le lilas dont il repousse la floraison dans des hauteurs inaccessibles…

Cadeau des pluies d’avril, des vagues de boutons d’or…

Cadeau d’un oiseau, qui l’a probablement volé dans le village, un petit pavot jaune safran (un pavot d’Islande, je crois) a réussi à se faire une place parmi les sauvageonnes.

Accord parfait

Blanc, rose, vert, l’harmonie est parfaite, C’est l’harmonie du printemps, des fleurs du pommier, des rhododendrons et, bientôt des pivoines. La perfection tout simplement.

Dilemmes du jardinier

Elles sont plus fortes que tout, les sauvages de la forêt. Les bugles rampantes se disputent le terrain avec les fraises sauvages. Les lysimaques ciliata Fire Cracker parviennent à émerger (elles aussi sont envahissantes) mais les saxifrages et les phlox sauront-ils s’imposer ?

Au bord de la forêt, les silènes dioïques, joliment appelées compagnons rouges et compagnons blancs se battent avec les myosotis, les primevères sauvages et les euphorbes des bois. Arracher ? éclaircir ? Laisser faire la nature, sachant que dans quelques semaines, tout cela n’aura plus du tout la même allure ?

Hostas inconnus

Comme les pins laricio, ils semblent se nourrir de la sève des rochers. Nous les avons découverts perchés sur les roches du ruisseau, comme des émanations végétales de la pierre. Inondés, lessivés par les grandes eaux du printemps…

… ils renaissent début avril bien avant les plantaginea, les ventricosa et autres cultivars. Une division de souche plantée en pleine terre s’étale en une saison, à l’ombre et même au soleil.

Feuillage du 1er avril
Floraison estivale

Même si nous les avons trouvés « dans l’eau », tous leurs rejetons éparpillés dans le jardin résistent à la sécheresse, à la chaleur, au gel et même aux limaces. Ils s’entendent bien avec les astilbes, les azalées, les hydrangéas…

… mais comment s’appellent-ils ?

Le ciel s’amuse

Sorbet de primevères, vacherin d’hellébores, Eton mess de bruyères, granité bleu de muscaris, esquimaux de tulipes… le ciel se moque de nous. Il s’amuse à nous arroser de sucre glace. Bien fait pour nous !

« Et je te dis de vivre… »

Quand un cauchemar chasse

une autre cauchemar

rêve de printemps


« Un grand soleil d’hiver éclaire la colline
Que la nature est belle et que le coeur me fend
La justice viendra sur nos pas triomphants
Ma Mélinée ô mon amour mon orpheline
Et je te dis de vivre et d’avoir un enfant »

Aragon

Le corset ou la langueur

Comme chaque année, j’ai sorti mes « cages à pivoines ». Plus assez nombreuses pour soutenir tous les éclats de division de souches qui ont pris de l’ampleur sous les pluies de ce printemps. Bien sûr, ce corsetage est pour leur bien mais elles semblent tellement heureuses de s’abandonner au soleil, au vent, à la rosée…

Championnes ou odalisques..

Languides ou sous contrôle…

Blanc Notre-Dame

La fièvre du jardinage s’est abattue sur l’Alsace-Lorraine. Les pépiniéristes de la fête des plantes de l’Abbaye d’Autrey n’avaient jamais vu cela : une noria de brouettes, poussées par les scouts en grande tenue, transportant de futurs jardins vers les parkings. Il a fallu aussi revenir aux fondamentaux : « oui, celui-là va perdre ses feuilles en automne », « attention, c’est un arbre qui va atteindre six à huit mètres ! », « celui-là pousse très lentement , trois centimètres par an »… Beaucoup plus compliqué que prévu, le jardinage! Mais la visite du jardin de l’abbaye ouvre de si belles perspectives…


L’Abbaye d’Autrey et son jardin : https://www.abbayedautrey.com


Pavots d’Orient

« La nature a horreur du vide »… Non, ce n’est pas un jardinier qui l’a énoncé, même si le jardinier le constate tous les jours. A l’abri des grands épicéas, le talus du bas du jardin était devenu un fouillis de cotonéasters, de millepertuis, de mahonias et de rosiers buissonnants. Débroussaillage, élagage et arrachage l’automne dernier. Et ce printemps, le terrain était déjà réinvesti.

Les grands pavots d’Orient se sont étalées tout le long des marches de pierre de la rocaille. Leurs grandes corolles de papier de soie qui semblent si fragiles ont résisté aux averses et aux orages et leurs hautes tiges n’ont pas flanché.

Coques des boutons après explosion
Eclosions étalées sur plusieurs semaines

Les énormes fleurs du Papaver Orientale Princesse Victoria Louise  ont un coeur d’étamines noir bleuté et de belles macules sombres à la base des pétales. Et la grande qualité de résister à tout : la sécheresse, la chaleur, le sol pauvre et, si le sol est bien drainé, la pluie et le vent.

L’un s’éteint, l’autre s’allume

Quand un rhododendron s’endort, un autre se réveille. Les rouges et les roses se sont éteints comme le parfum des skimmias. C’est alors que le grand rhododendron violet, que nous avons trouvé bien isolé à notre arrivée, sort le grand jeu…

Plus timidement dans le sous-bois, le rhododendron blanc s’éveille lui aussi mais il faudra encore attendre pour voir ses corolles s’ouvrir et révéler les chaudes nuances de leur coeur d’or.

Et au bord du ruisseau, sous l’érable du Japon, l’azalée émerge des fougères, des hostas bleutés, des lamiers argentés, les astilbes et les podagres.