Qui a tué les frelons ?

Ce matin, j’ai trouvé des écailles duveteuses, comme de grands pétales de papier buvard subtilement striées. Elles étaient éparpillées sur l’herbe entre l’étang et le ruisseau, à proximité de deux orifices nettement, proprement excavés.

Les écailles, ça ne fait pas de doute, ce sont les lambeaux d’un nid de frelons. Nous avions trouvé, il y a deux ans déjà, un nid abandonné dans notre grenier. J’avais « monté » les plus belles écailles en un « tableau-relief » qui atteste de la solidité de la construction car elle ne s’est pas désagrégée depuis. La photo ne rend malheureusement pas la richesse des nuances des veines de ces lamelles, du blanc à l’ocre foncé avec de surprenants filons bleus et verts.

Ecailles de nid de frelons

Mais cette fois, il s’agissait d’un nid enterré. Qui donc a pu déloger la colonie de frelons ? Ce pourrait-il être le travail des campagnols amphibies, qui agissent et sévissent intensivement sur cette partie du jardin ? A en croire des sites mieux informés que nous, il s’agirait plutôt de l’oeuvre de rapaces : de bondrées apivores, que nous aurions confondues avec de « banales » buses. Elles patrouillent toujours en couple, ce qui expliquerait les deux trous dans la pelouse, comme si les frelons étaient piégés à chaque sortie…

Bondrée apivore en action. Source : Claude Benech

La bondrée apivore serait le seul prédateur du frelon asiatique. Ce rapace migrateur venu du nord de l’Europe passe en France sa période de reproduction, de mai à fin août, avant de migrer vers l’Afrique.

Petits ‘Nirvana’

Je les ai choisis pour leur beau feuillage noir et leurs fleurs rose violet en forme de fleur d’orchidée. Aussi florifères que mellifères, les dahlias ‘Nirvana’ se révèlent aussi particulièrement résistants à la chaleur et à la sécheresse. Et, bonne surprise l’automne dernier, leurs graines ont germé sur tige dans le bouton à peine fané.

Première expérience de repiquage réussie : de graines en plantules hivernées dans la serre (non chauffée), j’ai planté les petits ‘Nirvana’ en bordure de massif. Et ils ont fleuri, un peu plus pâle et plus rose que l’original, avec un feuillage plus vert que noir mais avec la même belle santé.

‘Nirvana’ labellisé est haut de 1 mètre, sa progéniture n’atteint que 40 cm mais leur croissance n’est peut-être pas finie…

Ligulaire ‘Dark beauty’

Plantée en pleine canicule 2019, la petite ligulaire, ligularia dentata ‘Dark beauty’, est devenue une bien belle plante. Elle n’a pas encore atteint sa taille de maturité (0,70 m en hauteur, 0,60 mètre de largeur) mais elle affirme déjà bien sa présence par le beau contraste de ses grandes feuilles sombres et de ses fleurs en corymbes jaune safran.

‘Dark beauty’, août 2019
‘Dark beauty’, août 2020

En un an, elle a pris une belle envergure et le feuillage a pris cette texture robuste comme le cuir et cette riche couleur vert cuivré très sombre au revers pourpre qui transparaît sur les dentelures.

Sur le bord de la petite allée tapissée de caillebotis qui mène au ruisseau, entre fougères et euphorbes, elle illumine ce coin de sous-bois qui reste frais même en pleine canicule. Mais elle devrait se développer encore plus rapidement en situation plus ensoleillée. Peut-être au bord de l’étang, les pieds dans l’eau… on va tenter l’expérience…

Puissance archangélique

« La vie est, à mes yeux, instinct de croissance, de durée, d’accumulation de force, de puissance : là où la volonté de puissance fait défaut, il y a déclin. »

Friedrich Nietzsche

On la croit sage et douce, comme un ange au sourire, mais c’est une force de la nature qui s’installe là où bon lui semble pour exploser de vitalité.

Chaque éclosion est fascinante par la puissance qui s’en dégage : l’angélique, angelica archangelica, doit son nom à l’Archange Raphaël qui en aurait apporté la racine à Charlemagne, empereur d’Occident, pour sauver son armée malade de la peste.

A la Renaissance, Paracelse utilisa la poudre d’angélique pour endiguer les grandes épidémies de peste de 1510. Remède qu’on utilisa encore pendant l’épidémie de peste à Niort en 1602 : pour se prémunir de la contagion, on mâchait les feuilles et on s’attachait des colliers de graines autour du cou.

50 grammes de graines pour une ombelle de 25 cm cueillie sur une tige de 2 m 50. Quelles belles proportions !

Une chose est sûre, d’après le Museum national d’Histoire naturelle, l’angélique est un puissant répulsif contre les puces. Et elle donne de délicieuses tiges confites pour qui a la patience de s’adonner à la confiserie.

A ne pas confondre avec la grande ciguë, plante vénéneuse, presque aussi haute (2 mètres) avec ses grandes ombelles blanches : son feuillage est plus fin, plus découpé, comme celui du cerfeuil ou des fanes de carotte.

La monarde et l’immortelle

La monarde a le charme de ces beautés échevelées qui donnent des allures libérées aux massifs les plus sages. Mais elle a un grand défaut : elle est sensible à l’oïdium au point que son feuillage peut se flétrir très rapidement laissant la fleur perchée sur une longue tige aux allures d’épouvantail.

Belle surprise cette année : les monardes roses plantées entre l’hydrangéa Annabelle et les immortelles (qui ont pris une envergure inattendue) ont, elles aussi, pris de la hauteur. On ne voit que leurs têtes et on oublie leur feuillage :

Anaphlis margaritacea ‘Neuschnee’ d’où émergent les têtes de monardes ‘Croftway Pink’

Plus accessibles (mais moins protégées) au bord de l’étang, les monardes offrent aussi leur puissant parfum de bergamote. Entre les épis de lysimaques et les senteurs de monardes, les butineuses sont infatigables.

Joyeux mélange de lysimaques cléthroïdes et de monardes roses et violettes (les rouges n’étaient pas invitées).

+ Quelques conseils sur les bienfaits de la monarde de Jean-Claude : https://spotjardinmonsite.com/2017/07/08/la-monarde-rouge/

Retour à l’équilibre

Après la catastrophe, on va pouvoir tourner la page. Les bûcherons ont fait le ménage. Dans l’étang et sur la berge, où l’on a trouvé deux miraculés : le cornus kousa ‘Venus’ apparemment intact, quoique un peu chiffonné, et le jeune érable du Japon pourpre, au tronc légèrement éraflé.

Et, sous l’oeil vigilant de leur beau gardien…

…ils ont procédé à l’ébranchage et l’abattage du géant

Le cornus kousa est replanté ainsi que le petit érable blessé. Pour une bonne cicatrisation, on nous conseille de lui appliquer un mastic maison, mélange d’argile et de cendres de bois. A suivre…

Berchigranges au mois de juillet

Luxuriant, dégoulinant de rosiers lianes et de clématites, oscillant au rythme des longs épis de veronicastrum, de persicaires, d’érémerus, de digitales, de molènes, de campanules lactiflora… c’est l’été au jardin de Berchigranges.

Ce foisonnement est mis en scène sur un tapis de velours vert, cet incroyable gazon qui met en arrêt le visiteur quand il pose le pied dans le jardin…

…et qui l’invite à poursuivre la visite les pieds nus, entre les massifs comme sur le pont « végétal ».

Rappel à la réalité du moment : la bibliothèque habituellement ouverte est fermée pour cause de confinement.

Dommage : une petite halte dans le cabanon pour feuilleter les revues de jardinage, les manuels de jardinage ou les « beaux livres » dédiés aux jardins du monde ajoutait au plaisir de la visite.

« Vaut le voyage » : Jardin de Berchigranges

Precioza

Entre deux séances de contemplation de l’oeuvre de Land Art qui s’est imposée à nous, nous ne nous laissons pas abattre. Le bûcheron de la commune ne devrait pas tarder pas à enlever ce grand corps trop chargé de fruits qui n’a pu supporter, en plus, le poids de la pluie. En attendant, nous admirons le spectacle et le ballet des oiseaux qui apprécient ce nouveau poste d’observation.

Côté plantations, nous restons fidèles à la Pépinière de la Thyle. Comme chaque été, nous étions au rendez-vous de Thierry de Ryckel venu de Belgique au jardin de Berchigranges avec le meilleur de ses productions d’hydrangéas. Toujours enthousiaste pour faire découvrir la diversité des spécimens qui se sont épanouis dans le jardin, il est toujours aussi précis dans le conseil au débutant comme au collectionneur. Cette année, nous sommes revenus avec le bien nommé ‘Precioza’…

C’est son feuillage et la couleur de ses tiges qui m’ont d’abord attiré le regard. Un beau feuillage mat et vigoureux dans un dégradé de vert tendre au bronze pourpré annonciateur des riches couleurs de l’automne. Le rouge de ses tiges, fines mais solides, apporte une grande légèreté à cet arbuste très ramifié, buissonnant tout en rondeur.

Et puis il y a ses fleurs, de petites sphères légèrement aplaties : ‘Precioza’ est un hybride de macrophylla et de serrata. Comme tous les serratas, il jouit d’une grande résistance au froid et aux gels printaniers, ses ascendants sont originaires des montagnes du Japon et de Corée.

Les couleurs évoluent de l’éclosion à la fanaison, donnant ainsi une belle diversité de tonalités durant toute la saison. La floraison débute dans les tons blanc crème avec des nuances de vert et des liserés roses pour évoluer vers des roses de plus en plus francs qui tourneront au cramoisi à l’automne.

Il lui faut du soleil pour prendre des couleurs mais pas de rayons brûlants. Après quelques recherches d’emplacement, on a fini par déterrer un hydrangea Annabelle devenu trop « voyant » avec ses énormes boules blanches (la terre lui est « trop favorable » selon Thierry de Ryckel) pour le planter à l’ombre des rhododendrons qui bordent le ruisseau. Il atteindra bientôt sa taille adulte de 1 m 20 en hauteur comme en largeur. Mais à en juger par le magnifique spécimen de Berchigranges, en terre favorable, on pourrait le voir se déployer davantage…

A lire, à étudier et à rêver :

A visiter :

Jardin de Berchigranges

Pépinière de la Thyle

Catastrophe naturelle

Heureusement, il pleuvait fort. Une pluie tant attendue pour reverdir la pelouse et la forêt. Heureusement, car il était 7 heures 30, l’heure de faire le tour complet du jardin en compagnie des deux chats. Et c’est à cette heure qu’une énorme déflagration s’est fait entendre. Craquement ou explosion ? La réponse est arrivée en quelques secondes.

Un grand hêtre à l’orée de la forêt s’est fendu sur toute la longueur de son tronc et la moitié s’est effondrée de toute sa ramure dans l’étang. Faut-il que la forêt soit fragilisée pour qu’un géant pareil rompe sous le poids de la pluie…

Seule consolation, il n’a pas renversé la clôture. En revanche, le cornus kousa, l’érable du Japon, la grande eupatoire pourpre et quelques autres sont déclarés disparus…

Un plan, enfin !

Pour les visiteurs qui se perdent dans notre jardin, voici une ébauche de plan et quelques vues élargies. Ruisseau, étang, massifs, bordures, arbres et arbustes isolés… occupent un terrain de 8 000 m², long d’environ 110 mètres. Ce qui brouille les repères, c’est qu’il est aménagé sur trois niveaux. Dans un passé dont il ne reste malheureusement que peu de traces, il y avait là l’un des nombreux moulins à eau qui alimentaient les manufactures, les villes et les villages de la plaine des Vosges.

Au centre du terrain, la maison (adossée à l’ancienne maison du meunier) : les 4 coins coïncident avec les 4 points cardinaux. L’entrée est orientée à l’Est Sud-Est, côté orée du bois. Les trois autres côtés sont cernés par la Forêt de Darney.

Niveau 0 côté Est

Au niveau 0 : le portail, l’allée d’épicéas, la maison et une grande terrasse gazonnée qui la contourne jusqu’au ruisseau ;

Au bout de l’allée d’épicéas, arrivés à la cour gravillonnée, on tourne à gauche sous l’arche de la glycine pour arriver à la grande terrasse qui entoure la maison.

De la terrasse, un escalier donne accès au niveau -1 aménagé en jardin de moines (plutôt que de curé, étant donné l’isolement du lieu).

Niveau 0 côté Sud

En poursuivant, on contourne la maison, toujours en terrain plat, puis une côte mène à l’étang en passant sous la ramure du grand hêtre pleureur.

Massifs de vivaces et de rosiers aménagés côté Sud
Au bout de la pelouse, entre le tilleul et un massif de rhododendrons, skimmias, hydrangeas et autres hostas, on accède au petit pont pour traverser le ruisseau.

A suivre avec la visite des niveaux -1 et +1…