Rouge et or

« Une vie sans éclat et attentive au simple est semblable à ces coings à la peau duvetée et à l’apparence rugueuse qui, mûrissant dans l’ombre, embaument l’air du cellier – comme fait le corps d’un saint après sa mort. »

Christian Bobin, « Prisonnier au berceau », 2005

Coings des merveilleux vergers de Monthureux-le-Sec

Fiers de notre forêt

Un jour, cet hiver, quand le jardin sera endormi, je tenterai enfin de raconter notre forêt. Ses arbres remarquables, ses étangs et tout le petit monde qui y fourmille. Son passé, sites gallo-romains et médiévaux, vestiges des temps glorieux des maîtres verriers et tant d’autres traces de la vie qui s’est organisée autour de cette nature généreuse.

« Les chênes y ont une rectitude de fût qui fait penser aux sapins de la montagne, et l’immense hêtraie se déroule à perte de vue comme un océan de verdure ».

Charles Guyot, directeur de l’école forestière de Nancy, 1887

En ce moment, on collecte des glands, par centaines de kilos. Ils seront envoyés dans une sècherie dans le Jura pour être ensuite confiés à des pépiniéristes qui élèveront les petits chênes durant deux ans, pour repeupler des forêts en souffrance.

Bolets siamois

La photo d’en-tête d’article est de Philippe Moës, photographe de la nature et de la forêt, à découvrir sur son site https://www.photos-moes.be/

Une mutante ?

Si gracieuses, les lysimaques de Chine. Elles fleurissent en petits épis blancs, adorés des papillons, elles ondulent comme des vagues d’écume. Et elles fanent discrètement : les épis se dessèchent, les feuilles brunissent puis se racornissent.

Mais voilà qu’une de ces lysimaques de Chine a choisi de s’habiller de rouge… Serait-ce une mutante? Ou serait-ce un effet de mimétisme sous l’influence de l’érable rouge ?

Je voudrais écrire un haïku

Parfums de terre et de feuilles, opulentes fanaisons, envol d’essaims d’oiseaux… et le brame qui s’approche et s’éloigne dans la forêt. J’aimerais être capable de fixer ces sensations et les souvenirs qu’elles réveillent en quelques mots simples comme les poètes japonais. Mais il me faudra encore beaucoup méditer…

« Montagnes d’automne  –
ici et là
des fumées s’élèvent »
Gyôdaï

« Après avoir contemplé la lune
mon ombre avec moi
revint à la maison »
Sodô

Haîkus traduits du japonais empruntés à Haïkunet.

Sous le signe de l’automne

Je suis soumis au Chef du Signe de l’Automne
Partant j’aime les fruits je déteste les fleurs
Je regrette chacun des baisers que je donne
Tel un noyer gaulé dit au vent ses douleurs
Mon Automne éternelle ô ma saison mentale
Les mains des amantes d’antan jonchent ton sol
Une épouse me suit c’est mon ombre fatale
Les colombes ce soir prennent leur dernier vol

Guillaume Apollinaire, « Alcools »
Pommier de l’Himalaya

Voyage immobile

Discrets en bordure du ruisseau, ils éblouissent qui s’en approche et se laisse emporter dans leur troublante floraison. Dans l’ombre du sous-bois, ‘Blue Bird’ vibre de l’éclat de ses fleurs épanouies autour de minuscules pépites d’améthyste.

Dans le fond, un hydrangea ‘Phantom’ qui devrait prendre de la hauteur et donner de grandes fleurs blanc rosé… mais qui s’économise durant la sécheresse.

A l’avant-plan, un petit buisson ‘Hayes Starburst’ aux fleurs doubles passant du vert au blanc crème.

J’imagine le voyage. Ces hydrangéas sont les descendants plus ou moins directs d’ancêtres nés sur le flanc des montagnes du Japon. Un pays où l’on sait les vénérer. Au rythme de leur floraison, on y organise des festivals, entre cérémonie du thé et concert, on y concourt pour la plus belle photo, le plus bel « Haiku ».

Hirondelle et hortensia, Holusai

Dès l’époque de Nara (710-794), les poètes japonais célébraient l’hortensia pour ses fleurs magiques et jusqu’au XIXème siècle, les samouraïs voyaient en elles un symbole d’immortalité.

Yosa Buson

Mais c’est sans doute l’instabilité de leurs couleurs, des blancs qui tournent au rouge cramoisi, des bleus au rose, qui doit sans doute le plus toucher les Japonais, la beauté de l’éphémère. Même si le tsunami doit tout emporter, il faut continuer à cultiver son jardin comme s’il devait être éternel…

Jardins de l’abbaye d’Autrey

Dédiés à la Vierge Marie, les jardins de l’abbaye d’Autrey célèbrent la couleur blanche dans toutes ses nuances. Rosiers lianes, immortelles, asters, glycines, hydrangéas, des plus discrètes aux plus spectaculaires, les fleurs blanches rythment les parterres et les massifs.

De l’entrée de l’abbaye, on progresse ainsi dans une succession de carrés bordés de buis, façon jardin de curé, pour accéder au jardin à l’anglaise…

Des glycines sous toutes les formes, sur les façades, en arches, en arbres, en pergolas, en massifs… il faudra revenir les admirer en pleine floraison.

Les chambres d’hôtes et leur jardin

En revanche, les asters, les campanules, les hydrangéas et autres plantes de bruyère restent très généreux…

…comme la collection d’hostas.

Et puis, il reste à explorer la grande variété d’arbres, de la bambouseraie aux arbustes de terre marécageuse, les platanes centenaires comme les érables du Japon…

Plus de détails sur l’Abbaye Notre-Dame d’Autrey aux bons soins de la communauté des Béatitudes : www.abbayedautrey.com

Miracle à l’abbaye d’Autrey

On n’osait plus y croire et pourtant… A huit jours de la fête, le préfet des Vosges a vu la lumière. Il a compris qu’une fête des plantes se déroule en plein air. Il a compris que même s’il y a affluence, dans un domaine de quatre hectares, on respire un air plus pur que dans sa préfecture.

Frère Syméon au milieu des hydrangéas nés dans la pépinière de l’abbaye riche de plus de 3000 variétés d’arbres, arbustes, rosiers, et plantes vivaces.

Entre la cour aménagée à la place de l’ancien cloître du XIIème siècle et la grotte tapissée d’hostas, une trentaine d’exposants invités où j’ai fait mon marché :

Persicaria Filiformis, sélection des Jardins d’Adoué

Echinops Retro ‘Plantinum blue’

Aster x Frikartii ‘Monch’

Persicaria Filiformis Sélection Adoué

Gaura

Phlox blanc ‘Fujiyama’

Sambucus nigra Black Lace ‘Eva’

Physiocarpus ‘Amber Jubilee’

Euphorbia Characias ‘Black Pearl’

et pour l’étang :

Menyantes Trifoliata

Sagittaria Graminea