Ligulaire ‘Dark beauty’

Plantée en pleine canicule 2019, la petite ligulaire, ligularia dentata ‘Dark beauty’, est devenue une bien belle plante. Elle n’a pas encore atteint sa taille de maturité (0,70 m en hauteur, 0,60 mètre de largeur) mais elle affirme déjà bien sa présence par le beau contraste de ses grandes feuilles sombres et de ses fleurs en corymbes jaune safran.

‘Dark beauty’, août 2019
‘Dark beauty’, août 2020

En un an, elle a pris une belle envergure et le feuillage a pris cette texture robuste comme le cuir et cette riche couleur vert cuivré très sombre au revers pourpre qui transparaît sur les dentelures.

Sur le bord de la petite allée tapissée de caillebotis qui mène au ruisseau, entre fougères et euphorbes, elle illumine ce coin de sous-bois qui reste frais même en pleine canicule. Mais elle devrait se développer encore plus rapidement en situation plus ensoleillée. Peut-être au bord de l’étang, les pieds dans l’eau… on va tenter l’expérience…

Puissance archangélique

« La vie est, à mes yeux, instinct de croissance, de durée, d’accumulation de force, de puissance : là où la volonté de puissance fait défaut, il y a déclin. »

Friedrich Nietzsche

On la croit sage et douce, comme un ange au sourire, mais c’est une force de la nature qui s’installe là où bon lui semble pour exploser de vitalité.

Chaque éclosion est fascinante par la puissance qui s’en dégage : l’angélique, angelica archangelica, doit son nom à l’Archange Raphaël qui en aurait apporté la racine à Charlemagne, empereur d’Occident, pour sauver son armée malade de la peste.

A la Renaissance, Paracelse utilisa la poudre d’angélique pour endiguer les grandes épidémies de peste de 1510. Remède qu’on utilisa encore pendant l’épidémie de peste à Niort en 1602 : pour se prémunir de la contagion, on mâchait les feuilles et on s’attachait des colliers de graines autour du cou.

50 grammes de graines pour une ombelle de 25 cm cueillie sur une tige de 2 m 50. Quelles belles proportions !

Une chose est sûre, d’après le Museum national d’Histoire naturelle, l’angélique est un puissant répulsif contre les puces. Et elle donne de délicieuses tiges confites pour qui a la patience de s’adonner à la confiserie.

A ne pas confondre avec la grande ciguë, plante vénéneuse, presque aussi haute (2 mètres) avec ses grandes ombelles blanches : son feuillage est plus fin, plus découpé, comme celui du cerfeuil ou des fanes de carotte.

La monarde et l’immortelle

La monarde a le charme de ces beautés échevelées qui donnent des allures libérées aux massifs les plus sages. Mais elle a un grand défaut : elle est sensible à l’oïdium au point que son feuillage peut se flétrir très rapidement laissant la fleur perchée sur une longue tige aux allures d’épouvantail.

Belle surprise cette année : les monardes roses plantées entre l’hydrangéa Annabelle et les immortelles (qui ont pris une envergure inattendue) ont, elles aussi, pris de la hauteur. On ne voit que leurs têtes et on oublie leur feuillage :

Anaphlis margaritacea ‘Neuschnee’ d’où émergent les têtes de monardes ‘Croftway Pink’

Plus accessibles (mais moins protégées) au bord de l’étang, les monardes offrent aussi leur puissant parfum de bergamote. Entre les épis de lysimaques et les senteurs de monardes, les butineuses sont infatigables.

Joyeux mélange de lysimaques cléthroïdes et de monardes roses et violettes (les rouges n’étaient pas invitées).

+ Quelques conseils sur les bienfaits de la monarde de Jean-Claude : https://spotjardinmonsite.com/2017/07/08/la-monarde-rouge/

Retour à l’équilibre

Après la catastrophe, on va pouvoir tourner la page. Les bûcherons ont fait le ménage. Dans l’étang et sur la berge, où l’on a trouvé deux miraculés : le cornus kousa ‘Venus’ apparemment intact, quoique un peu chiffonné, et le jeune érable du Japon pourpre, au tronc légèrement éraflé.

Et, sous l’oeil vigilant de leur beau gardien…

…ils ont procédé à l’ébranchage et l’abattage du géant

Le cornus kousa est replanté ainsi que le petit érable blessé. Pour une bonne cicatrisation, on nous conseille de lui appliquer un mastic maison, mélange d’argile et de cendres de bois. A suivre…

Berchigranges au mois de juillet

Luxuriant, dégoulinant de rosiers lianes et de clématites, oscillant au rythme des longs épis de veronicastrum, de persicaires, d’érémerus, de digitales, de molènes, de campanules lactiflora… c’est l’été au jardin de Berchigranges.

Ce foisonnement est mis en scène sur un tapis de velours vert, cet incroyable gazon qui met en arrêt le visiteur quand il pose le pied dans le jardin…

…et qui l’invite à poursuivre la visite les pieds nus, entre les massifs comme sur le pont « végétal ».

Rappel à la réalité du moment : la bibliothèque habituellement ouverte est fermée pour cause de confinement.

Dommage : une petite halte dans le cabanon pour feuilleter les revues de jardinage, les manuels de jardinage ou les « beaux livres » dédiés aux jardins du monde ajoutait au plaisir de la visite.

« Vaut le voyage » : Jardin de Berchigranges

Precioza

Entre deux séances de contemplation de l’oeuvre de Land Art qui s’est imposée à nous, nous ne nous laissons pas abattre. Le bûcheron de la commune ne devrait pas tarder pas à enlever ce grand corps trop chargé de fruits qui n’a pu supporter, en plus, le poids de la pluie. En attendant, nous admirons le spectacle et le ballet des oiseaux qui apprécient ce nouveau poste d’observation.

Côté plantations, nous restons fidèles à la Pépinière de la Thyle. Comme chaque été, nous étions au rendez-vous de Thierry de Ryckel venu de Belgique au jardin de Berchigranges avec le meilleur de ses productions d’hydrangéas. Toujours enthousiaste pour faire découvrir la diversité des spécimens qui se sont épanouis dans le jardin, il est toujours aussi précis dans le conseil au débutant comme au collectionneur. Cette année, nous sommes revenus avec le bien nommé ‘Precioza’…

C’est son feuillage et la couleur de ses tiges qui m’ont d’abord attiré le regard. Un beau feuillage mat et vigoureux dans un dégradé de vert tendre au bronze pourpré annonciateur des riches couleurs de l’automne. Le rouge de ses tiges, fines mais solides, apporte une grande légèreté à cet arbuste très ramifié, buissonnant tout en rondeur.

Et puis il y a ses fleurs, de petites sphères légèrement aplaties : ‘Precioza’ est un hybride de macrophylla et de serrata. Comme tous les serratas, il jouit d’une grande résistance au froid et aux gels printaniers, ses ascendants sont originaires des montagnes du Japon et de Corée.

Les couleurs évoluent de l’éclosion à la fanaison, donnant ainsi une belle diversité de tonalités durant toute la saison. La floraison débute dans les tons blanc crème avec des nuances de vert et des liserés roses pour évoluer vers des roses de plus en plus francs qui tourneront au cramoisi à l’automne.

Il lui faut du soleil pour prendre des couleurs mais pas de rayons brûlants. Après quelques recherches d’emplacement, on a fini par déterrer un hydrangea Annabelle devenu trop « voyant » avec ses énormes boules blanches (la terre lui est « trop favorable » selon Thierry de Ryckel) pour le planter à l’ombre des rhododendrons qui bordent le ruisseau. Il atteindra bientôt sa taille adulte de 1 m 20 en hauteur comme en largeur. Mais à en juger par le magnifique spécimen de Berchigranges, en terre favorable, on pourrait le voir se déployer davantage…

A lire, à étudier et à rêver :

A visiter :

Jardin de Berchigranges

Pépinière de la Thyle

Catastrophe naturelle

Heureusement, il pleuvait fort. Une pluie tant attendue pour reverdir la pelouse et la forêt. Heureusement, car il était 7 heures 30, l’heure de faire le tour complet du jardin en compagnie des deux chats. Et c’est à cette heure qu’une énorme déflagration s’est fait entendre. Craquement ou explosion ? La réponse est arrivée en quelques secondes.

Un grand hêtre à l’orée de la forêt s’est fendu sur toute la longueur de son tronc et la moitié s’est effondrée de toute sa ramure dans l’étang. Faut-il que la forêt soit fragilisée pour qu’un géant pareil rompe sous le poids de la pluie…

Seule consolation, il n’a pas renversé la clôture. En revanche, le cornus kousa, l’érable du Japon, la grande eupatoire pourpre et quelques autres sont déclarés disparus…

Un plan, enfin !

Pour les visiteurs qui se perdent dans notre jardin, voici une ébauche de plan et quelques vues élargies. Ruisseau, étang, massifs, bordures, arbres et arbustes isolés… occupent un terrain de 8 000 m², long d’environ 110 mètres. Ce qui brouille les repères, c’est qu’il est aménagé sur trois niveaux. Dans un passé dont il ne reste malheureusement que peu de traces, il y avait là l’un des nombreux moulins à eau qui alimentaient les manufactures, les villes et les villages de la plaine des Vosges.

Au centre du terrain, la maison (adossée à l’ancienne maison du meunier) : les 4 coins coïncident avec les 4 points cardinaux. L’entrée est orientée à l’Est Sud-Est, côté orée du bois. Les trois autres côtés sont cernés par la Forêt de Darney.

Niveau 0 côté Est

Au niveau 0 : le portail, l’allée d’épicéas, la maison et une grande terrasse gazonnée qui la contourne jusqu’au ruisseau ;

Au bout de l’allée d’épicéas, arrivés à la cour gravillonnée, on tourne à gauche sous l’arche de la glycine pour arriver à la grande terrasse qui entoure la maison.

De la terrasse, un escalier donne accès au niveau -1 aménagé en jardin de moines (plutôt que de curé, étant donné l’isolement du lieu).

Niveau 0 côté Sud

En poursuivant, on contourne la maison, toujours en terrain plat, puis une côte mène à l’étang en passant sous la ramure du grand hêtre pleureur.

Massifs de vivaces et de rosiers aménagés côté Sud
Au bout de la pelouse, entre le tilleul et un massif de rhododendrons, skimmias, hydrangeas et autres hostas, on accède au petit pont pour traverser le ruisseau.

A suivre avec la visite des niveaux -1 et +1…

L’année des grenouilles

« Poète…

Au temps, comme il vient, dis merci,

Au soleil, à la pluie aussi,

Et tâche d’être, et le souhaite,

Grenouille et cigale à la fois,

Pour chanter tout ce que tu vois

De bon coeur et de belle voix. »

Chanson de Jean Richepin (1849-1926)

Douze grenouilles pour un petit bassin…

2020 sera, entre autres étrangetés, l’année des grenouilles. Elles sont partout et se font entendre à toute heure : sur l’étang, au bord de « leur » mare et dans le petit bassin que nous n’osons plus nettoyer de peur de les déranger…

Sur leurs radeaux, les feuilles et même les pétales de nénuphars de l’étang…
Au soleil, sur les pierres chaudes de leur mare, à l’abri des bambous et des graminées.

Eclosions d’hydrangéas

Ils seront bientôt somptueux. Macrophylla, paniculata, arborescents, ils fleuriront généreusement tout l’été sans demander d’autre attention que l’arrosage. Mais je crois que c’est en tout début de floraison que je les préfère. Hortensias de « grand-mère », installés depuis des décennies par nos prédécesseurs, ou hydrangéas plus rares venus de jardins japonais, l’éclosion de leurs premières fleurs est particulièrement émouvante.

Hortensia macrophylla « boule » , ‘Blaue Donau’ ?
Hydrangea arborescens ‘Annabelle’ dont les jolies ombelles vertes annoncent de généreuses boules blanches.
H. paniculata ‘Early Sensation’
Hydrangea paniculata ‘Vanille fraise’.
Hortensia macrophylla « boule » , ‘Bouquet rose’ ?
Hydrangea macrophylla ‘Alpenglühen » ?, au feuillage charnu, qui vire au grenat doublé de violet à l’automne pour de magnifiques bouquets secs.
Hydrangea arborescens ‘Spirit Invincibelle’, Annabelle rose qui porte bien son nom : elle a résisté à la sécheresse, à la canicule, aux vents d’hiver qui soufflent sur l’étang.