Petits oiseaux de paradis

Bien sûr ce ne sont pas des Strelitzia reginae. Ils n’ont pas le port majestueux de ces fleurs au long bec et à crête orange triomphant. Ce sont mes petits oiseaux de paradis, autrement appelés crocosmias, plus modestes, plus discrets mais tellement plus gracieux.

Vaillants sous la canicule, ils ont réduit leur envergure pour résister à la sécheresse mais ils prolifèrent allègrement autour de la mare aux grenouilles…

Quel est ce silence ?

On n’osait plus y croire mais l’orage tant attendu a éclaté. La pluie donnera peut-être un nouveau sursis au jardin. Déjà, les rosiers annoncent une nouvelle floraison et les agapanthes, imperturbables sous la canicule, se délectent des gouttes d’eau.

alchémille mollis

Dans la délicieuse fraîcheur de ces derniers petits matins, c’est le silence. Les grenouilles et les insectes sont invisibles, comme les oiseaux. Seuls quelques cris timides et lointains nous donnent signe de vie.

Hydrangea ‘Blue Bird’

Pourquoi, alors que le jardin est enfin arrosé, fumant de parfums, tout le monde l’a-t-il déserté ? Pour les oiseaux, pas de quoi s’inquiéter, nous a rassurés la Ligue de protection des oiseaux : « vos mésanges et vos pinsons sont partis dans la forêt » sans doute plus appétissante que notre jardin.

Papillon endormi sur une feuille d’alchémille

Alerte orange

Alerte orange sur les Vosges. Ca ne devrait pas virer au rouge, grâce à la fraîcheur nocturne, mais les vieux hortensias souffrent. Les plantations anti-canicule de l’automne 2019 (glycines et chèvrefeuilles) ne sont pas encore de taille à assurer leur protection. Il a fallu déployer la grand’ voile…

Et nous, pauvres humains qui avons perdu tout bon sens, nous nous fions à l’infaillible instinct des chats pour organiser nos journées.

Les chats qui ne mettent pas une patte dehors entre 10 et 18 heures et qui, même dans la fraîcheur du soir, économisent leurs forces.

Notes de musc, de vanille et peut-être d’amande…

Dans la tiédeur du soir qui tombait, je perçus à l’approche d’un ruisseau une odeur puissante et très suave. Ces effluves inconnues envahissaient l’air plus frais à cet endroit et m’emplirent de bien-être. Il y avait là un mélange entêtant de musc et de vanille, d’amande aussi peut-être, avec une acidité menue qui en allégeait le parfum. Comment la nature pouvait-elle exhaler une aussi douce fragrance ?

Juste au bord du ruisseau se dressait en évidence une masse feuillue surmontée d’un fouillis vaporeux que l’obscurité naissante rendait indéfinissable. En m’approchant, je pus caresser de mes doigts une multitude de petites fleurs groupées au sommet de longues tiges raides.

Cette expérience fondatrice, François Couplan l’a vécue dans la Vôge, pas si loin de notre jardin. Dommage que le poète-instituteur qui lui a aussitôt la clé du parfum de la reine des prés ne soit plus là. J’aurais aimé qu’il nous apprenne l’art de mettre des mots sur les senteurs, à nous qui sommes devenus aussi pauvres en vocabulaire qu’en sensorialité.

Mais c’est déjà un grand plaisir d’écouter François Couplan, ethnobotaniste parler des plantes sauvages comestibles dans Le temps d’un bivouac

Surlendemain de fête

Non, nos jardins ne sont pas virtuels. Si nos chers abonnés ne nous visitent qu’à distance, nos échanges sont riches de vie, d’expériences, d’émotions. Et quand la rencontre arrive enfin à l’ombre du grand hêtre, c’est une amitié qui devient concrète.

Malyloup est venue « observer la vie » dans notre jardin et elle a réussi à y saisir une foule de petits hôtes souvent virevoltants : OBSERVER LA VIE

Lendemain de fête

Les visiteurs sont partis. Charmants visiteurs qui ont su apprécier le mariage des herbes folles et des herbes sages et découvrir le jardin jusqu’à ses floraisons les plus discrètes. Délicieux visiteurs qui se sont longuement attardés autour des créations semées dans les massifs, dans le sous-bois et même sur l’eau.

Le serpent à fleurs (chargé de faire oublier le réveil étrangement tardif des nénuphars) et la nasse flottante ondulent toujours sous le souffle du vent. Le petit Jules reste bien planté sur le pont de John, humant la brise du ruisseau…

Jules à 4 ans, statue en raku, Ginette Heuraux

Les Chinoises ont réveillé les nymphéas du bassin aux grenouilles. Elles ont même fait fleurir le thalia dealbata…

Chinoises, statues raku de Ginette Heuraux

…mais les chimères se sont volatilisées !

Les photos prises hier soir sont la preuve de leur existence. Ce pêcheur aux pieds de batracien appartiendrait-il à une lignée de chimères bienfaisantes ? Ou l’enfant sauvé des eaux n’est-il qu’en sursis ?

Le Pêcheur, sculpture de Martine Sauvageot

L’échassier bizarre a fui lui aussi, redoutant sans doute le retour du héron sur son territoire de prédilection.

Echassier bizarre, sculpture de Martine Sauvageot
Femme Masaï en tenue de fête

Martine Sauvageot, sculptures et chimères

Ne jamais capituler

Et dire qu’en octobre dernier, je voulais les brûler ! Il ne leur restait plus une seule feuille saine malgré les effeuillages sélectifs, les pulvérisations régulières, les nettoyages du sol. C’est probablement la météo qui a sauvé les rosiers. J’étais trop découragée pour travailler au jardin et mettre la menace à exécution.

Rosier Gertrude Jekyll

Et ce printemps, merci aux amies jardinières pour leurs bons conseils, les rosiers renaissent des cendres que j’ai répandues à leur pied.

Rosier Madame Austin à moins que ce ne soit Roald Dahl…

Taillés mi-avril plus que sévèrement, ils n’ont pas encore l’envergure ou la hauteur qu’ils devraient avoir mais ils semblent pleins de promesses…

…et de consolations quand fanent les dernières pivoines.

Trois parfums

Pourquoi n’est-ce pas toujours aussi facile ? Une division de pivoines de Chine, réputée lente à la reprise, a pris en seulement deux ans l’envergure et la générosité de la plante mère. Elle est soutenue par deux arbustes plantés dans le cadre de mon « plan canicule » 2020 : un seringat et un rosier rugueux chargés de « faire de l’ombre ». Mission accomplie, eux aussi ont pris une ampleur spectaculaire.

Mais que dire de leurs parfums ?

De la pivoine, de la rose et du seringat, lequel est le plus subtil ? Je donne ma langue au chat…

…à petit Poutou, le grand « nez » du jardin.