Le chat et l’oiseau

Le mur de pierres sèches qui soutient le talus autour de notre maison recèle tout un monde. La nuit, on a parfois la chance d’y surprendre une salamandre et le matin, on y trouve des « traces » de campagnols et, probablement, de fouines. Des petites grottes creusées entre les pierres et camouflées par les feuillages, émergent les troglodytes mignons et les lézards. Un matin, j’ai même eu la chance d’y surprendre la couleuvre à collier qui y fait sans doute le ménage.

Mais c’est quand l’hiver approche que l’activité se fait plus intense, du moins l’activité visible du jardinier. Dans le trafic incessant des oiseaux, ce sont les mésanges bleues et les mésanges charbonnières les plus gourmandes en baies de vigne vierge. Ce qui n’échappe pas à l’oeil de notre petit lynx…

Comment protéger les oiseaux de notre prédateur de jardin ? Fan fidèle de la Ligue de protection des oiseaux, je suis leurs conseils de prévention et de protection avec attention mais j’ai des doutes sur leur collerette…

Il faut quand même préserver la dignité du chat ! Alors je conseille le collier à grelot rouge. Pas trop serré, au cas où le chat resterait accroché à une branche. Efficacité estimée à 95% sur les oiseaux : en une année, Nikita ne nous a rapporté qu’un rouge-queue, oiseau particulièrement casse-cou, il faut bien dire. Et elle a poursuivi son « prélèvement » quotidien de campagnols, de mulots ou de taupes…

« Là où chantent les écrevisses »

Par un étrange dérèglement des sens et de la mémoire, « La pastorale américaine » de Philip Roth peut me replonger dans le silence de matins enneigés sur les hauteurs des Vosges et dans l’odeur du feu de bois. Etrange, Philippe Claudel et « Les âmes grises » réveillent, comme si je l’avais lu hier, ce sentiment de sécurité qu’on ne trouve qu’en compagnie d’une âme sœur, à l’abri d’une réalité peu fraternelle. Les bons livres s’incrustent en nous, à jamais associés à des émotions mêlées d’embruns de mer du Nord ou de parfums de Bagatelle. Et je sais quel livre je rouvrirai pour revivre l’intensité de cet incroyable printemps 2020.

Printemps 2020 vécu intensément sous un ciel limpide, confinés dans notre forêt à l’affût des pics et du coucou, des colverts aux visites trop brèves, du héron toujours aussi insultant pour les « occupants » que nous sommes. En joie à l’envol des nichées de bergeronnettes, de mésanges, de grives, de merles et de rouges-queues. Inquiets des apparitions des geais, du milan et d’une pie grièche à tête rousse. En attente du retour du martin-pêcheur alors que les grenouilles se prélassent déjà sur les pierres chaudes à l’abri des fougères et des graminées…

Et dans la magnifique prison de notre forêt, une rencontre inespérée : la Fille de marais « où chantent les écrevisses ». Un roman d’initiation à la nature et à la solitude. Le récit d’une vie dans la nature sauvage de la Caroline du Nord, côte marécageuse peuplée de grands oiseaux de mer. Une vie terrifiante et fascinante, racontée dans une belle langue (hommages au traducteur !) par une scientifique amoureuse des mots autant que de la faune et de la flore. Délia Owens est biologiste et zoologue.