Il n’y a pas que les giboulées et les grêlons qui se ramassent à la pelle en ce curieux mois de mai. Ce matin, j’ai trouvé dans l’herbe, entre le ruisseau et l’étang, deux beaux oeufs, cadeaux de nos colverts. Mais trop tard, les limaces en avaient déjà fait leur festin…
Si l’on oublie l’aspect peu ragoûtant de la limace, on peut admirer la puissance de son odorat. Même si le « nettoyage » était déjà presque terminé, d’autres affamées étaient en chemin pour réclamer leur part de gâteau.
On peut aussi considérer, avec Ben (Autonomie jardin), que le gastéropode n’est pas seulement un nuisible…
C’était un petit pont de bois, un petit pont jeté sur le ruisseau. Il avait son charme avec ses lames de bois patinées par la pluie, le gel et les lichens mais, petit à petit, le charme de l’ancien a laissé place à l’inquiétude. Même les poids plumes y allaient avec prudence.
Le petit pont a tout de même une portée de cinq mètres ! Et il enjambe le passage le plus profond de notre petit canyon. Le défi n’en était que plus tentant. Le défi de passer à l’action. C’est ainsi que John s’est révélé bâtisseur.
Sans diminuer ses mérites, il faut reconnaître que les fondations (merci Claude !) étaient solides.
Les travaux se sont déroulés sous la surveillance des chats, des troglodytes mignons, des campagnols amphibies et, sûrement, de quelques inspecteurs nocturnes. Même les canards ont fait étape pour regarder cela de près.
Et le voilà, reliant la rive du jardin à la rive du monde sauvage…
Une réussite qui laisse le bâtisseur humble devant la puissance des éléments et du paysage:
John’s Bridge! – well, I’m flattered to see that my hard work to reconstruct our ‘Bridge Over Troubled Water’ has been recognised. But I don’t wish to take all the credit since, as with many of the practical projects in the garden, it was a joint effort in which Danielle issued the request and I did the back-breaking work. It has to be admitted that on this occasion I was easily convinced as, after close on fifty years of service, it’s recently been showing signs of breaking up at any moment. As in the words of the famous American folk song ‘Oh my darling Clementine’ the old bridge was about to ‘tremble and disassemble’ and I would surely have been charged with ‘homicide involontaire’ if Danielle ‘fell into the foamy water and was lost and gone forever’ on one of her morning walks round the garden.
Now the work is done I feel a certain sense of achievement but modesty forbids me from lending my name to the completed structure. Bridges seem to be named most often either after their specific location, or famous people or royalty – Charles Bridge in Prague, that’s OK, but John’s Bridge on the edge of the Forest of Darney, no! So, what to call it? Pont Neuf – there are too many of those already! The bridge leads from the garden to our ‘sous-bois’ and a gate in the fence separating our property from the forest – but Rusty Gate Bridge doesn’t have the same aura as San Francisco’s Golden Gate Bridge. Then I found ‘The Wind and Rain Bridge’ – that seems particularly appropriate this month. The only problem is that it’s a very beautiful structure in China, which makes me want to start all over again!
Bons baisers à ceux qui se demandent comment on a pu venir « s’enterrer » à la campagne. A ceux qui croient qu’on ne peut pas vivre sans une boulangerie et un bar-tabac au coin de la rue. A ceux qui s’imaginent que nous passons notre vie dans la contemplation de nos fleurs…
…ou à compter les oiseaux (à ce propos, bonne nouvelle : nos bergeronnettes sont deux !)
…ou que nous menons une vie de chat…
…et que nous mourons d’ennui loin de la ville et du bruit…
… à bientôt avec les coulisses de la carte postale.
Voilà trois petits matins que les colverts reviennent nous visiter. Une cane et ses deux prétendants dans leur plus beau plumage batifolent sur l’étang à grands claquements d’ailes. Une petite visite à leur maison abandonnée, un petit bain de soleil sur la rive et puis s’envolent.
Serait-ce un de nos canards qui reconnaîtrait son ancienne maison ? Si les chasseurs et les prédateurs lui prêtent vie, le canard sauvage peut vivre une dizaine d’années.
Ceci expliquerait-il cela ? Ce matin, du haut du « mirador » de ma chambre, j’ai pu suivre la course d’une belette (mais était-ce bien une belette ?). Elle descendait, remontait le long du ruisseau, tentait d’escalader le grillage pour rejoindre la forêt. Soudain elle a disparu dans le lit du ruisseau avant de ressurgir (visiblement, elle n’aime pas l’eau) et de trouver la sortie en sautant par-dessus le mur et le grillage..
Pourquoi ai-je pensé qu’il s’agissait d’une belette ? Mystérieuses réminiscences. Notre forêt ressemble tant au pays des fables. Mais un peu plus de précision ne peut gâcher la joie d’avoir pu suivre la course de cet animal gracieux mais trop grand pour être une belette. La belette ne mesure que 20 cm. De l’avis de nos voisins de sentinelle-nature-alsace, il pourrait plutôt s’agir d’une hermine, deux fois plus grande que la belette…
Quelle étrange inspiration que d’associer le « Sacre du printemps » à un rite sacrificiel. Le printemps est jaillissement, jaillissement d’eaux, de couleurs, de chants d’oiseaux, de vie. En ce jour, qui est aussi celui de la Forêt, toute la belle et généreuse énergie du printemps jaillit au bout de notre jardin, bien enclavé dans la forêt. Le ruisseau qui s’engouffre dans l’étang, les branches des arbrisseaux qui bourgeonnent, les hémérocalles et les iris qui émergent comme à vue d’oeil sur les rives et…
…et les bouleaux qui nous donnent un peu de leur sève régénérante. Les petites gelées matinales des derniers jours n’ont pas ralenti la montée de la précieuse eau. La cure de santé est lancée.
La neige à peine fondue, une bergeronnette grise s’est posée devant la maison. D’où vient-elle ? Comment a-t-elle su en prenant la direction de la Forêt de Darney que le printemps était là ? Mystère. L’autre mystère, beaucoup plus inquiétant : où sont ses congénères ?
Pour notre premier printemps dans la forêt, les bergeronnettes grises nous ont offert un festival. Elles étaient partout, sur le ruisseau, sur l’étang, sur la pelouse. Ondulant de leur longue queue (on les appelle aussi « hochequeues » ou « Wagtails »), elles nous ont offert des spectacles d’acrobaties aériennes tout en nous débarrassant de quantités de petits insectes.
Mais depuis cinq ans, la troupe n’a cessé de se réduire. L’été dernier, il ne restait plus qu’un couple de bergeronnettes. Sécheresse ? Pesticides ? Eoliennes ? La bergeronnette qui est arrivée ce 24 février reste désespérément seule. Une compagne serait-elle déjà en train de couver ?
Il n’a fallu qu’une semaine pour oublier la neige et la glace. Premier déjeuner au soleil. Premier papillon, première primevère, premier lézard… c’est à chaque fois comme un premier printemps. Le premier bourdon endormi dans le bain de pollen d’une hellébore, s’est réveillé pour aller butiner la bruyère.
Si tout semblait en dormance sous l’épaisse couche de neige, ce n’était qu’une illusion. Les campagnols amphibies ont labouré avec ardeur entre l’étang et le ruisseau. Histoire de rappeler l’utilité de protéger les végétaux…
Première plantation, dans un nid de grillage : l’eupatoire chocolat découverte dans le Magical Garden de Judith. Si les campagnols le permettent, cet Eupatorium rugosum Chocolate devrait créer un beau contraste au bout de l’étang, avec l’hydrangea paniculata Limelight.
Eupatorium rugosum Chocolate
Premier sacrifice de l’année : la taille sévère des branches colorées des saules crevette (Salix integra Hakuro Nishiki).
Moins 10 degrés, vent d’Est et ciel limpide. Les rouges-gorges et les mésanges se disputent la priorité d’accès aux mangeoires. Les merles arrivent en bande de six, non de huit, pour s’attaquer aux petites pommes glacées du pommier de l’Himalaya. Et la bruyère préfère rester au chaud sous sa chape de velours.
Mais le grand spectacle est au bord du ruisseau. De son entrée dans le jardin, où le renard ne s’aventurera pas à traverser le rideau de glace…
Sur les méandres du ruisseau, les branches se balancent. L’écume y sculpte patiemment dans le froid ce que les souffleurs verre modèlent dans la fournaise. Telle cette bobèche en suspension, comme un lustre digne d’Emile Gallé…