Rouges et ors

Passons passons puisque tout passe

Je me retournerai souvent

Les souvenirs sont cors de chasse

Dont meurt le bruit parmi le vent

Guillaume Apollinaire

La plaine des Vosges a déjà pris les couleurs flamboyantes de l’automne. Dans notre jardin placé sous la protection de la forêt, les hêtres et les érables du jardin en sont encore aux premiers ors. Comme un cadre pour les rouges et les pourpres de la vigne vierge…

Plein les bottes !

Orage et désolation. Hier soir, la grêle s’est abattue deux heures durant sur notre forêt et notre jardin. Les iris se sont retrouvés en guenilles, les oiseaux se sont tus. Et l’équipement du jardinier ne peut résister à un tel déluge…

Mellow fruitfulness

Season of mists and mellow fruitfulness,

Close bosom-friend of the maturing sun;

Conspiring with him how to load and bless

With fruit the vines that round the thatch-eves run;

To bend with apples the moss’d cottage-trees,

And fill all fruit with ripeness to the core;

To swell the gourd, and plump the hazel shells

With a sweet kernel; to set budding more,

And still more, later flowers for the bees,

Until they think warm days will never cease,

For summer has o’er-brimm’d their clammy cells.

John Keats (1795-1821)

Ce doit être le pouvoir des odeurs. L’automne réveille en moi la lointaine musique des grands bois qui « effraient comme des cathédrales », des colchiques « couleur de cerne et de lilas » qui lentement empoisonnent. Pour John aussi, l’automne ravive le souvenir de ses grands classiques. Merci à lui pour cette découverte et cet ode à l’automne, saison à la sensualité sans pareille.

Saison de brumes et de moelleuse profusion,

Tendre amie du soleil qui porte la maturité,

Avec lui conspirant à bénir d’une charge de fruits

Les treilles qui vont courant le long des toits de chaume ;

A courber sous les pommes les arbres moussus des fermettes

Et à gorger de suc tous les fruits jusqu’au coeur ;

A boursouffler la courge et grossir les coques des noisettes

D’un succulent noyau ; à faire éclore plus

Et toujours plus encore de fleurs tardives en pâture aux abeilles,

Au point qu’elles croient que les chaudes journées jamais ne cesseront,

Tant l’été à pleins bords a rempli leurs visqueux rayons.

John Keats (1795-1821)

Sous le signe de l’automne

Je suis soumis au Chef du Signe de l’Automne
Partant j’aime les fruits je déteste les fleurs
Je regrette chacun des baisers que je donne
Tel un noyer gaulé dit au vent ses douleurs
Mon Automne éternelle ô ma saison mentale
Les mains des amantes d’antan jonchent ton sol
Une épouse me suit c’est mon ombre fatale
Les colombes ce soir prennent leur dernier vol

Guillaume Apollinaire, « Alcools »
Pommier de l’Himalaya