Pas de Noël blanc dans les Vosges mais la douceur napolitaine de la crèche de Pipo, Giuseppe Pennisi, légendaire patron de l’hôtel des XII apôtres de Contrexéville.
Joyeux Noël !
Les gloires de l’hôtel des XII apôtres seront bientôt oubliées, le séjour de l’archiduc et de l’archiduchesse de Habsbourg sont bien loin. Reste la crèche de Pipo le Napolitain…
Si sage durant tout l’été, sous la protection du grand hêtre pleureur et du vieux rhododendron géant, le petit érable du Japon se réveille comme un volcan. Quelle est la magnitude de ce rouge sur l’échelle de l’incandescence ?
Ciaran devrait s’essouffler avant d’arriver à nous mais les nuages de haute altitude traversent le ciel des Vosges à grande vitesse. Le milan se laisse porter dans une spirale d’ascendants à faire rêver tous les Icare qui sommeillent.
La tempête est dans le ruisseau. Ca gronde, ça vrombit, ça tourbillonne, emportant feuilles et branches, renversant plantes et céramiques installées dans son lit durant l’été…
Floraisons d’un été sans fin. Les anaphalis ‘Neuschnee’ et ‘Sommerschnee’ continuent d’envahir les massifs de leurs corymbes neigeux. Les véroniques se réveillent. Madame David Austin et Queen Elizabeth offrent leurs plus belles roses et Gertrud Jekill a la folie des grandeurs. Sans doute pour ne pas se laisser noyer par la vague des floraisons d’automne : anémones du Japon et asters, orpins et dahlias, érigérons et saponaires…
Anaphalis ‘Sommerschnee’ (immortelles d’argent)Queen Elizabeth Sedum spectabile ‘Iceberg’ ou Grand orpin blancAstersAnémones du Japon
Le mot m’a aussitôt plu. Il rime avec feuillaison, floraison, exhalaison… et des horizons ouverts, loin de la ville. Je n’osais alors rêver d’un jardin mais j’ai bien retenu la leçon du rosiériste (dont j’ai oublié le nom). La fanaison est un critère essentiel à la sélection des rosiers : les roses doivent se faner plutôt que flétrir, s’effacer discrètement sans ternir la floraison des nouveaux boutons.
Plus doués que les roses pour ce doux effacement : les hydrangéas. Les hortensias bleus virent au rose mêlé de pourpre, ‘Early Sensation’ passe du blanc éclatant au rose orangé, la blanche ‘Annabelle’ revient au vert printanier avant de se faire transparente.
Hydrangea arborescens ‘Annabelle’
Notre ‘Phantom’, toujours bien droit, se colore de rose saumon…
Hydrangea paniculata ‘Phantom’
…et les vieux hortensias, des macrophyllas dont on ignore le nom, virent au rouge incandescent avant de passer aux pourpres violacés.
Le fantôme s’est réveillé. On l’avait presque oublié au fond du massif en bordure du ruisseau. Thierry de Ryckel nous avait pourtant promis du spectacle : « C’est un géant. Il peut dépasser les 3 mètres de haut et ses fleurs 40 cm de long. N’allez pas planter cela sous une fenêtre ».
Ce ‘Phantom’ était donc tout désigné pour éclairer notre sous-bois.
Hydrangea paniculata ‘Phantom’ encore dans son pot en compagnie du regretté H. serrata ‘Precioza’
Ramené du Jardin de Berchigranges et planté en septembre 2020, il est resté endormi durant deux étés. Deux canicules. Puis, nouveau miracle de cet étrange été, il a émergé des rhododendrons et des skimmias.
‘Phantom’, rhododendrons, skimmias et ‘Blue Bird’
La promesse est tenue : les fleurs sont spectaculaires et sont bien soutenues par leurs branches rigides. Il garde la tête haute même sous la pluie.
Maintenant, il va falloir travailler à lui faire un peu de place dans le massif qui s’est étoffé au-delà de nos espérances depuis 2020.