C’est par un beau matin d’hiver en forêt de Darney… L’étang de Chanau est gelé et saupoudré de petits glaçons tombés des arbres et soufflés par le vent. Les petits îlots aménagés pour accueillir d’invisibles oiseaux ont été visités par des curieux assez légers pour ne pas sombrer, assez lourds pour laisser des lézardes dans la glace. Et quelques épaves y restent figées.
La neige et le givre révèlent la beauté des vestiges d’un arbre sacrifié par la canicule du dernier été…
En citadine ignorante de l’infinie variété du vivant, j’associais les champignons au règne végétal. Première erreur ! Et je conditionnais leur croissance à une humide tiédeur. Deuxième erreur ! Contrairement aux plantes, les champignons n’ont pas de racines et ils ne vivent pas de la photosynthèse, ils puisent leur énergie dans la dégradation de la matière organique. Et, si la plupart des champignons aiment la douceur des petits matins pluvieux, il en est qui « fleurissent » sous l’effet du gel…
C’est ce que j’ai appris de mes promenades au jardin, entre ruisseau et forêt, par les petits matins glacés. A chaque poussée de gel, c’est la même surprise : dans l’amas de branchages et de feuilles mortes, des efflorescences d’une blancheur immaculée semblent avoir émergé de terre durant la nuit.
De quoi inspirer aux conteurs des histoires de princesse ensevelie dans la forêt profonde. L’explication scientifique a, elle aussi, de quoi émerveiller.
La chevelure de glace (ou cheveux d’ange) est « un phénomène naturel, rare, que l’on peut observer en hiver, par gel modéré, dans les sites ombragés et tôt le matin, sur le bois mort du hêtre. Si l’eau contenue dans le bois mort tombé au sol n’est pas gelée complètement, la poussée de cette humidité à travers les fibres du bois se fige au contact de l’air ambiant plus froid. Alors peuvent se former mais de façon très éphémère des cristaux de glace d’une grande finesse. Mais cette curiosité ne peut apparaître que s’il y a du mycélium du champignon Exidiopsis effusa dans ces bois en décomposition. »
Un jour, cet hiver, quand le jardin sera endormi, je tenterai enfin de raconter notre forêt. Ses arbres remarquables, ses étangs et tout le petit monde qui y fourmille. Son passé, sites gallo-romains et médiévaux, vestiges des temps glorieux des maîtres verriers et tant d’autres traces de la vie qui s’est organisée autour de cette nature généreuse.
« Les chênes y ont une rectitude de fût qui fait penser aux sapins de la montagne, et l’immense hêtraie se déroule à perte de vue comme un océan de verdure ».
Charles Guyot, directeur de l’école forestière de Nancy, 1887
En ce moment, on collecte des glands, par centaines de kilos. Ils seront envoyés dans une sècherie dans le Jura pour être ensuite confiés à des pépiniéristes qui élèveront les petits chênes durant deux ans, pour repeupler des forêts en souffrance.
Bolets siamois
La photo d’en-tête d’article est de Philippe Moës, photographe de la nature et de la forêt, à découvrir sur son site https://www.photos-moes.be/