Flash back

Il pleut depuis ce matin. Ce jour de grand arrosage nous rappelle notre premier printemps dans la plaine des Vosges. Les prés regorgeaient d’eau, le ruisseau grondait. Rien que de très banal, nous disait-on au village. Mais les choses ont bien changé depuis ce printemps 2013. Les pluies printanières se font de plus en plus rares, le ruisseau commence à se tarir de plus en plus tôt et… notre jardin aussi a bien changé.

Petit moment d’auto-satisfaction pour le travail accompli et les floraisons réussies en dépit d’un climat de moins en moins adapté à un jardin à l’anglaise. Moment de perplexité aussi quant à l’utilité future du petit canal de drainage le long des plates-bandes, il nous avait coûté tant d’efforts…

Née de la dernière pluie

Première floraison de l’hymenocallis ! Eclosion d’autant plus éblouissante qu’elle éclaire le jardin après plusieurs jours de pluie (pluie tant attendue). Cette Ismène festalis est aussi appelée « lys araignée », appellation pas très gracieuse mais qui évoque son délicieux parfum. On l’appelle encore « jonquille du Pérou », invitation au voyage des origines de cette plante bulbeuse de la famille des amaryllis. (Je les ai plantées au jardin dans leur pot pour les mettre sous abri avant l’hiver.)

Cette belle Ismène blanche nous console de la fanaison accélérée par la pluie d’autres élégantes tout en blanc : les iris « dames blanches » et les dernières bractées blanches du cornouiller du Japon.

Iris germinaca « Dame blanche », iris des jardins
Cornus kousa « Venus »

Berchigranges au mois de mai

Ambiance euphorique autour du lac de Gérardmer : les « déconfinés » retrouvent la nature et la liberté. On redécouvre les joies du déjeuner sur l’herbe et des balades au bord de l’eau. On se sourit, on se salue, on se souhaite une belle promenade comme si, pour chacun, c’était « la première fois ».

A quelques kilomètres du lac, le jardin de Berchigranges. L’atmosphère y est plus feutrée mais tout aussi euphorique et la visite a elle aussi un parfum de « première fois », même pour les visiteurs les plus fidèles.

Banc végétal pour la contemplation d’un Cornus Kousa monumental

Confinement oblige, on a manqué le spectacle des narcisses et des jonquilles et les floraisons ne sont pas encore spectaculaires. Mais c’est l’occasion de découvrir de petits trésors végétaux plus discrets.

La ronde des euphorbes

Le jardin de mousses inauguré l’an dernier a pris une belle densité. Le manteau de lichens a complètement arrondi les angles de l’éboulis de roches.

Et ceux qu’on attend tous sont déjà là : les pavots bleus de l’Himalaya.

C’est grâce au succès de leur pétition que les jardins de Berchigranges, des Panrées et de Callunes ont pu ouvrir leurs portes :

https://www.change.org/p/ouvrez-les-jardins?signed=true

« …Pourquoi ne pas considérer les bienfaits apportés par une promenade dans un jardin comme absolument nécessaires et bénéfiques aussi bien physiquement que psychologiquement après cette lourde épreuve du confinement ? »

Le site du jardin de Berchigranges : http://www.berchigranges.com

Déconfinement

Comme chaque année, quand le beau feuillage des pivoines commence à s’épaissir, nous avons sorti les cages de « confinement ». Ces belles aux « fastueuses corolles » présument de leurs forces. Mais comme chaque année, en voyant les petites touffes de feuilles perdues au milieu de leur cage, nous nous sommes dit qu’elles étaient démesurées…

…et bien sûr, comme chaque année, elles seront finalement trop petites pour leur maintenir la tête haute à toutes.

« Rouge grenat, rose gai, rose sentimental, trois ou quatre autres carmins, elles ont des couleurs de la belle santé, et me réjouiront pendant une semaine. Et puis elles laisseront tomber, toutes à la fois, leur brasier de pétales, avec un soupir de fleur qui imite le brusque trépas de la rose. » 

Colette, « Pour un herbier »

« Rose gai », « rose sentimental », grenat et carmins divers… pour être digne du fabuleux herbier de Colette, il faudra enrichir la gamme des pivoines et apprendre à reconnaître toutes les subtilités de leur parfum :

« La pivoine sent la pivoine, c’est-à-dire le hanneton. par le truchement d’une fétidité délicate, elle a le privilège de nous mettre en rapport avec le véritable printemps, porteur d’odeurs suspectes dont la somme est propre à nous enchanter. « 

Glycine et clématite

« Au printemps, c’est dans les bois nus Qu’un jour nous nous sommes connus. Les bourgeons poussaient vapeur verte. L’amour fut une découverte. Grâce aux lilas, grâce aux muguets, De rêveurs nous devînmes gais. Sous la glycine et le cytise, Tous deux seuls, que faut-il qu’on dise ? Nous n’aurions rien dit, réséda, Sans ton parfum qui nous aida. »

Charles Cros, « Le coffret de santal »

Cette clématite, Clematis Docteur Ruppel, je crois (?) végétait, le pied à l’abri du soleil, en compagnie d’un hortensia. Mais la voilà rayonnante, en compagnie de la glycine de Chine. Il suffit parfois d’une rencontre pour changer la vie…

Quand on n’a pas de muguet…

Oublions les trois malheureux brins de muguet qui s’obstinent à survivre dans notre sous-bois. Il y a tant de jolies fleurs blanches qui illuminent les bords du ruisseau. La plus étonnante est pour moi le sceau de Salomon, cette jolie hampe aux feuilles dressées comme autant de protections de ses grelots blancs. On l’appelle aussi « faux muguet »…

Elle s’installe dans les recoins les plus inattendus, le plus souvent à l’ombre humide (sans doute est-ce pour cela qu’on l’appelle aussi « grenouillet », mais aussi sous un rosier en plein soleil.

Mais pourquoi ce nom de sceau de Salomon ? Je ne l’ai pas vérifié mais je fais confiance aux naturalistes qui ont vu (avec beaucoup d’imagination) dans ses étranges rhizomes des hexagrammes inscrits dans des cercles.

Premières pivoines

« Pourquoi les dieux seraient-ils immortels ? En quoi l’immortalité rendrait-elle divin ? La pivoine est-elle moins sublime du fait qu’elle va faner ? »

Amélie Nothomb, « Métaphysique des tubes »

Sublime explosion tant attendue, comme chaque année, des premiers boutons de pivoines. Faisons un voeu…

« Il n’y a qu’aujourd’hui… »

« Il n’y a pas de passé. Il n’y a qu’aujourd’hui et, dans aujourd’hui, serrés et brûlants comme à l’intérieur d’une clochette de muguet, tous les morts que nous avons aimés. »

« Carnet du soleil » de Christian Bobin

Petit matin pluvieux, rhododendrons heureux

La pluie, enfin ! Deuxième nuit d’une pluie soutenue et le jardin se réveille plein d’énergie dans la fraîcheur d’un jardin anglais. Seuls les iris ont l’air chiffonné. Les rosiers, les hydrangéas, les vivaces se développent à vue d’oeil et les rhododendrons soupirent d’aise…

Et le petit dernier : planté il y a trois semaines, un petit rhododendron blanc offre sa première fleur au milieu des myosotis.