Déconfinement

Comme chaque année, quand le beau feuillage des pivoines commence à s’épaissir, nous avons sorti les cages de « confinement ». Ces belles aux « fastueuses corolles » présument de leurs forces. Mais comme chaque année, en voyant les petites touffes de feuilles perdues au milieu de leur cage, nous nous sommes dit qu’elles étaient démesurées…

…et bien sûr, comme chaque année, elles seront finalement trop petites pour leur maintenir la tête haute à toutes.

« Rouge grenat, rose gai, rose sentimental, trois ou quatre autres carmins, elles ont des couleurs de la belle santé, et me réjouiront pendant une semaine. Et puis elles laisseront tomber, toutes à la fois, leur brasier de pétales, avec un soupir de fleur qui imite le brusque trépas de la rose. » 

Colette, « Pour un herbier »

« Rose gai », « rose sentimental », grenat et carmins divers… pour être digne du fabuleux herbier de Colette, il faudra enrichir la gamme des pivoines et apprendre à reconnaître toutes les subtilités de leur parfum :

« La pivoine sent la pivoine, c’est-à-dire le hanneton. par le truchement d’une fétidité délicate, elle a le privilège de nous mettre en rapport avec le véritable printemps, porteur d’odeurs suspectes dont la somme est propre à nous enchanter. « 

Iris des villes et iris des champs

Est-ce parce que j’ai planté des iris des jardins au bout de la digue de l’étang que les iris des marais ont décidé de se multiplier sur la rive opposée ? Face à face très distancié où chacun peut faire valoir ses charmes : la prestance monumentale des premiers, la légèreté et la délicatesse des iris pseudacorus.

Qualité invisible de l’iris des marais : il fixe sur ses rhizomes des micro-organismes qui ont le pouvoir de purifier l’eau. Ce qu’apprécie l’abondante population de poissons.

Glycine et clématite

« Au printemps, c’est dans les bois nus Qu’un jour nous nous sommes connus. Les bourgeons poussaient vapeur verte. L’amour fut une découverte. Grâce aux lilas, grâce aux muguets, De rêveurs nous devînmes gais. Sous la glycine et le cytise, Tous deux seuls, que faut-il qu’on dise ? Nous n’aurions rien dit, réséda, Sans ton parfum qui nous aida. »

Charles Cros, « Le coffret de santal »

Cette clématite, Clematis Docteur Ruppel, je crois (?) végétait, le pied à l’abri du soleil, en compagnie d’un hortensia. Mais la voilà rayonnante, en compagnie de la glycine de Chine. Il suffit parfois d’une rencontre pour changer la vie…

Where are the bluebells ?

Comme chaque printemps, John se prend un petit coup de nostalgie pour son Angleterre natale. Il semble que pour un Anglais, il n’est pas de mois de mai sans « bluebells ». Sans ces tapis de jacinthes des bois, comme des nappes de brumes bleues flottant dans les sous-bois.

Et pourtant, notre sous-bois ne manque pas de charme. Certes, il est moins romantique, mais l’ail des ours éclaire bien joliment les bords du ruisseau de nappes de brume blanche…

Il n’a pas le parfum du muguet mais il est prometteur de belles saveurs et de santé (à condition de ne pas confondre ses feuilles avec celles du muguet qui sont hautement toxiques).

Et pour faire plaisir à John et me souvenir de mes promenades en forêt de Soignes dans ma Belgique natale ou en forêt de Compiègne (de somptueuses hêtraies), le magnifique sous-bois de Hallerbos près de Bruxelles.

Hallerbos, près de Bruxelles. Photo AFP.

Quand on n’a pas de muguet…

Oublions les trois malheureux brins de muguet qui s’obstinent à survivre dans notre sous-bois. Il y a tant de jolies fleurs blanches qui illuminent les bords du ruisseau. La plus étonnante est pour moi le sceau de Salomon, cette jolie hampe aux feuilles dressées comme autant de protections de ses grelots blancs. On l’appelle aussi « faux muguet »…

Elle s’installe dans les recoins les plus inattendus, le plus souvent à l’ombre humide (sans doute est-ce pour cela qu’on l’appelle aussi « grenouillet », mais aussi sous un rosier en plein soleil.

Mais pourquoi ce nom de sceau de Salomon ? Je ne l’ai pas vérifié mais je fais confiance aux naturalistes qui ont vu (avec beaucoup d’imagination) dans ses étranges rhizomes des hexagrammes inscrits dans des cercles.

Premières pivoines

« Pourquoi les dieux seraient-ils immortels ? En quoi l’immortalité rendrait-elle divin ? La pivoine est-elle moins sublime du fait qu’elle va faner ? »

Amélie Nothomb, « Métaphysique des tubes »

Sublime explosion tant attendue, comme chaque année, des premiers boutons de pivoines. Faisons un voeu…

« Il n’y a qu’aujourd’hui… »

« Il n’y a pas de passé. Il n’y a qu’aujourd’hui et, dans aujourd’hui, serrés et brûlants comme à l’intérieur d’une clochette de muguet, tous les morts que nous avons aimés. »

« Carnet du soleil » de Christian Bobin

Petit matin pluvieux, rhododendrons heureux

La pluie, enfin ! Deuxième nuit d’une pluie soutenue et le jardin se réveille plein d’énergie dans la fraîcheur d’un jardin anglais. Seuls les iris ont l’air chiffonné. Les rosiers, les hydrangéas, les vivaces se développent à vue d’oeil et les rhododendrons soupirent d’aise…

Et le petit dernier : planté il y a trois semaines, un petit rhododendron blanc offre sa première fleur au milieu des myosotis.

« Là où chantent les écrevisses »

Par un étrange dérèglement des sens et de la mémoire, « La pastorale américaine » de Philip Roth peut me replonger dans le silence de matins enneigés sur les hauteurs des Vosges et dans l’odeur du feu de bois. Etrange, Philippe Claudel et « Les âmes grises » réveillent, comme si je l’avais lu hier, ce sentiment de sécurité qu’on ne trouve qu’en compagnie d’une âme sœur, à l’abri d’une réalité peu fraternelle. Les bons livres s’incrustent en nous, à jamais associés à des émotions mêlées d’embruns de mer du Nord ou de parfums de Bagatelle. Et je sais quel livre je rouvrirai pour revivre l’intensité de cet incroyable printemps 2020.

Printemps 2020 vécu intensément sous un ciel limpide, confinés dans notre forêt à l’affût des pics et du coucou, des colverts aux visites trop brèves, du héron toujours aussi insultant pour les « occupants » que nous sommes. En joie à l’envol des nichées de bergeronnettes, de mésanges, de grives, de merles et de rouges-queues. Inquiets des apparitions des geais, du milan et d’une pie grièche à tête rousse. En attente du retour du martin-pêcheur alors que les grenouilles se prélassent déjà sur les pierres chaudes à l’abri des fougères et des graminées…

Et dans la magnifique prison de notre forêt, une rencontre inespérée : la Fille de marais « où chantent les écrevisses ». Un roman d’initiation à la nature et à la solitude. Le récit d’une vie dans la nature sauvage de la Caroline du Nord, côte marécageuse peuplée de grands oiseaux de mer. Une vie terrifiante et fascinante, racontée dans une belle langue (hommages au traducteur !) par une scientifique amoureuse des mots autant que de la faune et de la flore. Délia Owens est biologiste et zoologue.

Plan canicule 2020 (5)

On s’en doutait, mais tout de même… 45 jours de soleil radieux, 45 jours de sécheresse sur les Vosges ! Les préparatifs pour affronter une nouvelle canicule ont commencé dès l’été dernier en multipliant les coins ombragés mais la terre est terriblement sèche et nous ne sommes qu’en avril.

Oyas « faits maison ».

J’ai suivi les conseils de Ben qui rappelle la technique ancestrale des oyas et les économies d’eau qu’elle permet. L’eau que l’on verse dans le pot enterré se diffuse très lentement à travers la terre cuite dans la profondeur du sol. Je l’ai adaptée façon « récup » en collant ensemble deux pots en terre cuite.

Pas toujours évident à enterrer dans un terrain riche en gros cailloux mais les premiers résultats sont encourageants. Autour des premiers oyas plantés il y a dix jours, les vivaces se développent plus vite !

Les oyas de Ben : https://autonomiejardin.com/category/arroser/