Bleu forêt

Ceci n’est pas une pub pour une estimable marque vosgienne mais un écho au bel article de Tout l’opéra (ou presque) dédié aux notes bleues. Entre Rachmaninov et Miles Davis, Jean-Louis évoque Rimbaud et son sonnet des « Voyelles » :

 « O, suprême Clairon plein des strideurs étranges »

Je n’avais jamais été convaincue par cette association du O et du bleu. Jusqu’à ce silence qui a suivi le « Blues » de Ravel. Silence rompu par le « suprême clairon » du brame, tout près dans la forêt…

Campanules sauvages dans l’ombre du sous-bois

Le magnifique cerf de la photo a bramé sur le blog aux mille oiseaux et animaux des bois Palette de couleurs .

Bleus

Septembre. Dernières journées de chaleur, dernières nuances de fraicheur : les bleus s’effacent peu à peu, les ors et les pourpres vont bientôt enflammer la forêt. Mais le bleu est-il vraiment une couleur froide ? Peut-être sur le nuancier du marchand de couleurs, dans le jardin, c’est plus discutable…

Bleu volubile, bleu triomphant du « Morning Glory », bleu modeste d’une ipomée partie à l’assaut de la gouttière…

Bleu saphir des pépites au coeur de l’hydrangéa ‘Koria’, petites étincelles volées à l’art japonais des jardins…

Bleu d’un été de pluie : bleu du bonheur des agapanthes, épanouies comme en Bretagne ou en Normandie, alors que des hyménocalles , il ne reste qu’une seule rescapée.

Bleu insaisissable pour le photographe : le bleu du ‘Blue Deckle’, bleu candide et intense à la fois…

Bleu anarchique des pérovskias, aux longues tiges incontrôlables. Ce sera le défi de l’an prochain : trouver la position où elles pourront s’épanouir avec un peu plus d’élégance et de tenue…

Un peu d’humanité dans un monde de…

Entre le champ de courses de Vittel et les exploitations de la plaine des Vosges, un refuge. En orée de forêt de Darney, l’Ecurie-retraite Crins blancs accueille des chevaux qui ont atteint l’âge de se reposer, des ânes et des chevaux abandonnés, maltraités ou handicapés qui vont y passer enfin des jours heureux.

Chaleur, douceur, affection dans des box avec vue sur leur pâture et les collines ou, plus précisément, le talus de la faille de Relanges.

EcurieRetraiteCrinsBlancs

En ce week-end de « chassé-croisé », la France vient de battre le record historique et toutes catégories des abandons de chiens, de chats et autres animaux qui leur ont apporté joie et compagnie pendant des mois de confinement.

Le génie de la haie

« L’art de la marqueterie bocagère avait atteint ici un haut degré d’accomplissement. La pierre accueillait la mousse. La mousse arrondissait les angles et protégeait des sociétés de bêtes. Oh ! Comme il eût été salvateur d’opposer une « théorie politique du bocage » aux convulsions du monde. On se serait inspiré du génie de la haie… Elle séparait sans emmurer, délimitait sans opacifier, protégeait sans repousser...

L’air y passait, l’oiseau y nichait, le fruit y poussait. On pouvait la franchir, mais elle arrêtait le glissement de terrain.

A son ombre fleurissait la vie, dans ses entrelacs prospéraient des mondes, derrière sa dentelle se déployaient les parcelles. La méduse du récent globalisme absorbait les bocages. Ce remembrement du théâtre mondial annonçait des temps nouveaux. Ils seraient peut-être heureux mais n’en donnaient pas l’impression. « 

Sylvain Tesson, en marche sur « Les chemins noirs » à l’approche du Cotentin.

Entre forêt et « bocage », notre jardin fourmille de vie, de visiteurs de toutes espèces qui vont et viennent à travers les rideaux d’aubépines, de charmilles, de berbéris, d’aulnes, de lierre, de mûriers…

Et pour prendre modèle sur le génie ancestral de la haie, nous avons créé une haie à l’intérieur du jardin. En demi-cercle autour du vieux pommier, elle délimite le territoire du potager par un mélange assez échevelé d’hydrangeas variés, de mauves arbustives, de pivoines et d’herbes sauvages.

Demain l’azur

Le ciel est « bas et lourd ». Le couvercle a explosé. Les éléments se déchaînent, le ruisseau est devenu torrent… et les agapanthes annoncent déjà le retour de l’azur.

The Hidden Life of Vegetables

Je rêve d’un potager « à l’anglaise ». Un potager paysager, en courbes et en reliefs, mêlant les fleurs et les légumes, des plates-bandes et des pyramides couvertes de cucurbitacées variées, de fleurs d’artichauts perchées sur leurs longues tiges… John, tout British qu’il est, a une vision plus « carrée » du potager. Voici le récit à deux voix de ce Kitchen Garden créé au pied des grands arbres de la forêt : « La vie cachée des légumes », titre qui dénonce une flagrante injustice…

Regular readers of articles in this blog could be forgiven for thinking that all we have in the garden are flowers, shrubs and trees plus whatever wildlife encroaches on our territory. What hasn’t been shown to date are the vegetable plots presently yielding a rich early harvest of salad, onions, peas, beans and potatoes. Not as pretty as the flower beds it’s true – but attractive in their own way particularly when they conjure up thoughts of tasty home-grown produce.

Au commencement… March 2013
Printemps 2018

Peu à peu le dessin du potager s’est précisé. Au printemps 2018, victoire, une première courbe qui engage à poursuivre la visite du potager par un tour de l’étang. Plus loin, la construction de plates-bandes en gradins habillés d’un tressage de branches de saules, nourris de compost « maison » et de paillages divers. C’est alors que John a réalisé que ce charme planté au milieu du potager n’avait rien à y faire…

Stepping further back by some three years shows the construction phase on the sloping ground using pruned willow branches for the walls surrounding the rectangles. Though they don’t comply fully with the current ‘no-dig, lasagne’ approach they contain a good mix of layers of grass clippings, leaves, cardboard and, best of all, bucketfuls of compost.

Le charme qui faisait de l’ombre aux plates-bandes en gradins a été abattu. Restait la souche. Pas question d’utiliser des produits empoisonnés pour accélérer sa décomposition. On a planté des lonicera nitida (chèvrefeuilles à feuilles de buis) autour de la souche encadrés d’un tressage en hexagone de branches de saules.

So far, so good but a major problem remained – shade. A row of pine trees block the sun for the first hour or two of the morning but they’re too tall and well-established to cut down. No, the real problem was the hornbeam that blocked the afternoon sun and much as we love our trees it just had to go.

And, coming back to the present, it’s clear that the vegetables have benefited from its absence and where it stood a very healthy cluster of Lonicera nitida now acts as a memorial to its passing.

Laquelle est la plus belle ?

Punk capillaire ou punk végétal ? La monarde, toute rebelle et échevelée soit-elle, a tout de même plus de classe. En plus, elle embaume la bergamote et elle fait le bonheur des butineuses. Et on peut la manger ou en faire des tisanes…

Les monardes ‘Cambridge Scarlet’ ont éclos cette nuit et elles nous offriront leur joyeuse floraison durant tout l’été. Et elles se multiplieront, se multiplieront…

Qui a mangé mes sandales ?

En partant à Vittel, je les avais laissées au soleil, sur les marches du perron. A mon retour, trois heures plus tard, et toujours 30°, elles étaient sèches… mais « explosées ». L’une sous l’arche de la glycine, l’autre 25 mètres plus loin sous le pommier de l’Himalaya, et plus une seule lanière. On ne peut pas accuser les chats, bien trop raffinés. C’est alors que John m’a raconté sa « rencontre »…

Lui, sortant de l’atelier, et le renard, assis tranquillement sous le grand hêtre pleureur, curieux sans doute de notre vie de casaniers. Un long regard de plusieurs minutes et le renard a disparu comme il était venu…

https://www.livescience.com/fox-steals-100-shoes.html

Jardinières et jardiniers, mettez vos chaussures et vos gants aux abris. Une rapide recherche sur Internet affiche le Top Ten des renards voleurs de chaussures, de Berlin à Kyoto, de l’Australie à l’Angleterre, certains affichent des butins de plus d’une centaine de chaussures !

Beaucoup finissent entre les quenottes des renardeaux qui ont grand besoin de les aiguiser. Merci au Jardin botanique Jean-Marie Pelt de Nancy d’accueillir ces jolis prédateurs dans sa vallée de rhododendrons (photo d’accueil).

Pavots d’Orient

« La nature a horreur du vide »… Non, ce n’est pas un jardinier qui l’a énoncé, même si le jardinier le constate tous les jours. A l’abri des grands épicéas, le talus du bas du jardin était devenu un fouillis de cotonéasters, de millepertuis, de mahonias et de rosiers buissonnants. Débroussaillage, élagage et arrachage l’automne dernier. Et ce printemps, le terrain était déjà réinvesti.

Les grands pavots d’Orient se sont étalées tout le long des marches de pierre de la rocaille. Leurs grandes corolles de papier de soie qui semblent si fragiles ont résisté aux averses et aux orages et leurs hautes tiges n’ont pas flanché.

Coques des boutons après explosion
Eclosions étalées sur plusieurs semaines

Les énormes fleurs du Papaver Orientale Princesse Victoria Louise  ont un coeur d’étamines noir bleuté et de belles macules sombres à la base des pétales. Et la grande qualité de résister à tout : la sécheresse, la chaleur, le sol pauvre et, si le sol est bien drainé, la pluie et le vent.

Un peu d’espoir ?

La neige à peine fondue, une bergeronnette grise s’est posée devant la maison. D’où vient-elle ? Comment a-t-elle su en prenant la direction de la Forêt de Darney que le printemps était là ? Mystère. L’autre mystère, beaucoup plus inquiétant : où sont ses congénères ?

Pour notre premier printemps dans la forêt, les bergeronnettes grises nous ont offert un festival. Elles étaient partout, sur le ruisseau, sur l’étang, sur la pelouse. Ondulant de leur longue queue (on les appelle aussi « hochequeues » ou « Wagtails »), elles nous ont offert des spectacles d’acrobaties aériennes tout en nous débarrassant de quantités de petits insectes.

Mais depuis cinq ans, la troupe n’a cessé de se réduire. L’été dernier, il ne restait plus qu’un couple de bergeronnettes. Sécheresse ? Pesticides ? Eoliennes ? La bergeronnette qui est arrivée ce 24 février reste désespérément seule. Une compagne serait-elle déjà en train de couver ?

Plus de photos et d’infos https://www.saisons-vives.com/bergeronnette-grise,552.html