Honte et jubilation

Jubilation d’abord. Joie enfantine de trouver au réveil le jardin tout blanc, tout lisse, éblouissant de douceur. Plaisir coupable d’enfoncer ses pas dans la neige, de laisser des traces humaines dans ce calme parfait.

Mais la nuit n’a pas été calme. Pas du tout. En remontant le sentier le long du ruisseau, je découvre que je suis les traces d’un promeneur solitaire, le renard sans doute. Puis je croise une route très fréquentée par de petites pattes qui ont creusé un tunnel sous le grillage. Plus haut, une autre route, creusée par des pattes plus grandes qui ont sauté par-dessus la clôture.

Autour de l’étang, c’était une nuit de chassés-croisés comme on n’en voit que les jours de grand départ. Des piétinements intensifs vers les rives. Des traces de pattes jointes, probablement un lièvre. Des traces à cinq « doigts »… qu’est-ce donc ?

La honte. Après dix années de vie dans la forêt, on est à peine capables de distinguer les empreintes de biches, de chevreuils et de sangliers dans la forêt. Dans le jardin qui grouille de vie, on ne connaît toujours pas nos hôtes.

Seuls les chats savent. C’est pour cela qu’ils sont si prudents.

Vernalisation

Petit coup de froid à la mi-décembre, douceur au nouvel an et la sauge de Jérusalem croit que le printemps est là. Du froid, du chaud et de copieux arrosages ont réveillé les graines restées captives dans les tubes des fleurs. Sans attendre de tomber dans la terre, les graines du Phlomis fructicosa se sont mises à germer sur pied.

Phlomis fructicosa, janvier 2024


Pas besoin donc de stratification à froid* comme je l’ai pratiquée (dans l’enthousiasme du jardinier débutant) aves les graines de delphinium. La météo s’en est chargé. Mais le froid qui nous arrive de Moscou va remettre les pendules à l’heure.

Phlomis fructicosa, septembre 2019

Pas d’inquiétude cependant. La sauge de Jérusalem résiste à tout, aux grands froids, aux canicules, à la sécheresse.

Phlomis fructicosa, juin 2023

*La vernalisation est une période de froid subie par une plante nécessaire pour la faire passer du stade végétatif au stade reproductif, c’est-à-dire pour enclencher la floraison. Certains laboratoires disposent de serres ou fosses équipées pour une « vernalisation contrôlée ».

Vernalisation et stratification sont deux notions différentes, bien que souvent confondues, la vernalisation est le phénomène biologique qui permet l’induction florale, alors que la stratification est un procédé technique permettant de lever la dormance, elle permet d’imiter artificiellement les conditions hivernales pour démarrer la germination.

Blanc

L’automne, « un deuxième printemps où chaque feuille est une fleur ».

L’hiver, une saison de froid brûlant

qui fait de chaque brindille une pépite.

Genêt à balais (Cytisus scoparius
Dernière rose sur l’arche du ‘catwalk’

Miscanthus Sinensis

Même les champignons se font brillants

Exidiopsis effusa

13

C’était un mercredi 13. On n’osait pas vraiment y croire mais le grand jour était arrivé. En pleine « offensive hivernale », Météo France multipliait les alertes oranges mais ce mercredi 13 mars 2013, on quittait enfin la ville. Il neigeait. Les déménageurs râlaient. L’installateur de l’Internet satellite râlait et nous demandait ce qu’on venait faire là.

Et puis ce fut le silence, le silence ouaté du jardin sous la neige.

Puis le silence habité par le grondement du ruisseau quand il s’est gonflé de la fonte des neiges.

Puis le silence a laissé tout l’espace au chant des merles et des pinsons, aux cris du martin-pêcheur et du héron.

Et puis dix années palpitantes à apprendre à « savoir où on habite »… ou commencer à apprendre.

Neige ou soleil ?

Petit matin glacé. Glacé mais pas trop, juste assez froid pour que le ciel nous tombe sur la tête en gros flocons, pour que le givre gonfle ses cristaux sur les branches et les brindilles. Le soleil s’imposera-t-il aux nuages chargés de neige ?

Chaque arbre, chaque buisson révèle ses arborescences givrées, comme la glycine et ses beaux entrelacs…

Une heure de spectacle, de lutte entre soleil et nuages et le soleil l’emporte, révélant de nouveaux reliefs et mille nuances à la blancheur…

2023

Heureuse et lumineuse année 2023

Même si la neige n’est pas au rendez-vous de ce 1er janvier,

on peut rêver que les pivoines fleuriront bien au printemps…

…quand le jardin ouvrira ses portes aux artistes, artisans et amis visiteurs, les samedi et dimanche 10 et 11 juin 2023

Retour sur les portes ouvertes 2022

Quand le chat est endormi…

C’est le service minimum depuis que le froid a figé le jardin. Les chats ronronnent, vautrés sur les tablettes des radiateurs. Et pendant que les chats dorment, les taupes et les campagnols s’en donnent à coeur joie.

Eh oui, un bel hiver, enfin ! Moins 10 degrés ! N’est-ce pas une merveilleuse saison ?

Ebullition

Un dimanche de mars au soleil, 22 degrés à l’ombre. Les oiseaux étaient au rendez-vous. Un vol de colverts au petit matin, quelques insultes du héron qui passait par là, puis les merles, les mésanges, les rouges-gorges, les grives, les bergeronnettes, les troglodytes mignons et, je crois, les rouges-queues. Une plume de chouette au pied du grand hêtre, les percussions des pics en plein travail dans la forêt et, au loin par-dessus les collines, un vol d’aigrettes blanches.

Toute cette agitation pour fêter l’explosion de la végétation. Il y a bien sûr les éblouissantes en pleine floraison, héllébores, primevères, narcisses, jacinthes, muscaris… et les premières tulipes.

Cependant, pour la jardinière, il y a plus émouvant : les jeunes pousses qui jaillissent matin après matin, avec la force et la volonté de soulever tous les obstacles… avant de surmonter d’autres épreuves.

Glycine

En attendant les pivoines, les roses et les glycines, les couleurs éclatent du perron jusqu’au fond du jardin…

Souvenirs marins ?

Dans le Grand Nord, on les appelle « lichens des rennes » ou « mousse de caribous ». Pour moi, ils évoquent plutôt un lointain passé marin, entre algues et coraux, bleu gris comme la mer du Nord par gros temps.

Nourriture des rennes, les lichens inspirent aux scientifiques nordiques aussi des images poétiques : ils y voient des « micro-paysages » comme des « forêts de baobabs »…

Moi j’y vois des algues, des coraux, des éponges… Chaque matin, j’en ramasse comme je ramasserais des coquillages échoués sur le sable…

L’éveil des éphémères

Il leur suffit de presque rien. Un bout de branche de hêtre, un peu d’humidité, un petit coup de gel et ils se remettent à filer la glace au petit matin.

Ces blanches inflorescences disparaissent aussitôt que la température remonte au-dessus de zéro.

L’explication scientifique de l’apparition de ces chevelures d’ange : le mycélium du champignon Exidiopsis effusa

https://unjardinenforetdedarney.blog/2020/11/24/fleurs-de-glace-filee/