Vers les eaux d’automne
Du coeur du feu si rouge
La fumée s’envole.
Mukai Kyorai (1651-1704 )


entre étang et ruisseau, rosiers et vivaces
Vers les eaux d’automne
Du coeur du feu si rouge
La fumée s’envole.
Mukai Kyorai (1651-1704 )

Si gracieuses, les lysimaques de Chine. Elles fleurissent en petits épis blancs, adorés des papillons, elles ondulent comme des vagues d’écume. Et elles fanent discrètement : les épis se dessèchent, les feuilles brunissent puis se racornissent.


Mais voilà qu’une de ces lysimaques de Chine a choisi de s’habiller de rouge… Serait-ce une mutante? Ou serait-ce un effet de mimétisme sous l’influence de l’érable rouge ?

Parfums de terre et de feuilles, opulentes fanaisons, envol d’essaims d’oiseaux… et le brame qui s’approche et s’éloigne dans la forêt. J’aimerais être capable de fixer ces sensations et les souvenirs qu’elles réveillent en quelques mots simples comme les poètes japonais. Mais il me faudra encore beaucoup méditer…

« Montagnes d’automne –
ici et là
des fumées s’élèvent »
Gyôdaï

« Après avoir contemplé la lune
mon ombre avec moi
revint à la maison »
Sodô
Haîkus traduits du japonais empruntés à Haïkunet.
Je suis soumis au Chef du Signe de l’Automne
Guillaume Apollinaire, « Alcools »
Partant j’aime les fruits je déteste les fleurs
Je regrette chacun des baisers que je donne
Tel un noyer gaulé dit au vent ses douleurs
Mon Automne éternelle ô ma saison mentale
Les mains des amantes d’antan jonchent ton sol
Une épouse me suit c’est mon ombre fatale
Les colombes ce soir prennent leur dernier vol

Discrets en bordure du ruisseau, ils éblouissent qui s’en approche et se laisse emporter dans leur troublante floraison. Dans l’ombre du sous-bois, ‘Blue Bird’ vibre de l’éclat de ses fleurs épanouies autour de minuscules pépites d’améthyste.

Dans le fond, un hydrangea ‘Phantom’ qui devrait prendre de la hauteur et donner de grandes fleurs blanc rosé… mais qui s’économise durant la sécheresse.

A l’avant-plan, un petit buisson ‘Hayes Starburst’ aux fleurs doubles passant du vert au blanc crème.

J’imagine le voyage. Ces hydrangéas sont les descendants plus ou moins directs d’ancêtres nés sur le flanc des montagnes du Japon. Un pays où l’on sait les vénérer. Au rythme de leur floraison, on y organise des festivals, entre cérémonie du thé et concert, on y concourt pour la plus belle photo, le plus bel « Haiku ».

Dès l’époque de Nara (710-794), les poètes japonais célébraient l’hortensia pour ses fleurs magiques et jusqu’au XIXème siècle, les samouraïs voyaient en elles un symbole d’immortalité.

Mais c’est sans doute l’instabilité de leurs couleurs, des blancs qui tournent au rouge cramoisi, des bleus au rose, qui doit sans doute le plus toucher les Japonais, la beauté de l’éphémère. Même si le tsunami doit tout emporter, il faut continuer à cultiver son jardin comme s’il devait être éternel…

Dédiés à la Vierge Marie, les jardins de l’abbaye d’Autrey célèbrent la couleur blanche dans toutes ses nuances. Rosiers lianes, immortelles, asters, glycines, hydrangéas, des plus discrètes aux plus spectaculaires, les fleurs blanches rythment les parterres et les massifs.

De l’entrée de l’abbaye, on progresse ainsi dans une succession de carrés bordés de buis, façon jardin de curé, pour accéder au jardin à l’anglaise…


Des glycines sous toutes les formes, sur les façades, en arches, en arbres, en pergolas, en massifs… il faudra revenir les admirer en pleine floraison.

En revanche, les asters, les campanules, les hydrangéas et autres plantes de bruyère restent très généreux…


…comme la collection d’hostas.

Et puis, il reste à explorer la grande variété d’arbres, de la bambouseraie aux arbustes de terre marécageuse, les platanes centenaires comme les érables du Japon…

Plus de détails sur l’Abbaye Notre-Dame d’Autrey aux bons soins de la communauté des Béatitudes : www.abbayedautrey.com
On n’osait plus y croire et pourtant… A huit jours de la fête, le préfet des Vosges a vu la lumière. Il a compris qu’une fête des plantes se déroule en plein air. Il a compris que même s’il y a affluence, dans un domaine de quatre hectares, on respire un air plus pur que dans sa préfecture.

Frère Syméon au milieu des hydrangéas nés dans la pépinière de l’abbaye riche de plus de 3000 variétés d’arbres, arbustes, rosiers, et plantes vivaces.


Entre la cour aménagée à la place de l’ancien cloître du XIIème siècle et la grotte tapissée d’hostas, une trentaine d’exposants invités où j’ai fait mon marché :


Echinops Retro ‘Plantinum blue’
Aster x Frikartii ‘Monch’
Persicaria Filiformis Sélection Adoué
Gaura
Phlox blanc ‘Fujiyama’
Sambucus nigra Black Lace ‘Eva’
Physiocarpus ‘Amber Jubilee’
Euphorbia Characias ‘Black Pearl’
et pour l’étang :
Menyantes Trifoliata
Sagittaria Graminea
Ruban de bergère » (Phalaris arundinacea), « Cuisse de nymphe émue » (rosier ancien), « Dame de onze heures » (Ornithogalum umbellatum)… la créativité lexicale des botanistes n’a pas de limites. Mais elle est parfois difficile à suivre. Pourquoi qualifier de « cataleptiques » ces jolies hampes de clochettes plus doctement appelées « Physostegia de Virginie ».

Elles n’ont pas de pouvoir paralysant. Non, ce serait à ces clochettes qu’elles doivent la dénomination de « cataleptiques » : si on les presse légèrement, elles restent un temps figées dans la même position. Pas très spectaculaire…
En revanche, la floraison du Physostegia de Virginie est généreuse et la plante est beaucoup plus adaptable qu’annoncé. On la présente comme une plante plutôt humifère mais elle a très bien résisté à la canicule en terrain peu arrosé.
Par un curieux mimétisme, deux espèces de fleurs totalement étrangères l’une à l’autre se passent le relais de la floraison. ‘Annabelle’, hydrangea arborescent aux généreuses boules de pétales blancs, commence à faner, virant doucement au vert. Au même rythme, les orpins, qui appartiennent à la famille des plantes succulentes, vont bientôt voir leurs fleurs en boutons verts passer au rose. Les orpins ou sedum spectabile sont encore appelés sedum d’automne.

Une nuit de pluie — inespérée — et la vie renaît. Une brume matinale s’étire à l’orée de la forêt. Les grenouilles qui se faisaient silencieuses lâchent quelques timides coassements. Le martin-pêcheur ne sait plus où donner du bec. Les pics redoublent d’activité… et le héron refuse toujours de se laisser photographier.

La pelouse commence déjà à reverdir et des plantes qu’on croyait moribondes se redressent. Mais le rebond le plus glorieux est celui des rosiers (à condition de ne pas regarder le feuillage).



