Grands brûlés

Comme en écho silencieux aux cris et craquements

des forêts d’Amazonie, de Californie, d’Australie,

l’artiste a mis à nu ses arbres aux veines asséchées.

Epurés, dénudés de leur émail pourtant voué à la craquelure,

ses arbres ont la beauté des pétrifiés,

la densité de la matière végétale transmuée en minérale.

Signé Ginet’ Heuraux, Atelier Raku, Monthureux-le-Sec

A visiter, en lisière de forêt de Darney : l’Atelier Raku

Mellow fruitfulness

Season of mists and mellow fruitfulness,

Close bosom-friend of the maturing sun;

Conspiring with him how to load and bless

With fruit the vines that round the thatch-eves run;

To bend with apples the moss’d cottage-trees,

And fill all fruit with ripeness to the core;

To swell the gourd, and plump the hazel shells

With a sweet kernel; to set budding more,

And still more, later flowers for the bees,

Until they think warm days will never cease,

For summer has o’er-brimm’d their clammy cells.

John Keats (1795-1821)

Ce doit être le pouvoir des odeurs. L’automne réveille en moi la lointaine musique des grands bois qui « effraient comme des cathédrales », des colchiques « couleur de cerne et de lilas » qui lentement empoisonnent. Pour John aussi, l’automne ravive le souvenir de ses grands classiques. Merci à lui pour cette découverte et cet ode à l’automne, saison à la sensualité sans pareille.

Saison de brumes et de moelleuse profusion,

Tendre amie du soleil qui porte la maturité,

Avec lui conspirant à bénir d’une charge de fruits

Les treilles qui vont courant le long des toits de chaume ;

A courber sous les pommes les arbres moussus des fermettes

Et à gorger de suc tous les fruits jusqu’au coeur ;

A boursouffler la courge et grossir les coques des noisettes

D’un succulent noyau ; à faire éclore plus

Et toujours plus encore de fleurs tardives en pâture aux abeilles,

Au point qu’elles croient que les chaudes journées jamais ne cesseront,

Tant l’été à pleins bords a rempli leurs visqueux rayons.

John Keats (1795-1821)

Un échassier bizarre

Le ruisseau s’est réveillé, les nénuphars se sont noyés et le héron est parti pêcher dans des eaux plus calmes et moins profondes.

C’est alors qu’un drôle d’oiseau est venu trouver refuge à l’orée de notre forêt…

Il semble avoir la taille et peut-être même l’envergure du héron cendré, le bec puissant en forme de poignard, les longues plumes du front peignées en arrière. Mais sa livrée est beaucoup plus exotique avec ce plastron aux plumes étranges…

Et ces frisottis seraient-ils une forme mutante de caroncules ?

Merci l’artiste, rebelle au regard bleu qui sait voir dans la branche tombée, le bout de ferraille abandonné, la vie qu’elle pourra y insuffler ; rebelle aux douces mains quand elle caresse une plume, une racine tortueuse, aux mains puissantes pour donner de l’élan jusqu’au vertige à ses créatures fantastiques…

Merci Martine, ton oiseau est à l’abri pour l’hiver, sous la bonne garde des chats.

Signé Martine Sauvageot.

Rouge et or

« Une vie sans éclat et attentive au simple est semblable à ces coings à la peau duvetée et à l’apparence rugueuse qui, mûrissant dans l’ombre, embaument l’air du cellier – comme fait le corps d’un saint après sa mort. »

Christian Bobin, « Prisonnier au berceau », 2005

Coings des merveilleux vergers de Monthureux-le-Sec

Fiers de notre forêt

Un jour, cet hiver, quand le jardin sera endormi, je tenterai enfin de raconter notre forêt. Ses arbres remarquables, ses étangs et tout le petit monde qui y fourmille. Son passé, sites gallo-romains et médiévaux, vestiges des temps glorieux des maîtres verriers et tant d’autres traces de la vie qui s’est organisée autour de cette nature généreuse.

« Les chênes y ont une rectitude de fût qui fait penser aux sapins de la montagne, et l’immense hêtraie se déroule à perte de vue comme un océan de verdure ».

Charles Guyot, directeur de l’école forestière de Nancy, 1887

En ce moment, on collecte des glands, par centaines de kilos. Ils seront envoyés dans une sècherie dans le Jura pour être ensuite confiés à des pépiniéristes qui élèveront les petits chênes durant deux ans, pour repeupler des forêts en souffrance.

Bolets siamois

La photo d’en-tête d’article est de Philippe Moës, photographe de la nature et de la forêt, à découvrir sur son site https://www.photos-moes.be/

Une mutante ?

Si gracieuses, les lysimaques de Chine. Elles fleurissent en petits épis blancs, adorés des papillons, elles ondulent comme des vagues d’écume. Et elles fanent discrètement : les épis se dessèchent, les feuilles brunissent puis se racornissent.

Mais voilà qu’une de ces lysimaques de Chine a choisi de s’habiller de rouge… Serait-ce une mutante? Ou serait-ce un effet de mimétisme sous l’influence de l’érable rouge ?

Je voudrais écrire un haïku

Parfums de terre et de feuilles, opulentes fanaisons, envol d’essaims d’oiseaux… et le brame qui s’approche et s’éloigne dans la forêt. J’aimerais être capable de fixer ces sensations et les souvenirs qu’elles réveillent en quelques mots simples comme les poètes japonais. Mais il me faudra encore beaucoup méditer…

« Montagnes d’automne  –
ici et là
des fumées s’élèvent »
Gyôdaï

« Après avoir contemplé la lune
mon ombre avec moi
revint à la maison »
Sodô

Haîkus traduits du japonais empruntés à Haïkunet.