A l’autre bout de la forêt de Darney, le joli village de Tignécourt se déconfine, enfin, pour ses 14èmes rencontres entre photographes et amoureux de la vie sauvage. Invités d’honneur : Frédéric Larrey et la panthère des neiges.



entre étang et ruisseau, rosiers et vivaces
A l’autre bout de la forêt de Darney, le joli village de Tignécourt se déconfine, enfin, pour ses 14èmes rencontres entre photographes et amoureux de la vie sauvage. Invités d’honneur : Frédéric Larrey et la panthère des neiges.


Quand un cauchemar chasse
une autre cauchemar
rêve de printemps




« Un grand soleil d’hiver éclaire la colline
Que la nature est belle et que le coeur me fend
La justice viendra sur nos pas triomphants
Ma Mélinée ô mon amour mon orpheline
Et je te dis de vivre et d’avoir un enfant »
Aragon
Jeudi, jour dont nous n’imaginions pas encore la gravité, Marie-Anne et moi parlions lichens, couleurs et poésie. J’avais recherché un poème de Francis Ponge mais sans succès. Toujours prête à relever les défis poétiques, La Bouche à Oreilles a retrouvé un vers aux résonances troublantes :
« Les patrouilles du lichen colonisant le roc stupéfait »
Elle n’a pas trouvé la suite mais le haïku qu’elle a fait de cette bribe de poème est lourd de sens :
les patrouilles bleues
des lichens colonisent
le roc stupéfait

Je vais me mettre en quête des recueils de Francis de Ponge.
Dans le Grand Nord, on les appelle « lichens des rennes » ou « mousse de caribous ». Pour moi, ils évoquent plutôt un lointain passé marin, entre algues et coraux, bleu gris comme la mer du Nord par gros temps.

Nourriture des rennes, les lichens inspirent aux scientifiques nordiques aussi des images poétiques : ils y voient des « micro-paysages » comme des « forêts de baobabs »…

Moi j’y vois des algues, des coraux, des éponges… Chaque matin, j’en ramasse comme je ramasserais des coquillages échoués sur le sable…

les jeunes herbes
entre chaque brin
miroite l’eau
Un « profond sentiment solitaire d’impermanence »… éveillé ou réveillé par le billet de Marie-Anne dédié à « Chiyo-Ni, bonzesse au jardin nu » ? Il m’a laissée en arrêt devant les jeunes pousses d’après la pluie à l’orée de la forêt…

J’ai cherché
sous les nuages de pluie
ventre gonflé
la grenouille
mais c’étaient encore des nuages d’hiver…
Merci Marie-Anne
La forêt vosgienne flambera-t-elle comme une torche australienne ? Il aura suffi d’un hiver pluvieux pour oublier le dépérissement des sapins, des hêtres ou des frênes, les scolytes, les chenilles processionnaires et autres parasites. C’est sûr qu’il y a plus urgent que la crise sanitaire qui décime la forêt…

La forêt flambera-t-elle ou prendra-t-elle les belles couleurs du liquidambar ? En automne 2020, l’ONF a créé un « sylvatum » à Monthureux-sur Saône, au coeur de la forêt de Darney. Une parcelle conçue comme une mosaïque d’une quarantaine d’essences variées qui se protègent les unes les autres. Parmi ces essences plus résistantes à la sécheresse : le pin maritime, le pin d’Alep, le chêne sessile, le chêne méditerranéen ou chêne vert, le cèdre de l’Atlas, le robinier faux acacia… et le liquidambar flamboyant en automne.
Il leur suffit de presque rien. Un bout de branche de hêtre, un peu d’humidité, un petit coup de gel et ils se remettent à filer la glace au petit matin.

Ces blanches inflorescences disparaissent aussitôt que la température remonte au-dessus de zéro.
L’explication scientifique de l’apparition de ces chevelures d’ange : le mycélium du champignon Exidiopsis effusa
https://unjardinenforetdedarney.blog/2020/11/24/fleurs-de-glace-filee/
Art textile ? Inflorescences de fibres végétales ? Ou l’oeuvre du froid ?

La beauté est éphémère…

Ce serait de très mauvais goût d’annoncer de tristes nouvelles le jour des Rois. On oubliera donc que la Lorraine, tout comme la France, a perdu un tiers de sa population d’oiseaux en trente ans. Pour le grand bien des insectes ravageurs et pour le malheur des forêts. Non, ce n’est pas le moment. On se réjouira plutôt de l’arrivée d’un nouvel oiseau.

Sorti tout droit de la forêt, il a trouvé refuge aux côtés d’un autre échassier bizarre. Il a l’oeil et le bec menaçants mais un plumage aux reflets d’un bleu irisé qui ne peuvent être que de bon augure… le bleu de la sérénité.
Il nous reste à prier pour le retour des bergeronnettes.

Signé Martine Sauvageot comme ses étranges créatures de Moulinsart…
Soleil de grasse matinée de décembre
rayons dorés filtrant à travers le givre
invitation à sortir du jardin pour cueillir les fleurs de l’hiver

Les fleurs de la carotte sauvage…
et de la cardère, le « cabaret des oiseaux », transformé des racines aux épines en distributeur de glaçons…
