Il pleure des larmes blanches
sur notre tigre des neiges
endormi pour toujours sous les rosiers glacés


entre étang et ruisseau, rosiers et vivaces
Il pleure des larmes blanches
sur notre tigre des neiges
endormi pour toujours sous les rosiers glacés

Des fleurs attendues au printemps qui fleurissent en été, d’autres qui disparaissent, dissoutes par les pluies et celles qui réapparaissent, ressuscitées par les pluies… . D’autres encore ont tant attendu leur heure qu’elles prennent des proportions inattendues…

Les cosmos, restés chétifs tout l’été, atteignent près de 2 mètres 50 de hauteur et leur floraison est bien décidée à résister aux petits matins frileux.
Des rhododendrons en fleurs (timides) dans le sous-bois, un hydrangéa qui donne sa première fleur en même temps que le rougissement de son feuillage, les lis de Guernesey qui se réveillent enfin…



Et les couleurs incomparables de l’automne. Sur fond d’ocres et de terra cota, le feuillage de l’hortensia bleu prend des nuances d’améthyste au violet profond.

Un dernier petit matin aux couleurs d’été indien…

Pied fuseleux ou claviforme, chapeau cireux ou floconneux, lamelles adnées ou décurrentes… je reste fascinée par la richesse du lexique des mycologues. Une invitation à ouvrir les yeux pour bien nommer. Si le mot nous manque, serait-ce que nous n’avons jamais pris le temps de regarder la beauté de la nature ?

Les Japonais ont un mot pour nommer les rayons du soleil qui se dispersent à travers les feuilles des arbres : « komorebi ».

Ils pratiquent le « Shinrinyoku », le bain de forêt, pour trouver l’harmonie et la santé au contact des arbres. Son importation se traduit évidemment par le mot beaucoup moins poétique de « sylvothérapie ».

Le plus beau, le plus émouvant, le plus sage, « wabi-sabi » : la quête de la beauté dans les imperfections de la vie, dans l’impermanence de la création, le cycle naturel de croissance et de décroissance.
On les dit faciles à vivre, faciles à cultiver. Juste un peu de patience pour les voir fleurir en octobre, comme des cierges d’argent émergeant des feuilles mortes. Chez nous, il a fallu quatre ans de patience. Plantées à la mi-ombre du grand hêtre sur la pente qui mène à l’étang, elles n’ont donné que quelques feuilles chétives. Replantées il y a deux ans à l’ombre du tilleul en compagnie des astilbes, on les avait oubliées. Mais voilà qu’elles ont enfin fleuri ! Au bout de quatre ans de patience. Cadeau des pluies de l’année sans doute…

Passons passons puisque tout passe
Je me retournerai souvent
Les souvenirs sont cors de chasse
Dont meurt le bruit parmi le vent
Guillaume Apollinaire

La plaine des Vosges a déjà pris les couleurs flamboyantes de l’automne. Dans notre jardin placé sous la protection de la forêt, les hêtres et les érables du jardin en sont encore aux premiers ors. Comme un cadre pour les rouges et les pourpres de la vigne vierge…

Cette fois, ils sont venus du Sud. La pluie, encore la pluie, et le vent. Le vent est tiède, la pluie est beaucoup moins douce. Les asters, les anaphalis, les anémones du Japon, toutes les vivaces qui portent haut leurs couleurs d’automne se retrouvent à genoux. Seuls les orpins gardent la tête haute. Mieux : ces succulentes, réputées apprécier la sécheresse, sont plus épanouies et colorées que jamais.

Les Asters novi-belgii ‘Schöne von Dietlikon’ se sont couchées sous la protection du cornouiller de Tartarie qui commence à rougir.

Parmi les asters géants d’automne, les Asters novi-belgii ‘laevis Calliope’, comme les ‘Schöne von Dietlikon’, résistent bien à l’oïdium mais pas au vent mouillé. La plantation d’arbustes coupe-vent a commencé.
Sauvées des eaux…

Brumes de septembre
vapeurs matinales
réveils de douceur

Brouillard d’asters…

vaporeux le matin, luxuriants au soleil de midi…

Le calme avant la tempête…
Ceci n’est pas une pub pour une estimable marque vosgienne mais un écho au bel article de Tout l’opéra (ou presque) dédié aux notes bleues. Entre Rachmaninov et Miles Davis, Jean-Louis évoque Rimbaud et son sonnet des « Voyelles » :
« O, suprême Clairon plein des strideurs étranges »
Je n’avais jamais été convaincue par cette association du O et du bleu. Jusqu’à ce silence qui a suivi le « Blues » de Ravel. Silence rompu par le « suprême clairon » du brame, tout près dans la forêt…

Le magnifique cerf de la photo a bramé sur le blog aux mille oiseaux et animaux des bois Palette de couleurs .
Septembre. Dernières journées de chaleur, dernières nuances de fraicheur : les bleus s’effacent peu à peu, les ors et les pourpres vont bientôt enflammer la forêt. Mais le bleu est-il vraiment une couleur froide ? Peut-être sur le nuancier du marchand de couleurs, dans le jardin, c’est plus discutable…
Bleu volubile, bleu triomphant du « Morning Glory », bleu modeste d’une ipomée partie à l’assaut de la gouttière…



Bleu saphir des pépites au coeur de l’hydrangéa ‘Koria’, petites étincelles volées à l’art japonais des jardins…

Bleu d’un été de pluie : bleu du bonheur des agapanthes, épanouies comme en Bretagne ou en Normandie, alors que des hyménocalles , il ne reste qu’une seule rescapée.

Bleu insaisissable pour le photographe : le bleu du ‘Blue Deckle’, bleu candide et intense à la fois…

Bleu anarchique des pérovskias, aux longues tiges incontrôlables. Ce sera le défi de l’an prochain : trouver la position où elles pourront s’épanouir avec un peu plus d’élégance et de tenue…

Une fois passée la déception (les monardes violettes et les lysimaques de Chine ont disparu), reste à admirer l’art des plantes sauvages à créer de l’harmonie. Au bord de l’étang, au milieu d’une petite plate-bande de lysimaques ‘Fire Cracker’ et de crocosmias, elles se sont installées avec une grâce tout instinctive : des iris des marais (aujourd’hui fanés), des eupatoires et, impériale, l’angélique…

« L’angélique doit peut-être son nom au fait que ses fruits possèdent chacun deux ailes très développées, comme celles des anges ou des archanges. Mais pour d’autres, ses vertus auraient été révélées par l’archange Raphaël. L’Antiquité et la Renaissance la parèrent de toutes les vertus, si bien qu’on lui accordait une origine divine, confortant le nom que Linné devait lui attribuer : angélique archangélique.

Dans l’angélique, tout est bon, en particulier les pétioles qui engainent la forte tige cylindrique et creuse. Confits dans du sucre ils constituent les vertes inclusions qui, avec les cerises rouges, sont indissociables de la pâte des cakes. Les fruits et parfois les racines entrent dans les compositions complexes et souvent conservées secrètes de maintes liqueurs. »
Jean-Marie Pelt, « Les épices », Ed. A Fayard, 2002
