Le corset ou la langueur

Comme chaque année, j’ai sorti mes « cages à pivoines ». Plus assez nombreuses pour soutenir tous les éclats de division de souches qui ont pris de l’ampleur sous les pluies de ce printemps. Bien sûr, ce corsetage est pour leur bien mais elles semblent tellement heureuses de s’abandonner au soleil, au vent, à la rosée…

Championnes ou odalisques..

Languides ou sous contrôle…

Blanc Notre-Dame

La fièvre du jardinage s’est abattue sur l’Alsace-Lorraine. Les pépiniéristes de la fête des plantes de l’Abbaye d’Autrey n’avaient jamais vu cela : une noria de brouettes, poussées par les scouts en grande tenue, transportant de futurs jardins vers les parkings. Il a fallu aussi revenir aux fondamentaux : « oui, celui-là va perdre ses feuilles en automne », « attention, c’est un arbre qui va atteindre six à huit mètres ! », « celui-là pousse très lentement , trois centimètres par an »… Beaucoup plus compliqué que prévu, le jardinage! Mais la visite du jardin de l’abbaye ouvre de si belles perspectives…


L’Abbaye d’Autrey et son jardin : https://www.abbayedautrey.com


Pavots d’Orient

« La nature a horreur du vide »… Non, ce n’est pas un jardinier qui l’a énoncé, même si le jardinier le constate tous les jours. A l’abri des grands épicéas, le talus du bas du jardin était devenu un fouillis de cotonéasters, de millepertuis, de mahonias et de rosiers buissonnants. Débroussaillage, élagage et arrachage l’automne dernier. Et ce printemps, le terrain était déjà réinvesti.

Les grands pavots d’Orient se sont étalées tout le long des marches de pierre de la rocaille. Leurs grandes corolles de papier de soie qui semblent si fragiles ont résisté aux averses et aux orages et leurs hautes tiges n’ont pas flanché.

Coques des boutons après explosion
Eclosions étalées sur plusieurs semaines

Les énormes fleurs du Papaver Orientale Princesse Victoria Louise  ont un coeur d’étamines noir bleuté et de belles macules sombres à la base des pétales. Et la grande qualité de résister à tout : la sécheresse, la chaleur, le sol pauvre et, si le sol est bien drainé, la pluie et le vent.

Pâques de la Pentecôte

Il n’y a pas que les giboulées et les grêlons qui se ramassent à la pelle en ce curieux mois de mai. Ce matin, j’ai trouvé dans l’herbe, entre le ruisseau et l’étang, deux beaux oeufs, cadeaux de nos colverts. Mais trop tard, les limaces en avaient déjà fait leur festin…

Si l’on oublie l’aspect peu ragoûtant de la limace, on peut admirer la puissance de son odorat. Même si le « nettoyage » était déjà presque terminé, d’autres affamées étaient en chemin pour réclamer leur part de gâteau.

On peut aussi considérer, avec Ben (Autonomie jardin), que le gastéropode n’est pas seulement un nuisible…

John’s bridge

C’était un petit pont de bois, un petit pont jeté sur le ruisseau. Il avait son charme avec ses lames de bois patinées par la pluie, le gel et les lichens mais, petit à petit, le charme de l’ancien a laissé place à l’inquiétude. Même les poids plumes y allaient avec prudence.

Le petit pont a tout de même une portée de cinq mètres ! Et il enjambe le passage le plus profond de notre petit canyon. Le défi n’en était que plus tentant. Le défi de passer à l’action. C’est ainsi que John s’est révélé bâtisseur.

Sans diminuer ses mérites, il faut reconnaître que les fondations (merci Claude !) étaient solides.

Les travaux se sont déroulés sous la surveillance des chats, des troglodytes mignons, des campagnols amphibies et, sûrement, de quelques inspecteurs nocturnes. Même les canards ont fait étape pour regarder cela de près.

Et le voilà, reliant la rive du jardin à la rive du monde sauvage…

Une réussite qui laisse le bâtisseur humble devant la puissance des éléments et du paysage:

John’s Bridge! – well, I’m flattered to see that my hard work to reconstruct our ‘Bridge Over Troubled Water’ has been recognised. But I don’t wish to take all the credit since, as with many of the practical projects in the garden, it was a joint effort in which Danielle issued the request and I did the back-breaking work. It has to be admitted that on this occasion I was easily convinced as, after close on fifty years of service, it’s recently been showing signs of breaking up at any moment. As in the words of the famous American folk song ‘Oh my darling Clementine’ the old bridge was about to ‘tremble and disassemble’ and I would surely have been charged with ‘homicide involontaire’ if Danielle ‘fell into the foamy water and was lost and gone forever’ on one of her morning walks round the garden.


Now the work is done I feel a certain sense of achievement but modesty forbids me from lending my name to the completed structure. Bridges seem to be named most often either after their specific location, or famous people or royalty – Charles Bridge in Prague, that’s OK, but John’s Bridge on the edge of the Forest of Darney, no! So, what to call it? Pont Neuf – there are too many of those already! The bridge leads from the garden to our ‘sous-bois’ and a gate in the fence separating our property from the forest – but Rusty Gate Bridge doesn’t have the same aura as San Francisco’s Golden Gate Bridge. Then I found ‘The Wind and Rain Bridge’ – that seems particularly appropriate this month. The only problem is that it’s a very beautiful structure in China, which makes me want to start all over again!

Plan canicule 2021

Faire de l’ombre, planter des espèces résistantes à la sécheresse, enfouir des oyas pour arroser le sol en profondeur… depuis trois ans, c’est la canicule qui commande. Même autour de l’étang, les plantations deviennent très sélectives. Le grand défi reste la « pelouse », mélange de graminées, de trèfles, d’oxalis et de quantité d’espèces sauvages qui, quand le ciel est favorable, crée l’illusion d’un gazon.

Mais depuis trois ans, l’illusion tourne à la désolation : la terrasse enherbée au pied du perron vire au jaune dès le mois de juin, au noir carbonisé en juillet. Alors, on oublie l’ambiance cottage et on mise sur une structure bien nette pour garder un peu de tenue à l’entrée de la maison.

L’occasion de mettre en scène la plaque de cheminée en fonte au milieu d’un petit gravier rouge, couleur du grès des Vosges.

Merci Michel pour la mise en place de la plaque de cheminée ! Le reste est résultat de deux semaines de travaux intensifs de nos petits bras : désherbage, dépierrage, pose d’une bâche anti-herbe, épandage d’une demie-tonne de sable, pose de feutre textile et de dalles alvéolées sur les bords, remplissage d’une tonne de gravier rouge.

Flash back 2

Mars 2013. Nous emménageons sous la neige. Priorité absolue : installer une parabole pour nous connecter à Internet. L’installateur se demande quelle idée saugrenue nous amène dans la plaine des Vosges. Le malheureux ne rêve que de palmiers et de sable chaud. C’est donc en plein hiver que nous explorons le jardin dans toute sa nudité. Et que nous envisageons tous les possibles.

Le haut du jardin, au niveau de l’étang, était particulièrement « propre », selon les critères des anciens maîtres des lieux. Herbes tondues, feuilles balayées et, près de la clôture qui nous protège des biches et des sangliers, une mystérieuse surface couverte d’une solide bâche verte.

Il y avait tant à faire que ce n’est qu’en 2015 que nous avons entrepris de donner vie à cet « étage » du jardin. En commençant par soulever la bâche. Surprise : une mare… puis une margelle qui laisse penser qu’il s’agit plutôt d’une source qui devait, dans un lointain passé, être aménagée. Peut-être en fontaine ?

Cette source, nous l’avons compris durant l’hiver quand la température est tombée à -16° (ça s’est bien adouci depuis ! ) est une source d’eau chaude. La mare n’a jamais gelé. En revanche, elle s’assèche durant la canicule…

Premières plantations au printemps 2016 : un arc de bambous fargesia (non traçants) côté forêt ; à l’avant-plan : des miscanthus sinensis Gracillimus, des laîches d’Oshima, des carex et quelques autres qui n’ont pas survécu… Il n’a pas fallu attendre longtemps pour constater que les grenouilles avaient repris possession des lieux.

Et la population batracienne s’est épanouie au rythme que la végétation…

Les grenouilles ont alors eu droit à leur allée privée bordée de lonicera nitida pour les guider vers l’étang les jours de sécheresse.

Mais à force de respecter la quiétude des grenouilles, la végétation a pris des proportions hors de contrôle. Les graminées ont envahi les bords de la mare, les crocosmias se sont affaissés sous le poids de leurs longues grappes devenues inaccessibles…

Eté 2020 : les bambous dépassent les 2 mètres.

Les haies de lonicera nitida se sont bien étoffées.

Les euphorbes et les phlomis ont donné un peu de tenue au massif…

…mais ils se sont eux aussi laissés déborder par les luxuriantes…

Il était temps d’agir. Les travaux de cet hiver ont été couronnés de neige : un mur en pierres sèches double l’arc de bambous, de graminées, de crocosmias, d’hémérocalles et d’iris. Le grillage qui maintiendra leur floraison se fera oublier sous leurs feuillages et derrière les euphorbes, les phlomis et les sedums qui vont se densifier.

Une pensée pour les grenouilles qui doivent hiberner bien au chaud à l’abri des bambous.

Je voudrais écrire un haïku

Parfums de terre et de feuilles, opulentes fanaisons, envol d’essaims d’oiseaux… et le brame qui s’approche et s’éloigne dans la forêt. J’aimerais être capable de fixer ces sensations et les souvenirs qu’elles réveillent en quelques mots simples comme les poètes japonais. Mais il me faudra encore beaucoup méditer…

« Montagnes d’automne  –
ici et là
des fumées s’élèvent »
Gyôdaï

« Après avoir contemplé la lune
mon ombre avec moi
revint à la maison »
Sodô

Haîkus traduits du japonais empruntés à Haïkunet.

Jardins de l’abbaye d’Autrey

Dédiés à la Vierge Marie, les jardins de l’abbaye d’Autrey célèbrent la couleur blanche dans toutes ses nuances. Rosiers lianes, immortelles, asters, glycines, hydrangéas, des plus discrètes aux plus spectaculaires, les fleurs blanches rythment les parterres et les massifs.

De l’entrée de l’abbaye, on progresse ainsi dans une succession de carrés bordés de buis, façon jardin de curé, pour accéder au jardin à l’anglaise…

Des glycines sous toutes les formes, sur les façades, en arches, en arbres, en pergolas, en massifs… il faudra revenir les admirer en pleine floraison.

Les chambres d’hôtes et leur jardin

En revanche, les asters, les campanules, les hydrangéas et autres plantes de bruyère restent très généreux…

…comme la collection d’hostas.

Et puis, il reste à explorer la grande variété d’arbres, de la bambouseraie aux arbustes de terre marécageuse, les platanes centenaires comme les érables du Japon…

Plus de détails sur l’Abbaye Notre-Dame d’Autrey aux bons soins de la communauté des Béatitudes : www.abbayedautrey.com

Miracle à l’abbaye d’Autrey

On n’osait plus y croire et pourtant… A huit jours de la fête, le préfet des Vosges a vu la lumière. Il a compris qu’une fête des plantes se déroule en plein air. Il a compris que même s’il y a affluence, dans un domaine de quatre hectares, on respire un air plus pur que dans sa préfecture.

Frère Syméon au milieu des hydrangéas nés dans la pépinière de l’abbaye riche de plus de 3000 variétés d’arbres, arbustes, rosiers, et plantes vivaces.

Entre la cour aménagée à la place de l’ancien cloître du XIIème siècle et la grotte tapissée d’hostas, une trentaine d’exposants invités où j’ai fait mon marché :

Persicaria Filiformis, sélection des Jardins d’Adoué

Echinops Retro ‘Plantinum blue’

Aster x Frikartii ‘Monch’

Persicaria Filiformis Sélection Adoué

Gaura

Phlox blanc ‘Fujiyama’

Sambucus nigra Black Lace ‘Eva’

Physiocarpus ‘Amber Jubilee’

Euphorbia Characias ‘Black Pearl’

et pour l’étang :

Menyantes Trifoliata

Sagittaria Graminea