Surlendemain de fête

Non, nos jardins ne sont pas virtuels. Si nos chers abonnés ne nous visitent qu’à distance, nos échanges sont riches de vie, d’expériences, d’émotions. Et quand la rencontre arrive enfin à l’ombre du grand hêtre, c’est une amitié qui devient concrète.

Malyloup est venue « observer la vie » dans notre jardin et elle a réussi à y saisir une foule de petits hôtes souvent virevoltants : OBSERVER LA VIE

Lendemain de fête

Les visiteurs sont partis. Charmants visiteurs qui ont su apprécier le mariage des herbes folles et des herbes sages et découvrir le jardin jusqu’à ses floraisons les plus discrètes. Délicieux visiteurs qui se sont longuement attardés autour des créations semées dans les massifs, dans le sous-bois et même sur l’eau.

Le serpent à fleurs (chargé de faire oublier le réveil étrangement tardif des nénuphars) et la nasse flottante ondulent toujours sous le souffle du vent. Le petit Jules reste bien planté sur le pont de John, humant la brise du ruisseau…

Jules à 4 ans, statue en raku, Ginette Heuraux

Les Chinoises ont réveillé les nymphéas du bassin aux grenouilles. Elles ont même fait fleurir le thalia dealbata…

Chinoises, statues raku de Ginette Heuraux

…mais les chimères se sont volatilisées !

Les photos prises hier soir sont la preuve de leur existence. Ce pêcheur aux pieds de batracien appartiendrait-il à une lignée de chimères bienfaisantes ? Ou l’enfant sauvé des eaux n’est-il qu’en sursis ?

Le Pêcheur, sculpture de Martine Sauvageot

L’échassier bizarre a fui lui aussi, redoutant sans doute le retour du héron sur son territoire de prédilection.

Echassier bizarre, sculpture de Martine Sauvageot
Femme Masaï en tenue de fête

Martine Sauvageot, sculptures et chimères

Ne jamais capituler

Et dire qu’en octobre dernier, je voulais les brûler ! Il ne leur restait plus une seule feuille saine malgré les effeuillages sélectifs, les pulvérisations régulières, les nettoyages du sol. C’est probablement la météo qui a sauvé les rosiers. J’étais trop découragée pour travailler au jardin et mettre la menace à exécution.

Rosier Gertrude Jekyll

Et ce printemps, merci aux amies jardinières pour leurs bons conseils, les rosiers renaissent des cendres que j’ai répandues à leur pied.

Rosier Madame Austin à moins que ce ne soit Roald Dahl…

Taillés mi-avril plus que sévèrement, ils n’ont pas encore l’envergure ou la hauteur qu’ils devraient avoir mais ils semblent pleins de promesses…

…et de consolations quand fanent les dernières pivoines.

Trois parfums

Pourquoi n’est-ce pas toujours aussi facile ? Une division de pivoines de Chine, réputée lente à la reprise, a pris en seulement deux ans l’envergure et la générosité de la plante mère. Elle est soutenue par deux arbustes plantés dans le cadre de mon « plan canicule » 2020 : un seringat et un rosier rugueux chargés de « faire de l’ombre ». Mission accomplie, eux aussi ont pris une ampleur spectaculaire.

Mais que dire de leurs parfums ?

De la pivoine, de la rose et du seringat, lequel est le plus subtil ? Je donne ma langue au chat…

…à petit Poutou, le grand « nez » du jardin.

Squatters élégants

Le calme revenu, je croyais qu’ils avaient finalement changé d’adresse. La semaine dernière, il y avait grande agitation dans le rosier ‘Bajazzo’ qui grimpe sur le pilier de la terrasse. Deux chardonnerets élégants faisaient équipe pour y construire leur nid : à chacun son tour (il me semble), l’un se postait sur une branche du grand hêtre pleureur pour surveiller les lieux pendant que l’autre ajoutait son brin à l’édifice…

Il est là, au milieu des branches et de la photo, en plein travail.

…et peut-être quelques poils de chat que je dépose au pied des arbustes. Ce matin, plus un mouvement mais… un chardonneret sur le petit nid caché dans l’enchevêtrement des branches du rosier.

Invisible depuis le jardin, à peine soupçonnable depuis la maison, interdiction est cependant décrétée de passer par la terrasse jusqu’à l’éclosion et l’envol des oisillons. Deux à trois semaines semble-t-il.

The Wild

Au retour du printemps, quand je franchis notre petit pont de bois, je repense au Hidcote Manor Garden. Ce chef d’oeuvre de l’art du jardin anglais (à voir avant de mourir ! ) est une succession de chambres, de perspectives, de scènes intimes ou monumentales façonnées durant plus d’un siècle. Jardin blanc, perspective rouge, « mixed borders » de légende… et, au bout de quelques heures de déambulation émerveillée, un panneau indiquant « The Wild ».

Hidcote Manor Garden (Gloucestershire)

Humour anglais. Dans le doux paysage des Cotswolds, le monde sauvage ne signifie que repos du jardinier : arbres et arbustes succèdent aux massifs de fleurs et l’herbe au gazon. Chez nous, en revanche, « the wild » s’épanouit dans tous les sens.

Le petit « canyon » creusé par le ruisseau ainsi que sa rive côté forêt redeviennent une jungle dès le printemps venu. Lierres, fougères et chèvrefeuilles, angéliques, silènes et anémones des bois, sceaux de Salomon, ail des ours, pousses de hêtres, de bouleaux, de charmes, muriers, framboisiers et myrtilliers se partagent ou se disputent leur bout de territoire.

Mon projet d’en faire une vallée de rhododendrons et d’azalées restera un rêve car les alternances de sécheresse et de hautes eaux sont de plus en plus violentes. Cependant, la rive sauvage prend tout doucement des couleurs.

Le monde sauvage, le vrai, commence derrière le grillage. Les chats le savent bien, ils l’observent et le hument de haut et gardent leurs distances. Biches, chevreuils et sangliers doivent leur laisser d’odorants conseils à rester aux abris dans le monde des humains…

Accord parfait

Blanc, rose, vert, l’harmonie est parfaite, C’est l’harmonie du printemps, des fleurs du pommier, des rhododendrons et, bientôt des pivoines. La perfection tout simplement.

Dilemmes du jardinier

Elles sont plus fortes que tout, les sauvages de la forêt. Les bugles rampantes se disputent le terrain avec les fraises sauvages. Les lysimaques ciliata Fire Cracker parviennent à émerger (elles aussi sont envahissantes) mais les saxifrages et les phlox sauront-ils s’imposer ?

Au bord de la forêt, les silènes dioïques, joliment appelées compagnons rouges et compagnons blancs se battent avec les myosotis, les primevères sauvages et les euphorbes des bois. Arracher ? éclaircir ? Laisser faire la nature, sachant que dans quelques semaines, tout cela n’aura plus du tout la même allure ?

Hostas inconnus

Comme les pins laricio, ils semblent se nourrir de la sève des rochers. Nous les avons découverts perchés sur les roches du ruisseau, comme des émanations végétales de la pierre. Inondés, lessivés par les grandes eaux du printemps…

… ils renaissent début avril bien avant les plantaginea, les ventricosa et autres cultivars. Une division de souche plantée en pleine terre s’étale en une saison, à l’ombre et même au soleil.

Feuillage du 1er avril
Floraison estivale

Même si nous les avons trouvés « dans l’eau », tous leurs rejetons éparpillés dans le jardin résistent à la sécheresse, à la chaleur, au gel et même aux limaces. Ils s’entendent bien avec les astilbes, les azalées, les hydrangéas…

… mais comment s’appellent-ils ?

Le ciel s’amuse

Sorbet de primevères, vacherin d’hellébores, Eton mess de bruyères, granité bleu de muscaris, esquimaux de tulipes… le ciel se moque de nous. Il s’amuse à nous arroser de sucre glace. Bien fait pour nous !