Confluence Bridge

Ca s’est passé le 6 février. Une nuit de pluie a suffi pour transformer le coteau forestier en torrent. Et pour disloquer le petit pont du bout du jardin. au confluent des deux ruisseaux qui nous viennent de la forêt. Mais ce n’est pas le débit de l’eau qui a été fatale.

En une journée, les eaux se sont calmées et l’état des lieux a révélé les responsables du sinistre. Les jeunes hêtres de la berge, fragilisés par des années de sécheresse, ont été achevés par l’humidité de cet hiver. Effondrement et démembrement. Troncs et branches portés par les flots se sont acharnés sur le pauvre petit pont.

Déconstruction, reconstruction, l’avantage de faire table rase, c’est qu’on peut rebâtir sur de meilleures bases. John, fort de l’expérience de son premier ouvrage, a commencé par déplacer le petit pont pour en réduire la portée.

Reste maintenant à renforcer les berges de grosses pierres et à y repiquer des plantes aux racines solides…

« Et je te dis de vivre… »

Quand un cauchemar chasse

une autre cauchemar

rêve de printemps


« Un grand soleil d’hiver éclaire la colline
Que la nature est belle et que le coeur me fend
La justice viendra sur nos pas triomphants
Ma Mélinée ô mon amour mon orpheline
Et je te dis de vivre et d’avoir un enfant »

Aragon

Souvenirs marins ?

Dans le Grand Nord, on les appelle « lichens des rennes » ou « mousse de caribous ». Pour moi, ils évoquent plutôt un lointain passé marin, entre algues et coraux, bleu gris comme la mer du Nord par gros temps.

Nourriture des rennes, les lichens inspirent aux scientifiques nordiques aussi des images poétiques : ils y voient des « micro-paysages » comme des « forêts de baobabs »…

Moi j’y vois des algues, des coraux, des éponges… Chaque matin, j’en ramasse comme je ramasserais des coquillages échoués sur le sable…

L’éveil des éphémères

Il leur suffit de presque rien. Un bout de branche de hêtre, un peu d’humidité, un petit coup de gel et ils se remettent à filer la glace au petit matin.

Ces blanches inflorescences disparaissent aussitôt que la température remonte au-dessus de zéro.

L’explication scientifique de l’apparition de ces chevelures d’ange : le mycélium du champignon Exidiopsis effusa

https://unjardinenforetdedarney.blog/2020/11/24/fleurs-de-glace-filee/

Oiseau de bon augure

Ce serait de très mauvais goût d’annoncer de tristes nouvelles le jour des Rois. On oubliera donc que la Lorraine, tout comme la France, a perdu un tiers de sa population d’oiseaux en trente ans. Pour le grand bien des insectes ravageurs et pour le malheur des forêts. Non, ce n’est pas le moment. On se réjouira plutôt de l’arrivée d’un nouvel oiseau.

Oiseau bleu

Sorti tout droit de la forêt, il a trouvé refuge aux côtés d’un autre échassier bizarre. Il a l’oeil et le bec menaçants mais un plumage aux reflets d’un bleu irisé qui ne peuvent être que de bon augure… le bleu de la sérénité.

Il nous reste à prier pour le retour des bergeronnettes.

Signé Martine Sauvageot comme ses étranges créatures de Moulinsart

Fleurs de solstice

Soleil de grasse matinée de décembre

rayons dorés filtrant à travers le givre

invitation à sortir du jardin pour cueillir les fleurs de l’hiver

Les fleurs de la carotte sauvage…

et de la cardère, le « cabaret des oiseaux », transformé des racines aux épines en distributeur de glaçons…

Bizarre, bizarre…

Des fleurs attendues au printemps qui fleurissent en été, d’autres qui disparaissent, dissoutes par les pluies et celles qui réapparaissent, ressuscitées par les pluies… . D’autres encore ont tant attendu leur heure qu’elles prennent des proportions inattendues…

Les cosmos, restés chétifs tout l’été, atteignent près de 2 mètres 50 de hauteur et leur floraison est bien décidée à résister aux petits matins frileux.

Des rhododendrons en fleurs (timides) dans le sous-bois, un hydrangéa qui donne sa première fleur en même temps que le rougissement de son feuillage, les lis de Guernesey qui se réveillent enfin…

Et les couleurs incomparables de l’automne. Sur fond d’ocres et de terra cota, le feuillage de l’hortensia bleu prend des nuances d’améthyste au violet profond.

Un dernier petit matin aux couleurs d’été indien…

Des mots pour voir

Pied fuseleux ou claviforme, chapeau cireux ou floconneux, lamelles adnées ou décurrentes… je reste fascinée par la richesse du lexique des mycologues. Une invitation à ouvrir les yeux pour bien nommer. Si le mot nous manque, serait-ce que nous n’avons jamais pris le temps de regarder la beauté de la nature ?

Les Japonais ont un mot pour nommer les rayons du soleil qui se dispersent à travers les feuilles des arbres : « komorebi ».

Ils pratiquent le « Shinrinyoku », le bain de forêt, pour trouver l’harmonie et la santé au contact des arbres. Son importation se traduit évidemment par le mot beaucoup moins poétique de « sylvothérapie ».

Le plus beau, le plus émouvant, le plus sage, « wabi-sabi » : la quête de la beauté dans les imperfections de la vie, dans l’impermanence de la création, le cycle naturel de croissance et de décroissance.